jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303117 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | S.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, trois mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 23 mai 2023, le 30 août 2023, le 29 septembre 2023, les 2 et 3 novembre 2023 ainsi que le 28 novembre 2023, la société Nautique de Narbonne, anciennement dénommée l'association Société Nautique de Narbonne, représentée par Me Sicot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la résiliation de la convention de sous-occupation conclue le 4 février 2014 avec la Sarl Le Pavillon ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à la Sarl Le Pavillon de quitter les lieux, de remettre en l'état ces derniers par la démolition de tous les ouvrages et constructions visés par les constats d'huissier et de restituer la licence IV dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 300 euros par jour de retard passé ce délai ; et, à titre subsidiaire, s'il n'est pas fait droit à la demande de résiliation, ordonner seulement la remise en l'état des lieux ;
3°) de condamner la Sarl Le Pavillon au paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral, financier et matériel ;
4°) de mettre à la charge de la Sarl Le Pavillon la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens correspondant aux frais d'huissier.
Elle soutient que :
- la Sarl Le Pavillon a commis plusieurs manquements contractuels manifestes propres à ce que soit prononcée la résiliation de la convention du 4 février 2014 ;
- le sous-concessionnaire exerce une activité qui n'est pas en rapport avec l'activité du port et qui ne se destine pas exclusivement aux usagers de ce dernier, contrairement à ce que stipule la présente convention ; notamment car le restaurant ferme ses portes d'octobre à avril alors que l'article 7.2 de la convention d'exploitation autorise des congés uniquement pour la période de décembre à fin mars ;
- la résiliation de la convention est également justifiée du fait des nuisances sonores répétées causées par l'activité du restaurant en violation de l'article 11.4 ;
- le sous-concessionnaire n'a pas respecté l'article 7.3 en ne prévoyant pas une gestion organisée et règlementaire des déchets ;
- elle n'a pas été informée de la cession de parts sociales de la société exploitante contrairement à ce que stipule l'article 3.2 de la convention ;
- le sous-concessionnaire a réalisé des aménagements et constructions sans autorisation en procédant à la couverture de la terrasse ainsi qu'à sa bétonisation, la construction d'un bar en dur et la construction d'un abri en bois.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 2 août, 29 septembre et 3 octobre 2023, la Sarl Le Pavillon, représentée par la SCP Pech de Laclause-Jaulin, conclut à ce que la caducité du contrat de concession en date du 7 août 1978 soit constatée et, en tout état de cause, au rejet de la requête, ainsi qu'il soit mis à la charge de la société Nautique de Narbonne une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contrat liant la commune de Narbonne à la société Nautique de Narbonne est caduc, dès lors cette dernière n'a aucun intérêt à agir ;
- s'agissant des nuisances sonores, elles s'avèrent ponctuelles et concernaient l'organisation d'un mariage en 2017, à compter de cette date l'association Société La Nautique n'apporte aucun élément démontrant que l'exploitation se déroule dans des conditions anormales pour le voisinage ;
- s'agissant des aménagements et constructions, il s'agit de travaux d'entretien au sens du cahier des charges du contrat d'amodiation, ils sont donc autorisés ; concernant l'annexe en bois, il s'agit d'un aménagement nécessaire à l'exploitation des locaux autorisé sans accord préalable au sens de la présente convention.
Par un mémoire en observation enregistré le 31 août 2023, la commune de Narbonne, représentée par la SCP Chichet-Henry Avocats, conclut au rejet de la demande de constat de caducité du contrat de concession du 7 août 1978 présentée par la Sarl Le Pavillon et à ce que soit mis à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2023.
Le mémoire présenté pour la société Nautique de Narbonne le 28 novembre 2023 n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- et les observations de Me Sicot, pour la société Nautique de Narbonne, de Me Jaulin pour la Sarl Le Pavillon et de Me Paillès pour la commune de Narbonne.
Considérant ce qui suit :
1. Par un contrat d'amodiation signé le 7 juillet 1978, l'Etat a concédé l'exploitation du Port-la-Nautique, port de plaisance de la commune de Narbonne, à la société Nautique de Narbonne. A la suite de la loi du 22 juillet 1983 attribuant aux communes les compétences en matière d'aménagement et d'exploitation des ports de plaisance, la commune de Narbonne est devenue le cocontractant de la société Nautique de Narbonne par avenant de transfert signé le 5 mai 1986. La société Nautique de Narbonne a souhaité déléguer la gestion de son club-house pour que soit développée une activité de restauration, elle a donc conclu, après mise en concurrence, une convention d'exploitation avec la Sarl Le Pavillon le 4 février 2014.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la société Nautique de Narbonne :
2. La Sarl Le Pavillon fait valoir que la convention du 5 mai 1986 entre la commune de Narbonne et la société Nautique de Narbonne est caduque dès lors que les ouvrages mis en œuvre par le concessionnaire dans le cadre du contrat de concession ont été amortis, mais cette exception de caducité doit être regardée comme inopérante car le présent recours porte sur la seule relation contractuelle entre la Sarl Le Pavillon et la société Nautique de Narbonne.
Sur les manquements de la SARL Le Pavillon justifiant la demande de résiliation de la convention :
3. En premier lieu, si la société Nautique de Narbonne soutient que la Sarl Le Pavillon n'aurait pas respecté le contrat de concession car l'activité proposée ne serait pas en rapport avec celle du port, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'article 7.2 du cahier des charges annexé à la convention d'exploitation liant les parties, que l'activité doit être ouverte au public, sans qu'une distinction soit faite entre usagers du port et non usagers. Ce même article stipule que l'établissement peut être fermé de décembre à fin mars, l'association soutient sans le démontrer que l'établissement sera fermé en dehors de cette période. Par suite, la Sarl Le Pavillon n'exerce pas une activité contraire à celles visées par la convention d'exploitation.
4. En deuxième lieu, l'article 11.4 de la convention stipule qu'une résiliation peut être prononcée aux torts du sous-concessionnaire " si les nuisances causées par l'exercice de l'activité de son activité dépassaient le cadre normal de celle-ci et troublaient anormalement la jouissance paisible tant du voisinage que du concessionnaire et de ses sociétaires, sous réserve que ces faits, répétées soit dûment constatée par huissier, et après 2 avertissements écrits du concédant. ". Il ne résulte pas de l'instruction que de telles nuisances aient eu lieues de manière répétées pendant l'exécution de la convention, au demeurant la requérante ne produit aucun constat d'huissier attestant de ces nuisances, la seule circonstance que des pétitions de riverains font état de tapage nocturne au mois d'août 2017 et d'avril de la même année ne permet pas de retenir le caractère répété et dépassant le cadre de la convention des nuisances alléguées.
5. En troisième lieu, les nuisances olfactives et visuelles causées par les conteneurs à ordures ne sont démontrées par aucune pièce du dossier, ce qui ne permet de retenir un quelconque manquement de la Sarl Le Pavillon à l'obligation de cacher et d'évacuer quotidiennement les containers eu égard à l'article 7.3 de la présente convention.
6. En quatrième lieu, s'il est constant que la Sarl Le Pavillon n'a pas informé la société Nautique de Narbonne de la cession de 30 parts sociales à la société Espiral 58, cette simple modification du capital social de la société délégataire n'entre pas dans les cas visés l'article 3.2 de la convention qui stipule que tout changement statutaire ou formel de la société devra être porté sous un mois à la connaissance du délégant.
7. En cinquième et dernier lieu, en revanche, il est constant que la Sarl Le Pavillon a réalisé des aménagements et constructions comme en attestent, d'une part, le procès-verbal du 12 juin 2017 s'agissant de la couverture de la terrasse et de la construction d'un bar en dur et, d'autre part, l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 29 mai 2018 pour la construction d'un local de rangement de 12 m2. Ces constructions, bien que nécessaires à l'activité de restauration, au sens de la convention, et qui permettent d'assurer l'entretien de l'ouvrage, n'ont pas fait l'objet d'un accord préalable du concédant contrairement aux stipulations de l'article 5 alinéa 3 du cahier des charges annexé à la convention et alors même qu'elles se situent sur le domaine public de la commune de Narbonne et qu'elles modifient la façade du local. Par suite, ce manquement est d'une gravité suffisante justifiant que soit prononcée la résiliation de la convention aux torts exclusifs du sous-concessionnaire en application de son article 11.3.
Sur les conclusions tendant à l'expulsion du domaine public de la Sarl Le Pavillon et à la remise en l'état des lieux :
8. Dans les circonstances de l'espèce, pour permettre à la Sarl Le Pavillon de prendre toutes les dispositions nécessaires pour remettre en état les lieux, il y a lieu de différer la résiliation du contrat à la date du 1er février 2024 sans que soit prononcée d'astreinte.
Sur le préjudice moral financier et matériel :
9. La société Nautique de Narbonne demande la condamnation de la SARL Le Pavillon au paiement d'une somme de 3 000 euros en réparation du préjudice moral, financier et matériel qu'elle estime avoir subi. Cependant, elle ne produit à l'appui de cette demande aucune pièce ni éléments permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ses conclusions indemnitaires doivent être donc rejetées.
Sur les dépens :
10. Il résulte de l'instruction que la société Nautique de Narbonne a dû engager des frais d'huissier qui se sont avérés utiles à la résolution du litige, et pour lesquels elle s'est acquittée de la somme de 1 250,02 euros. Il y a lieu de condamner la SARL Le Pavillon au paiement de cette somme.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de la Sarl Le Pavillon une somme de 1 500 euros à verser à la société Nautique de Narbonne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La société Nautique de Narbonne n'étant pas la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la Sarl Le Pavillon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Et, il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, le mettre à la charge de la Sarl
Le Pavillon une somme à verser à la commune de Narbonne au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La convention du 4 février 2014 est résiliée aux torts exclusifs de la Sarl Le Pavillon, cette résiliation sera effective à compter du 1er février 2024.
Article 2 : La Sarl Le Pavillon versera la somme de 1 250,02 euros au titre du remboursement des frais d'huissier exposés par la société Nautique de Narbonne.
Article 3 : La Sarl Le Pavillon versera la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative à la société Nautique de Narbonne.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Nautique de Narbonne, à la Sarl Le Pavillon ainsi qu'à la commune de Narbonne.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseure la plus ancienne,
A. Bayada La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 14 décembre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026