Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, le syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision expresse de rejet de sa demande du 20 avril 2023 relative à l’abrogation de la note de service n°16.34 ;
2°) d’abroger la note n°16.34 du 5 février 2016 de la résidence les Avens ;
3°) de mettre à la charge de la résidence les Avens, EHPAD de Peyrestortes, la somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu’il a la capacité à agir en justice et qu’il a introduit sa requête avant l’expiration des délais contentieux ;
- la décision litigieuse n’est pas motivée en droit ;
- la note de service méconnaît les dispositions des articles 13 du décret n° 82-447 du 28 mai 1982 relatif à l’exercice du droit syndical dans la fonction publique et à l’article 13 du décret n° 86-660 du 19 mars 1986 relatif à l’exercice du droit syndical dans les établissements mentionnés à l’article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant disposition statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, ainsi que celles de l’article 6 du décret n° 2002-9 du 4 janvier 20202 relatif au temps de travail et à l’organisation du travail dans les établissements mentionnés à l’article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant disposition statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle priorise le rappel des agents placés en autorisation spéciale d’absence (ASA) et des agents placés en repos.
- la note est entachée d’un détournement de procédure en ce qu’elle s’appuie sur un dispositif de réquisition d’agents établi pour assurer un service minimum pour en réalité assurer un service normal, des autorisations spéciales d’absence étant retirées et des agents rappelés alors même que le nombre d’agents présents au sein de l’établissement excédait le l’effectif minimum des agents fixé par l’article 5.3 de la note de service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, l’Etablissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) les Avens, représenté par Me Pons-Serradeil, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du syndicat requérant la somme de
2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu’aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l’absence d’intérêt à agir du syndicat requérant, la note litigieuse ne portant pas atteinte aux intérêts collectifs des agents publics ;
- les moyens soulevés par le syndicat requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-447 du 28 mai 1982 relatif à l’exercice du droit syndical dans la fonction publique ;
- le décret n° 86-660 du 19 mars 1986 ;
- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 20202 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A...,
- les conclusions de Mme Sarraute, rapporteure publique,
- les observations de Me Pelissier substituant Me Cacciapaglia, représentant le syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales,
- et les observations de Me Ruel, représentant l’EHPAD Evens Pierre Cantier.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 14 février 2023, le syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales a demandé l’abrogation de la note de service n°16.34 du 2 décembre 2016, de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) des Avens, relative au remplacement d’un agent à la suite d’une absence inopinée. Par un courrier en date du 20 avril 2023, le directeur de l’établissement a rejeté expressément cette demande, qui doit être comprise comme un refus d’abrogation, décision dont le syndicat demande l’annulation au tribunal par sa présente requête.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment le décret n° 86-660 du 19 mars 1986 relatif à l’exercice du droit syndical dans les établissements mentionnés à l’article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, et l’article
L. 212-1 du code général de la fonction publique. En outre elle précise qu’ « en application de ces dispositions, la liberté syndicale doit s’articuler avec les nécessités du service », que les réquisitions de certains « représentants syndicaux initialement positionnés en ASA » se fondent uniquement sur les nécessités de service et que la note ne prévoit pas la possibilité de déroger aux règles relatives au temps de travail. Ainsi, la décision est motivée en droit et en fait, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes l’article 13 du décret n°86-660 du 19 mars 1986 relatif à l'exercice du droit syndical dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 : « I. - Des autorisations spéciales d'absence sont accordées, sous réserve des nécessités du service, aux représentants des organisations syndicales mandatés pour assister aux congrès syndicaux ainsi qu'aux réunions des organismes directeurs dont ils sont membres élus conformément aux dispositions des statuts de leur organisation.(…) » Aux termes de l’article L. 212-1 du code général de la fonction publique : « Sous réserve des nécessités du service, l’agent public est réputé conserver sa position statutaire ou les stipulations de son contrat lorsque : /1° En qualité de fonctionnaire, il bénéficie, en position d’activité ou de détachement, d’une décharge d’activité de services à titre syndical ; (…) / 3° En qualité de fonctionnaire ou d’agent contractuel, il est mis à disposition d’une organisation syndicale ».
4. Le syndicat requérant se borne à soutenir que l’EHPAD les Avens aurait retiré à des agents leur autorisation spéciale d’absence (ASA) après les avoir préalablement autorisées, compte tenu de l’indisponibilité d’un agent, et également lorsque le nombre d’employés minimum requis pour assurer la continuité du service était atteint, et allègue, sans l’établir, que ce dispositif de rappel d’agent en cas d’absence inopinée aurait conduit à une pratique systématique, utilisée afin « d’instaurer un service normal au détriment du respect du droits des agents au repos, aux congés et aux ASA ». Toutefois, ces circonstances relatives aux modalités d’exécution de la note de service litigieuse, si elles étaient avérées, n’ont, en tout état de cause, aucune incidence sur sa légalité. En outre, le syndicat requérant ne démontre pas que la note conduirait à une interdiction de principe des autorisations d’absence. Au surplus, il appartient au syndicat, s’il s’y croit fondé, de contester devant les juridictions toute décision individuelle rappelant un agent en ASA ou en repos, si elle ne précisait pas en quoi les nécessités de service justifieraient ce rappel. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur de droit n’est ainsi pas assorti de précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, le moyen tiré du détournement de procédure qu’organiserait la note de service n’est pas assorti de précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé et ne peut être qu’écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée par l’EHPAD les Avens, les conclusions à fin d’annulation de la note de service n° 16.34 du 5 février 2016 du syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions du syndicat requérant dirigées contre l’EHPAD les Avens qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge du syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales la somme de 1 500 euros à verser à l’EHPAD les Avens sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat sud santé sociaux des Pyrénées-Orientales est rejetée.
Article 2 : Le syndicat Sud Santé Sociaux des Pyrénées-Orientales versera la somme de 1 500 euros à l’EHPAD des Avens en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat sud santé sociaux des Pyrénées-Orientales et à l’EHPAD des Avens.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Agnès Bourjade, première conseillère,
M. Thomas Meekel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.
Le rapporteur,
T. A...
Le président,
J-P. Gayrard
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 8 avril 2026.
Le greffier,
F. Balicki