vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303618 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Présidente QUEMENER |
| Avocat requérant | DHEROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin 2023 et 13 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Dhérot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la décision du 22 septembre 2022 par laquelle la Mutualité sociale agricole (MSA) du Languedoc lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 5 178,54 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 31 août 2022 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme mise à sa charge ;
3°) d'enjoindre à la MSA du Languedoc de lui reverser les sommes prélevées au titre de l'indu en litige, majorée des intérêts légaux et capitalisés, en tant que mesure d'exécution de l'annulation de la décision d'indu, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et subsidiairement, de réexaminer ses droits dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault et de la MSA du Languedoc une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- la décision du 25 janvier 2023 est insuffisamment motivée faute de préciser le montant et la période de perception des différentes ressources à réintégrer dans la méthode de calcul de l'indu RSA en litige ;
- elle n'a perçu aucun revenu professionnel pour la période allant du 1er janvier 2021 au 31 août 2022 ; la somme de 3 695 euros en cause n'est pas caractérisée dès lors qu'elle n'apparaît pas au sein des mouvements créditeurs figurant sur son compte bancaire ;
- le revenu fiscal de référence, mentionné sur l'avis d'impôt établi en 2022, correspond aux indemnités journalières de maternité qui lui ont été versées par la MSA du Languedoc ;
- la MSA du Languedoc a commis une erreur matérielle ; la circonstance qu'elle ait perçu une indemnité chômage de Pôle emploi n'a aucune incidence sur le calcul de ses droits au RSA ;
- elle a perçu des aides financières ponctuelles de sa famille qu'elle rembourse dès qu'elle le peut, des cadeaux faits par son entourage proche à l'occasion d'anniversaires ou des fêtes de fin d'année, ainsi que des aides financières ponctuelles de l'administration ;
- les sommes versées par ses parents sont des prêts qu'elle rembourse ; elle a remboursé la somme de 2 197 euros et un nouveau remboursement d'un montant de 623 euros est prévu prochainement afin de solder la créance ; elle produit une attestation sur l'honneur, signée par sa mère, un récapitulatif des paiements ainsi que plusieurs notes qui fixent les remboursements à intervenir ; ainsi, elle justifie suffisamment des avances remboursables faites par ses parents, à l'origine des encaissements litigieux ;
- les sommes d'argent versées par ses parents ne seraient pas à prendre en compte dans le calcul de son droit au RSA, dès lors que leur montant et leur périodicité ne sont pas réguliers au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles ;
- les sommes versées par les organismes publics correspondent notamment à un soutien financier octroyé par le département dans le cadre d'un programme de valorisation de projets et d'initiatives de personnes âgées de 18 à 26 ans ;
- les dépôts d'espèces effectués par son frère sur son compte bancaire constituent un remboursement d'un virement antérieur ;
- les sommes versées par son ex-compagnon constituent un remboursement des sommes d'argent que celui-ci s'est permis de prélever directement sur son compte bancaire ;
- l'indu RSA en litige a été calculé de manière arbitraire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 17 décembre 2024, la Mutualité sociale agricole du Languedoc conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 19 décembre 2024 à 14 heures en présence de Mme Roman, greffière d'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle de sa situation, la directrice adjointe de la MSA du Languedoc lui a notifié, par une décision du 22 septembre 2022, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 178,54 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 31 août 2022. L'intéressée a formé un recours administratif préalable, qui a été rejeté par le président du conseil départemental de l'Hérault par une décision expresse du 25 janvier 2023. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
S'agissant de la régularité de la décision du 25 janvier 2023 :
3. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
4. La décision contestée du 25 janvier 2023 mentionne les dispositions du code de l'action sociale et des familles dont il est fait application et expose notamment que Mme C n'a pas déclaré l'intégralité de ses revenus. Elle fait référence au contrôle de situation effectué par un agent agréé et assermenté de la MSA du Languedoc le 10 août 2022, et précise en outre le montant des sommes réclamées ainsi que la période sur laquelle porte la récupération. Par suite, cette décision est suffisamment motivée. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
S'agissant du bien-fondé de l'indu :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article R. 262-6 du même code précise également que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". De plus, en vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, l'article L. 262-46 dudit code dispose que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : / () / 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, () ". Il résulte de cette disposition que les aides apportées par des amis ou des parents ne sauraient être assimilées à des aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier. Dès lors, ces aides doivent être prises en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité active, quel que soit l'usage qui en est fait.
7. En premier lieu, et d'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de contrôle du 10 août 2022 mentionné au point 4, que l'indu de revenu de solidarité active a pour origine la prise en compte par la MSA du Languedoc de l'ensemble des ressources de la requérante qui n'avait pas été entièrement déclaré au cours de la période litigieuse. D'une part, si Mme C conteste la qualification, au demeurant erronée, de " revenus professionnels ", elle ne conteste pas avoir omis de déclarer les indemnités journalières de maternité qui lui ont été versées en 2021, pour un montant total de 3 695 euros, ni que de telles indemnités devaient effectivement être prises en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active au titre de la période en litige. D'autre part, Mme C reconnait ne pas avoir déclaré les allocations chômage qu'elle a perçues en janvier 2021, pour un montant de 604,50 euros.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 10 août 2022 par un contrôleur assermenté de la MSA du Languedoc, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante a perçu, à titre d'aide financière de la part de ses proches, les sommes de 200 euros au mois d'octobre 2020, 320 euros en novembre 2020, 390 euros en janvier 2021, 150 euros en février 2021, 350 euros en mars 2021, 200 euros en septembre 2021, 450 euros en octobre 2021, 50 euros en novembre 2021, 494 euros en décembre 2021, 200 euros en janvier 2022, 400 euros en mars 2022, 870 euros en avril 2022, 30 euros en mai 2022, 75 euros en juin 2022 et 30 euros en juillet 2022. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 7 que ces aides financières, à supposer d'ailleurs que les versements susmentionnés constituent effectivement de telles aides émanant de proches, ne peuvent être regardées, compte tenu de leur fréquence et de leur montant total qui s'élève à la somme de 4 209 euros, comme relevant des aides et secours exclus des ressources prises en compte pour le calcul du RSA par le 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, indépendamment de ce que Mme C a un enfant de trois ans à charge. En tout état de cause, si la requérante soutient qu'elle a reçu des cadeaux et qu'elle a remboursé à ses parents des sommes d'argent qu'ils avaient avancées pour son compte, ses explications comme les différents tableaux, justificatifs ou attestations qu'elle produit postérieurement au contrôle effectué par l'agent assermenté par la MSA du Languedoc ne permettent pas de tenir pour établies ses allégations. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la décision de la MSA du Languedoc du 22 septembre 2022 lui demandant de rembourser l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 178,54 euros au titre de la période du 1er janvier 2021 au 31 août 2022. Par suite, sa remise en cause du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active en litige doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par Mme C, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requérante à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Hérault et de la MSA du Languedoc, qui n'ont pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont Mme C demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au département de l'Hérault et à Me Dhérot.
Copie en sera adressée à la Mutualité sociale agricole du Languedoc
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
La présidente,
V. B
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 février 2025.
La greffière,
F. Roman
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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03/08/2026