jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304688 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président CORNELOUP |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 août 2023, M. B A, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :
1°) de déclarer l'opposition à contrainte recevable en la forme et au fond ;
2°) de constater que la contrainte signifiée le 25 juillet 2023 à l'encontre de M. A, d'un montant de 20 178, 85 euros, pour le recouvrement d'un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique, pour la période du 8 décembre 2018 au 31 mars 2022 est abusive et non-fondée ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner la remise complète des sommes réclamées au titre d'indu ;
4°) de mettre à la charge de Pôle emploi Occitanie la somme de 1 000 euros sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de Pôle emploi Occitanie les entiers dépens.
Il soutient que :
- la contrainte a été signée par une personne incompétente ;
- la contrainte est entachée d'un vice de forme ; elle n'est pas motivée ;
- la contrainte est entachée d'une erreur de fait ; il n'a pas fraudé ;
- si le tribunal déclare la créance et la contrainte régulières, il sollicite une remise de dette ; il est de bonne foi et se trouve dans une situation précaire.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 et 9 octobre 2023, Pôle emploi Occitanie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable ; aucun recours préalable n'a été formé ;
- la contrainte n'est pas entachée d'incompétence ; le signataire dispose d'une délégation de signature ;
- la contrainte est motivée en droit et en fait ;
- la contrainte est fondée eu égard à la règle de non cumul de l'ASS avec l'AAH.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Corneloup a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juillet 2023, M. A s'est vu signifier une contrainte émise par Pôle emploi, d'un montant de 20 178, 85 euros, pour le recouvrement d'un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique (ASS), pour la période du 8 décembre 2018 au 31 mars 2022. Par la présente requête, M. A forme opposition à cette contrainte.
Sur l'opposition à contrainte :
En ce qui concerne la régularité :
2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-21 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : 1° La référence de la contrainte ; 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ". En application de ces dispositions, Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, et restée sans effet après un mois.
3. En premier lieu, la contrainte litigieuse a été signée par M. C D, en qualité de directeur de la plateforme Contentieux Occitanie. Il résulte de l'instruction que par une décision Oc n°2023-24 DS PTF du 15 juin 2023, régulièrement publiée le 16 juin 2023 au bulletin officiel de Pôle emploi, le directeur régional de Pôle emploi Occitanie lui a délégué sa signature à l'effet de notifier ou faire signifier une contrainte en vue de recouvrer les prestations en trop versées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait, et doit être écarté.
4. En second lieu, il résulte de l'examen de la contrainte signifiée par acte d'huissier le 25 juillet 2023 qu'elle fait mention des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20, R. 5426-21 et R. 5426- 22 du code du travail. De plus, elle indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indument versée ainsi que le montant de l'indu notifié et la période concernée. Enfin, elle précise le motif de l'indu à savoir le " cumul ASS AAH ". Cette contrainte comporte en conséquence l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426- 21 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la contrainte litigieuse manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé :
5. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail dans sa version applicable : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. / Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ".
6. Il résulte des dispositions précitées qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions des articles précités.
7. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 10 février 2023, Pôle emploi a notifié à M. A un indu d'ASS d'un montant de 20 178, 85 euros. A l'appui de ce courrier, Pôle emploi a communiqué au requérant deux annexes, l'une portant sur le détail du trop-perçu et l'autre portant sur les démarches à effectuer. L'annexe 2 de ce courrier mentionnait ainsi le mode d'emploi à suivre afin de permettre au requérant de demander l'effacement de dette et/ou de contester le trop-perçu, dans le délai de deux mois suivant la réception de ce courrier. M. A a formulé par le biais du formulaire renvoyé à Pôle emploi une demande de remise de dette en ayant coché la case dédiée. Par suite, M. A, qui n'a pas exercé de recours préalable contre la décision du 10 février 2023, n'est pas recevable à contester le bien-fondé de cet indu.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à faire opposition à la contrainte signifiée le 25 juillet 2023 en vue du recouvrement du trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 20 178, 85 euros.
Sur la remise de dette :
9. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées () pour le compte de l'Etat (). ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
11. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de M. A résulte du cumul illégal de l'AAH et de l'ASS. Pour solliciter la remise gracieuse des indus mis à sa charge, M. A, qui a formé un recours administratif préalable obligatoire le 13 avril 2023, fait valoir qu'il se trouve dans une situation précaire et qu'il est de bonne foi, dès lors qu'il ne savait pas qu'il ne pouvait pas prétendre à ce cumul d'aides sociales. Toutefois le requérant ne verse à l'appui de sa requête aucun élément permettant au tribunal d'apprécier la nature et l'importance de ses ressources et de ses charges actuelles qui feraient obstacle à ce qu'il puisse rembourser l'indu réclamé. Dans ses conditions, alors que la bonne foi de l'allocataire n'est pas remise en cause, M. A ne justifie pas, par les pièces produites, être dans une situation de précarité telle qu'elle serait dans l'impossibilité de rembourser le solde de l'indu restant à sa charge.
Sur les frais de justice :
12. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais de l'instance.
Sur les dépens :
13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A, à Pôle emploi Occitanie, et à Me Cissé.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,La greffière,
F. Corneloup A. Junon
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 20 juin 2024.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026