jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304768 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Présidente QUEMENER |
| Avocat requérant | GUY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2023, Mme B A, représentée par Me Guy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la décision du 6 mars 2023 et confirmé la fin de ses droits au revenu de solidarité active ;
2°) d'annuler par voie de conséquence la décision du 6 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 430,79 euros, constitué au titre de la période du 1er décembre 2022 au 28 février 2023 ;
3°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 430,79 euros correspondant à cet indu ;
4°) d'enjoindre au département de l'Hérault de rétablir rétroactivement ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er décembre 2022 et de lui verser l'ensemble des sommes dont elle a été irrégulièrement privée, ainsi que celles prélevées à tort assorties des intérêts au taux légal et anatocisme si plus d'une année était due, en application des articles 1231-7 et suivants du code civil et subsidiairement de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a transmis à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault tous les éléments d'information nécessaires pour instruire sa demande ;
- l'épargne dont elle dispose sur son compte bancaire est destiné à être investi dans son activité agricole, de sorte qu'elle se trouve sans ressource pour subvenir à ses besoins et charges quotidiennes ;
- le département de l'Hérault a commis une erreur de droit en tenant compte de l'intégralité de son capital placé pour calculer ses droits au revenu de solidarité active ;
- les décisions sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active ;
- la décision du 16 juin 2023 est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que son signataire ne justifie pas d'une délégation de signature ;
- la décision du 16 juin 2023 est entachée d'erreur de droit par méconnaissance des dispositions des articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le département de l'Hérault ne pouvait légalement fixer des limites de ressources au-delà desquelles le droit au revenu de solidarité active ne pourrait être accordé ;
- le département de l'Hérault n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation tant personnelle que professionnelle et sociale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 17 décembre 2024 les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de notification d'indu de revenu de solidarité active du 6 mars 2022, en l'absence de preuve de l'exercice préalable du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 décembre 2024 à 14 heures en présence de Mme Roman, greffier d'audience.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. Par une décision du 6 mars 2023, la caisse d'allocation familiales de l'Hérault lui a notifié, d'une part, la fin de ses droits au revenu de solidarité active et, d'autre part, un indu d'un montant de 1 430,79 euros au titre de cette même allocation pour la période du 1er décembre 2022 au 28 février 2023. Par un courrier du 14 avril 2023 dont il a été accusé réception le 24 avril 2023, l'intéressée a contesté la décision de mettre fin à ses droits au revenu de solidarité active. Par une décision du 16 juin 2023, le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours et confirmé la fin de ses droits. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision, ainsi que celle, par voie de conséquence, de la décision du 6 mars 2023 en tant qu'elle lui notifie l'indu de revenu de solidarité active.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 6 mars 2023 en tant qu'elle notifie un indu de revenu de solidarité active :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le recours administratif formé le 14 avril 2023 par Mme A à l'encontre de la décision du 6 mars 2023 vise à la seule contestation de cette décision en tant qu'elle met fin à ses droits au revenu de solidarité active. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante ait également formé un recours préalable à l'encontre de cette décision en tant qu'elle lui notifie l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 1 430,79 euros, constitué au titre de la période du 1er décembre 2022 au 28 février 2023. Dans ces conditions les conclusions qu'elle présente directement devant le tribunal à l'encontre de cet indu, qui n'ont ainsi pas été précédées du recours obligatoire prévu par les dispositions citées au point 2 sont irrecevables et ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 16 juin 2023 confirmant la fin des droits au revenu de solidarité active :
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () 2° Les modalités d'évaluation des ressources, y compris les avantages en nature. L'avantage en nature lié à la disposition d'un logement à titre gratuit est déterminé de manière forfaitaire () ". L'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Selon l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Enfin, l'article R. 132-1 de ce code prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ".
5. Il résulte de ces dispositions que seules peuvent être évaluées sur la base forfaitaire prévue par les articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles les ressources que l'allocataire est supposé pouvoir retirer de biens non productifs de revenu. Par suite, si les capitaux dont il dispose ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces derniers peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur au taux de 3 % prévu par l'article R. 132-1. La circonstance que l'allocataire n'aurait pas spontanément déclaré ces revenus est sans incidence sur l'application de ces dispositions.
6. En l'espèce, la décision du département de l'Hérault de mettre fin aux droits de Mme A au revenu de solidarité active trouve son origine dans la prise en compte de l'intégralité des capitaux placés par l'intéressée. Le département fait ainsi valoir que la requérante disposait de moyens convenables d'existence, de sorte qu'elle ne remplissait pas les conditions de ressources pour bénéficier du revenu de solidarité active. Or, il résulte des règles et principes énoncés aux points 4 et 5 du présent jugement que pour la détermination des droits au revenu de solidarité active, lorsque les capitaux dont dispose le demandeur ont fait l'objet de placements productifs de revenus, seuls ces revenus peuvent être pris en compte, quand bien même le taux d'intérêt de ces placements serait inférieur au taux de 3 % prévu par l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. En revanche, lorsque les capitaux placés ne sont pas productifs de revenus, il y a lieu de tenir compte dans le calcul des droits d'un revenu annuel égal à 3 % du montant des capitaux.
7. Il résulte de l'instruction que l'étude des comptes bancaires de Mme A au mois de janvier 2023 met en évidence une épargne d'un montant de 132 142,24 euros. Ainsi qu'il a été dit, les capitaux détenus par Mme A ne pouvaient être légalement pris en compte en tant que ressources mais seulement les intérêts qu'ils ont procurés, indépendamment de leur disponibilité, ou, à défaut de produire des intérêts, la seule base forfaitaire définie à l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. Il s'ensuit que le département de l'Hérault a commis une erreur de droit et qu'il y a lieu, en conséquence, d'annuler la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et de décharge :
8. Les éléments versés dans le cadre de l'instruction ne permettent pas au tribunal de déterminer les conséquences des modalités de calcul exposées au point 7, sur les droits de Mme A, de sorte qu'il y a lieu de renvoyer l'allocataire devant le département pour qu'il soit procédé dans un délai d'un mois à un nouveau calcul de ses droits à compte du 1er décembre 2022, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 juin 2023 du président du conseil départemental de l'Hérault confirmant la fin des droits de Mme A au revenu de solidarité active est annulée.
Article 2 : Mme A est renvoyée devant le président du conseil départemental de l'Hérault pour qu'il soit procédé à un nouveau calcul de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er décembre 2022, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département de l'Hérault versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 716-1 du code de la justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La présidente,
V. C
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 6 février 2025.
La greffière,
F. Roman
No 2304768
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026