jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304786 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président CORNELOUP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 août, le 2 octobre, le 3 novembre 2023, le 10 mai et le 14 mai 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le directeur de Pôle emploi lui a notifié un indu d'allocation de retour à l'emploi d'un montant de 53 778, 83 euros pour la période de septembre 2020 à juillet 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 11 mai 2023 refusant l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 ;
3°) d'ordonner à Pôle emploi de lui verser les sommes déjà prélevées, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de Pôle emploi, la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le refus d'annuler la décision imposant le remboursement de l'indu est entachée d'une erreur de droit ; l'octroi de l'ARE créé un avantage financier, Pôle emploi ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits passé un délai de 4 mois ;
- l'instance en cours ne permet pas à Pôle emploi de le mettre en demeure de rembourser l'indu ;
- les montants réclamés diffèrent et ne permettent pas de connaître le montant de l'indu ni la période concernée ;
- il est de bonne foi et il se trouve dans une situation précaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre, le 13 octobre 2023, et le 14 mai 2024, Pôle emploi conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable ; l'ordre juridictionnel administratif est incompétent ;
- à titre subsidiaire, l'indu est fondé dès lors que le requérant a omis de déclarer une activité professionnelle pendant qu'il percevait l'ARE ;
- l'action en recouvrement de l'indu n'est pas prescrite ;
- la mise en demeure du 2 mai 2024 est légale elle comporte les mentions règlementaires prévues par le code du travail ; elle fait suite aux fausses déclarations du requérant et à des notifications de trop-perçu ; elle ne fait pas grief et est donc insusceptible de recours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Corneloup a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a bénéficié d'une ouverture de droits à l'allocation de retour à l'emploi à compter d'août 2020. Par une décision du 30 septembre 2022, le directeur de Pôle emploi lui a notifié un indu d'allocation de retour à l'emploi d'un montant de 53 778, 83 euros pour la période de septembre 2020 à juillet 2022. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur l'incompétence de l'ordre juridictionnel administratif :
2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail : " Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : () 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et, pour le compte de l'Etat, le service des allocations de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 5312-12 du même code : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ".
3. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux Assedic, reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.
4. La requête de M. B tend à contester un indu d'allocation de retour à l'emploi. Il résulte toutefois des dispositions précitées qu'il n'appartient qu'au juge judiciaire de connaître des recours relatifs à une telle allocation qui relève des allocations d'assurance chômage. Par suite, et ainsi que le relève Pôle emploi en défense, le litige qui oppose M. B à Pôle emploi, ne relève manifestement pas de la compétence de l'ordre juridictionnel administratif.
Sur les frais de justice :
5. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par M. B.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à Pôle emploi Occitanie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,La greffière,
F. Corneloup A. Junon
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 20 juin 2024.
La greffière,
A. Junon
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