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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304803

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304803

lundi 21 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente QUEMENER
Avocat requérantDESFARGES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné les requêtes de Mme D... contestant des indus de revenu de solidarité active (13 515,46 €), d’allocation de logement familiale (4 424,35 €) et d’allocation de logement sociale pour la période d’août 2021 à novembre 2022. La requérante invoquait des vices de procédure (défaut de motivation, absence de délégation de signature, non-respect des droits de la défense) et contestait le bien-fondé des indus, se prévalant de sa bonne foi et de sa situation financière précaire. La CAF des Pyrénées-Orientales a conclu au rejet des requêtes, tandis que le département des Pyrénées-Orientales a décliné sa compétence. Le tribunal a joint les instances et, s’appuyant notamment sur les articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ainsi que sur le code de l’action sociale et des familles, a rejeté l’ensemble des demandes de Mme D..., confirmant les indus et refusant toute remise de dette.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 17 août 2023, sous le numéro 2304803, Mme B... D..., représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 14 avril 2023 par laquelle le président de la commission de recours amiable de la caisse d’allocation familiales des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours administratif et confirmé un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2021 au 31 juillet 2022 ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 13 515, 46 euros au titre des indus ;

3°) de lui accorder le bénéfice A... remise totale de dette ;

4°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
-la requête est recevable ;
-la décision de notification de l’indu a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ainsi que l’article L. 212-1 du Code des relations entre le public et l'administration ;
-l’auteur de la décision de rejet ne justifie pas A... délégation de signature ;
-l’agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales n’apporte pas la preuve de son assermentation ;
-elle n’a pas été informée de l’usage, par la caisse d’allocations familiales de son droit de communication prévu à l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
-la décision querellée a été prise sans sollicitation préalable de la commission de recours amiable en méconnaissance des dispositions des articles L 262-47 et R 262-90 du Code de l'action sociale et des familles ;
-des retenues ont été réalisées avant la fin des délais de recours contentieux en méconnaissance des dispositions de l’article L. 262-46 alinéa 2 du Code de l'action sociale et des familles ;
-le département a méconnu les droits de la défense ;
- elle n’a pas reçu communication des conclusions du contrôleur ;
-elle n’a pas pu utilement faire valoir ses observations ;
-elle n’a pas perdu sa résidence en France ;
-elle est de bonne foi ;
-elle est dans une situation financière précaire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 et 29 août 2023, le département des Pyrénées-Orientales décline sa compétence pour défendre dans le cadre de la présente instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2025 la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 20 juin 2023.

II- Par une requête, enregistrée le 17 août 2023, sous le numéro 2304804, Mme B... D..., représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 31 mars 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours administratif et confirmé un indu d’allocation de logement familiale pour la période du 1er novembre 2021 au 30 novembre 2022 ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 4 424, 35 euros au titre des indus ;

3°) de lui accorder le bénéfice A... remise totale de dette ;

4°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
-le recours est recevable ;
-la décision de notification de l’indu a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ainsi que l’article L. 212-1 du Code des relations entre le public et l'administration ;
-l’auteur de la décision de rejet ne justifie pas A... délégation de signature ;
-l’agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales n’apporte pas la preuve de son assermentation ;
-elle n’a pas été informée de l’usage, par la caisse d’allocations familiales de son droit de communication prévu à l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
-la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales est entachée d’un vice de forme dès lors qu’elle ne comporte aucune signature ;
-aucun décompte de créance ne lui a été communiqué ;
-des retenues ont été réalisées avant la fin des délais de recours contentieux en méconnaissance des dispositions de l’article L. 262-46 alinéa 2 du Code de l'action sociale et des familles ;
-la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a méconnu les droits de la défense ;
-elle n’a pas reçu communication des conclusions du contrôleur ;
-elle n’a pas pu utilement faire valoir ses observations ;
-elle n’a pas quitté son logement ;
-elle est de bonne foi ;
-elle est dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense commun enregistré le 16 juin 2025 dans l’instance n° 2304803 la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales sollicite la jonction des procédures et conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 20 juin 2023.

III- Par une requête, enregistrée le 17 août 2023, sous le numéro 2304805, Mme B... D..., représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 31 mars 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a rejeté son recours administratif et confirmé un indu d’allocation de logement sociale pour le mois d’octobre 2021 ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 4 424, 35 euros au titre des indus ;

3°) de lui accorder le bénéfice A... remise totale de dette ;

4°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
-le recours est recevable ;
-la décision de notification de l’indu a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ainsi que l’article L. 212-1 du Code des relations entre le public et l'administration ;
-l’auteur de la décision de rejet ne justifie pas A... délégation de signature ;
-l’agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales n’apporte pas la preuve de son assermentation ;
-elle n’a pas été informée de l’usage, par la caisse d’allocations familiales de son droit de communication prévu à l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
-la décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales est entachée d’un vice de forme dès lors qu’elle ne comporte aucune signature ;
-aucun décompte de créance ne lui a été communiqué ;
-des retenues ont été réalisées avant la fin des délais de recours contentieux en méconnaissance des dispositions de l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale ;
-la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a méconnu les droits de la défense ;
-elle n’a pas reçu communication des conclusions du contrôleur ;
-elle n’a pas pu utilement faire valoir ses observations ;
-elle n’a pas quitté son logement ;
-elle est de bonne foi ;
-elle est dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense commun enregistré le 16 juin 2025 dans l’instance n° 2304803 la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales demande la jonction des procédures et conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 20 juin 2023.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n°2022-130 du 5 février 2022 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme G... a été entendu au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 18 juin 2025 à 14 heures en présence de Mme Jernival, greffière.


Les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction est intervenue après l’appel de l’affaire à l’audience.



Considérant ce qui suit :

Mme D... a bénéficié A... ouverture de droits au revenu de solidarité active, à l’allocation de logement familiale et à l’allocation de logement sociale dans le département des Pyrénées-Orientales. A la suite à un contrôle de sa situation retenant qu’elle n’occupe plus son logement depuis sa grossesse, le directeur de la caisse d’allocations familiales lui a notifié, par une décision du 9 décembre 2022, l’implantation de trois indus à hauteur de la somme totale 4 424, 25 euros. Les recours administratifs préalables obligatoires exercés par Mme D... ont été respectivement rejetés par la commission de recours amiable de la caisse d’allocations familiales par deux décisions du 13 mars 2023, A... part, en ce qui concerne les indus d’allocation de logement sociale et d’allocation de logement familiale, et d’autre part, en ce qui qui concerne l’indu de revenu de solidarité active. Par les présentes requêtes, Mme D... demande au tribunal d’annuler ces décisions.

Sur la jonction :

Les requêtes susvisées numéros 2304803, 2304804 et 2304805 présentées par Mme D..., concernent la situation A... même allocataire et ont fait l’objet A... instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le périmètre du litige :

L’institution d’un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l’autorité compétente pour en connaître le soin d’arrêter définitivement la position de l’administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d’un tel recours se substitue nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d’être déférées au juge. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l’autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l’annulation de la décision, née de l’exercice du recours administratif préalable, qui s’y est substituée.

Il résulte de l’instruction que Mme D..., a exercé le recours administratif préalable exigé par l’article L. 262-47 du code de l’action sociale et des familles et par l’article L 825-1 du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, les conclusions qu’elle dirige contre la décision initiale de notification des indus doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les deux décisions par lesquelles la commission de recours amiable de la caisse d’allocation familiales des Pyrénées-Orientales a rejeté ses recours administratifs préalable et confirmé la mise à sa charge de ces indus. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision initiale de notification des indus du 9 décembre 2022 aurait été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 553-2 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, et de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

Sur l’office du juge

Lorsque le recours dont est saisi le juge administratif est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu de revenu de solidarité active et d’allocation logement il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

Sur la régularité des décisions attaquées :

En ce qui concerne les moyens communs :

En premier lieu, il résulte de l’instruction que le contrôle de la situation de Mme D... a été réalisé par Mme F... C..., contrôleur assermenté de la caisse d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales. La caisse d'allocations familiales verse aux débats le procès-verbal de prestation de serment de l’intéressée devant le tribunal d’instance de Perpignan en date du 17 septembre 2009, ainsi que la décision du 19 novembre 2010 justifiant de son agrémentation. Par suite le moyen tiré du défaut d’assermentation de l’agent en charge du contrôle manque en fait et doit être écarté.

En deuxième lieu, les articles L. 114-19 et L. 114-20 du code de la sécurité sociale ont instauré, à des fins de contrôle, un droit de communication auprès de tiers limitativement énumérés au bénéfice des organismes de sécurité sociale. En vertu de l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il incombe à l’organisme de sécurité sociale qui fait usage de ce droit de communication d’informer l’allocataire de l’origine et de la teneur des renseignements qu’il a effectivement utilisés pour décider de supprimer l’octroi du revenu de solidarité d’activité et de récupérer un indu. Cette obligation a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement de l’indu qui en procède, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Ces dispositions instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l’indu s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l’allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

En l’espèce, si Mme D... soutient ne pas avoir été informée de l’usage du droit de communication par la caisse d'allocations familiales, il résulte toutefois de l’instruction que l’agent de contrôle assermenté n’a pas fait usage de ce droit de communication dans le cadre du contrôle de sa situation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté comme inopérant.

En troisième lieu, si le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l’article L. 262-47 du code de l’action sociale et des familles est destiné à remédier à l’absence de procédure contradictoire en permettant à l’administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée.

En l’espèce, Mme D... soutient que les droits de la défense ont été méconnus dans la mesure où, à défaut de communication du rapport d’enquête établi à son encontre et de comparution devant le signataire de la décision, elle n’a pas été mise en mesure de faire utilement valoir ses observations à l’occasion de son recours administratif préalable dès lors qu’elle n’était pas en mesure de comprendre les faits qui lui étaient reprochés, ni la base de calcul de l’indu litigieux qui a été retenue. Toutefois, il résulte de l’instruction que par un courrier du 21 janvier 2023, la requérante a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l’article L. 262-47 du code de l’action sociale et des familles et les dispositions de l’articles L825-2 du code de la construction et de l'habitation, par lequel elle fait valoir que la décision initiale du 9 décembre 2022 repose sur des motifs erronés dans la mesure où elle déclare ne pas avoir quitté son logement, s’y rendre régulièrement et s’acquitter du règlement du montant du loyer. Dans ces conditions, la requérante, qui a bénéficié A... procédure contradictoire, ne peut sérieusement soutenir qu’elle n’a pas eu connaissance des faits à l’origine des indus, et qu’elle n’a ainsi pas pu faire valoir utilement ses observations. En outre, il ne résulte pas de l’instruction que Mme D... aurait présentée auprès de la caisse d’allocations familiales de l’Hérault une demande tendant à ce que lui soit communiqué le rapport d’enquête établi par l’agent assermenté à l’issue du contrôle de sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales aurait méconnu les droits de la défense doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la décision confirmant les indus d’allocation de logement familiale et d’allocation de logement sociale :

En premier lieu, si Mme D... soutient que la décision est entachée d’incompétence de son auteur, il résulte de l’instruction que la décision du 31 mars 2023 a été signée par M. H... E... nommé par une décision du 16 juillet 2020 en qualité de directeur de la caisse d’allocation des Pyrénées-Orientales et qui dispose A... telle compétence en vertu de l’article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / (…) ». Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours amiable doit contenir outre la signature de son auteur, la mention en caractères lisibles de ses nom, prénom et qualité. S’agissant d’un organisme collégial, il est satisfait à ces exigences dès lors que la décision prise comporte la signature de son président, ou de l’ensemble de ses membres présents, accompagnée des mentions en caractères lisibles prévues par cet article.

Il résulte de l’instruction que si la décision de la commission de recours amiable de la caisse d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales du 13 mars 2023, ne comporte pas elle-même l’indication des nom, prénom, et qualité, et la signature de son président, la lettre du 31 mars 2023 notifiant cette décision, ainsi qu’il vient d’être di au point précédent, est signée par M. E... directeur de la caisse d'allocations familiales. Par suite, le moyen tiré de l’absence de signature de la décision de recours amiable doit être écarté.

En troisième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre des aides personnelles au logement est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

Mme D... soutient que l’administration ne produit pas le décompte de la créance. Toutefois, les décisions contestées mentionnent les dispositions du code de l'action sociale et des familles ainsi que les dispositions du code de la construction et de l'habitation dont il est fait application, et expose notamment que Mme D... n’occupe plus son logement et fait état de la location du logement à un tiers. Elles précisent en outre le montant des sommes réclamées ainsi que la période sur laquelle porte la récupération. Par suite, cette décision est suffisamment motivée. En conséquence, le moyen tiré de l’insuffisante motivation en l’absence du décompte de la créance doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité de la décision confirmant l’indu de revenu de solidarité active :

En premier lieu, il résulte de l’instruction que par une décision du 13 mars 2023, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales a statué sur le recours administratif de M. D.... Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L 262-47 du Code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

En deuxième lieu, il résulte également de l’instruction que la convention de gestion du revenu de solidarité active entrée en vigueur le 1er juin 2022 entre la caisse d'allocations familiales et le département des Pyrénées-Orientales, prévoit que l’instruction, la décision d’attribution, l’examen des réclamations, des recours contentieux et le recouvrement des indus de revenu de solidarité active incombe désormais à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Par ailleurs, la caisse d'allocations familiales verse au débat, le procès-verbal de la séance de la commission de recours amiable comportant le nom du président de cette commission M. Juan-José Pingarron. La décision du 31 mars 2023 confirmant l’implantation de l’indu de revenu de solidarité active mentionne le nom, prénom, signature et qualité de son auteur M. Juan-José Pingarron président de la séance de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision du 31 mars 2023 est entachée d’un vice d’incompétence.

Sur le bien-fondé des indus

En ce qui concerne les indus d’allocation de logement familiale et d’allocation de logement sociale :

En premier lieu, à supposer que des retenues auraient été effectuées malgré les recours administratif et contentieux de Mme D..., cette circonstance, si elle est susceptible de constituer une faute de l’autorité administrative, est toutefois sans incidence sur le bien-fondé de l’indu en litige. Ce moyen est donc écarté.

En second lieu aux termes de l’article L 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. » Aux termes de l’article L 821-2 du code de la construction et de l'habitation : « Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. »

Il résulte de l’instruction que les indus d’allocation de logement sociale et d’allocation au logement familiale implantés à compter d’août 2021 trouvent leur origine dans la circonstance que Mme D... n’occupe plus son logement. Au soutien de sa requête, Mme D... fait valoir qu’elle a entreposé une partie de ses biens dans l’appartement de sa mère pour des raisons liées à la gestion du quotidien, mais qu’elle n’a pas pour autant quitté son propre logement durant la période d’implantation des indus. Toutefois, il résulte du rapport établi le 7 octobre 2022 par l’agent assermenté de la caisse d’allocations familiales dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire que Mme D... a alors déclaré ne plus occuper son logement depuis sa grossesse et être hébergée à titre gratuit par sa mère. Dans ces conditions, Mme D... ne remet pas utilement en cause le bien-fondé des indus indus d’aide personnelle au logement qui ont été mis à sa charge par la décision attaquée.

En ce qui concerne l’indu de revenu de solidarité active :

En premier lieu, si Mme D... soutient que des retenues ont été effectuées sur ses prestations en méconnaissance de l’article L 262-46 du Code de l'action sociale et des familles, ce dernier ne confère aucun caractère suspensif au délai de recours administratif ou gracieux. Par ailleurs, à supposer que des retenues auraient été effectuées malgré les recours administratif et contentieux de Mme D..., cette circonstance, si elle est susceptible de constituer une faute de l’autorité administrative, est toutefois sans incidence sur le bien-fondé de l’indu en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L 262-46 du Code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ». Aux termes de l’article L. 262-9 du même code : « Le montant forfaitaire mentionné à l’article L. 262-2 est majoré, pendant une période A... durée déterminée, pour : 1° A... personne isolée assumant la charge d’un ou de plusieurs enfants ; 2° A... femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu’à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. (…) ». Aux termes de l’article R 262-10 dudit code : « Les aides personnelles au logement prévues à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation sont incluses dans les ressources dans la limite d'un forfait calculé selon les modalités fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 262-9. (…) »

Le calcul des droits au revenu de solidarité active de Mme D... prend en compte le montant qui lui est alloué au titre des aides au logement. Il résulte de ce qui vient d’être dit au point 21 que les indus d’allocations de logements mis à la charge de la requérante sont fondés. Dans ces conditions, elle n’est pas davantage fondée à remettre en cause l’indu de revenu de solidarité active en litige, mis à sa charge pour la période d’août 2021 à juillet 2022.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à demander l’annulation des décisions du 31 mars 2023, ni par voie de conséquence à solliciter la décharge des indus en litige.

Sur la remise de dette :

Aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte A... manœuvre frauduleuse ou A... fausse déclaration ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active ou d’allocation de logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux de l’aide sociale, d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par A... et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

En l’espèce, et A... part, il ne résulte pas de l’instruction que Mme D... aurait préalablement saisi l’administration A... demande de remise gracieuse de l’indu en litige. Dans ces conditions, en l’absence A... décision administrative statuant sur sa demande elle n’est pas recevable à saisir directement le tribunal A... telle demande de remise de dette. D’autre part, et en tout état de cause, elle n’apporte aucun élément permettant d’apprécier, au regard de ses ressources et des charges de son foyer, si elle se trouve à la date du présent jugement, dans une situation de précarité faisant obstacle au règlement de sa dette, y compris de manière échelonnée.

Il s’ensuit que la demande de remise gracieuse de Mme D... ne peut en tout état de cause qu’être rejetée.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales, qui n’a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont Mme D... demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :


Article 1er : Les requêtes de Mme D... sont rejetées.










Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... D... et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.


Copie en sera adressée à la caisse d’allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.


La présidente,
V. G...
La greffière,
N. Jernival



La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 juillet 2025
La greffière,




N. Jernival



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