Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné la requête de M. C..., ressortissant espagnol, contestant le refus de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault de lui accorder la prime d'activité. La juridiction a relevé que le recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé auprès de la commission de recours amiable avait été rejeté comme irrecevable en raison de sa tardiveté. En application des articles L. 845-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, ce recours préalable constitue une condition de recevabilité du recours contentieux. Par conséquent, le tribunal a rejeté la requête de M. C... comme irrecevable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 aout 2023, M. A... C..., représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 22 décembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l’Hérault a refusé de lui accorder le bénéfice de la prime d’activité, ainsi que la décision du 20 juin 2023 rejetant son recours administratif préalable obligatoire ;
2°) d’enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l’Hérault, sur le fondement de l’article L.842-2 du Code de la sécurité sociale, de lui accorder le bénéficie de la prime d’activité dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement et subsidiairement à la commission de médiation de réexaminer sa situation dans le même délai de 15 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-la requête est recevable ;
-la décision en litige souffre d’une insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen réel et sérieux ;
-la décision litigieuse souffre d’un vice de procédure dès lors que de la commission de recours amiable ne démontre pas la régularité de sa composition ;
-la décision en litige méconnait les dispositions de l’article L 553-1 du code de la sécurité sociale ;
-la décision en litige méconnait les dispositions de l’article L 842-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu’il possède la nationalité espagnole ;
-la décision en litige porte atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2025 la caisse d’allocations familiales de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-le recours préalable formé auprès de la CRA était tardif et donc irrecevable ;
-subsidiairement les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 2 aout 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 18 juin 2025 à 14 heures en présence de Mme Jernival, greffière.
Les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction est intervenue après l’appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. C... ressortissant espagnol a sollicité le bénéfice de la prime d’activité. Par une décision du 22 décembre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l’Hérault a rejeté sa demande. Le recours administratif préalable obligatoire formé pr l’intéressé à l’encontre de cette décision a été rejeté le 20 juin 2023. Par la présente requête, M. C... demande au tribunal d’annuler ces deux décisions.
2.D’une part, l’article R. 846-1 du code de la sécurité sociale prévoit que : « La demande du bénéfice de la prime d'activité est réalisée par téléservice. (…) ». Aux termes de l’article R. 847-1 du même code : « La téléprocédure et le formulaire relatifs à la prime d'activité prévus à l'article R. 846-1 font mention de la possibilité pour les organismes chargés du service de l'allocation d'effectuer les vérifications des déclarations des bénéficiaires. ».
3. D’autre part, aux termes de l’article L. 845-2 du même code : « Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. Le bénéficiaire de la prime d'activité est informé, par tout moyen, des modalités de réclamation et de recours décrites aux deux premiers alinéas du présent article. ». L’article R. 142-1 du code dispose que : « Les réclamations relevant de l'article L. 142-4 formées contre les décisions prises par les organismes de sécurité sociale (…) sont soumises à une commission de recours amiable composée et constituée au sein du conseil, du conseil d'administration ou de l'instance régionale de chaque organisme. Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. ».Aux termes de l’article R. 847-3 de ce code : « Les décisions relatives à la prime d'activité mentionnent les voies de recours ouvertes aux personnes concernées et précisent les modalités du recours préalable institué par l'article L. 845-2. ».
4.Il résulte des dispositions précitées qu’un recours contentieux tendant à l’annulation de la décision du directeur d’une caisse d’allocations familiales portant refus d’accorder le bénéfice de la prime d'activité n’est recevable que si l’intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu’elles prévoient. L’exercice de ce recours administratif auprès de la commission de recours amiable constitue, par principe, une condition de recevabilité du recours contentieux.
5. En l’espèce, le recours administratif préalable obligatoire de M. C... a été rejeté comme irrecevable au motif qu’il a été présenté après l’expiration du délai de deux mois à compter de la notification de la décision initiale prévu par les dispositions précitées de l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Il résulte en effet de l’instruction que l’allocataire a pris connaissance de la décision du 23 décembre 2022, le 16 janvier 2023, lors de la consultation de son compte "caf" comme en atteste l’image d’un "œil ouvert" qui apparait lorsque l’allocataire consulte les documents que lui adresse l’organisme payeur par téléprocédure, ce qu’il ne conteste pas au demeurant. Il disposait donc d’un délai expirant le 16 mars suivant. Dans ces conditions, la commission de recours amiable était fondée à rejeter comme tardif le recours administratif présenté le 18 avril 2023 par le requérant.
6.Il suit de là que la requête de M. C... est, pour ce motif, irrecevable et ne peut qu’être rejetée, y compris les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des article L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à la ministre du travail de la santé, des solidarités et des familles.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d’allocation familiale de l’Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.
La présidente,
V. B...
La greffière,
N. Jernival
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 juillet 2025
La greffière,
N. Jernival