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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305219

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305219

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305219
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantPECH DE LACLAUSE-JAULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Hirtzlin-Pinçon, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Montbrun-des-Corbières (Aude) à lui verser, principalement, la somme de 53 175 euros, subsidiairement, la somme de 25 000 euros à titre de provision ;

2°) de mettre à la charge de la Commune de Montbrun-des-Corbières la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la créance n'est pas sérieusement contestable dès lors qu'il a été victime le 9 juillet 2013 d'un accident de service et qu'un rapport d'expertise non contesté a établi la responsabilité de la commune.

Par un mémoire, enregistré le 3 octobre 2023, le maire de la commune de Montbrun-les-Corbières, représenté par Me Jaulin, avocate, membre de la société civile professionnelle (SCP) Pech De Laclause-Jaulin-El Hazmi conclut au rejet de la requête et à ce que M. B soit condamné à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article 700 du code civil.

Il expose que :

- l'action en réparation est prescrite depuis le 1er janvier 2023 ;

- la provision sollicitée est sérieusement contestable, dès lors qu'aucun élément factuel ne permet d'imputer de manière directe l'aggravation des douleurs lombaires et la hernie discale à l'accident de travail du 9 juillet 2013 ;

- le montant de la provision n'est pas justifié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. D'une part, il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

3. D'autre part, les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

4. M. B, agent territorial de la commune de Montbrun-des-Corbières, a été victime, le 9 juillet 2013, d'un accident qui a été reconnu imputable au service par son administration. Il résulte de l'instruction que par jugement n°2105549 du 2 mai 2023, après avoir écarté la fin de non-recevoir tirée de la prescription quadriennale au regard des dispositions de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, le tribunal administratif de Montpellier a partiellement fait droit à la demande de M. B, enregistrée le 21 octobre 2021, tendant à la réparation du préjudice subi en raison de cet accident en condamnant la commune de Montbrun-des-Corbières à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son seul préjudice moral. Ainsi, en l'état de l'instruction, les souffrances endurées sont le seul préjudice non sérieusement contesté. Par suite, après avoir écarté la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montbrun-des-Corbières, il y a lieu de la condamner à verser la somme provisionnelle de 3 500 euros à M. B.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse la somme que lui réclame la commune de Montbrun-des-Corbières.

7. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Montbrun-des-Corbières une somme de 1 200 euros à verser à M. B.

O R D O N N E

Article 1er : La commune de Montbrun-des-Corbières est condamnée à verser à M. B une provision d'un montant de 3 500 euros.

Article 2 : La Commune de Montbrun-des-Corbières versera une somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Montbrun-des-Corbières.

Fait à Montpellier, le 24 octobre 2023.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 octobre 2023.

La greffière,

C. Arce

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