mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306102 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LYSIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 octobre 2023, 4 mars, 29 mai et
2 août 2024, Mme E A, représentée par Mme D, demande au tribunal de :
1°) condamner le centre hospitalier de Narbonne à lui verser la somme globale de 228 145,50 euros, ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts à compter de la demande préalable ;
2°) mettre à la charge du centre hospitalier de Narbonne une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Narbonne est engagée à raison de sa maladie professionnelle ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée :
* pour illégalité des décisions du 8 janvier 2020 de placement en congé de maladie ordinaire et de placement en disponibilité d'office ;
* pour illégalité de la décision du 5 février 2021 de licenciement pour inaptitude physique et refus du reclassement ;
* pour méconnaissance de son contrat d'engagement ;
* pour illégalité de la décision implicite de refus opposée à sa demande de communication de son dossier administratif ;
* pour violation du secret médical ;
Ces fautes sont à l'origine de préjudices devant être indemnisés à hauteur de :
* la somme de 10 270,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* la somme de 30 375 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* la somme de 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* la somme de 40 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* la somme de 1 500 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne ;
* la somme de 70 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
* la somme de 70 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2023 et 25 mars 2024, le centre hospitalier de Narbonne, représenté par Lysis Avocats, conclut :
- à titre principal, à évaluer les préjudices à hauteur maximale de 9 908,75 euros ;
- à titre subsidiaire, à évaluer les préjudices à hauteur maximale de 17 108,75 euros ;
- à la condamnation de Mme A à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
- sur la responsabilité : il n'a commis aucune faute et les demandes d'indemnisation à ce titre seront donc rejetées. Doivent seulement être indemnisés les préjudices extra-patrimoniaux en relation directe avec la maladie reconnue imputable au service, à savoir l'incapacité temporaire totale, le taux d'incapacité permanente partielle, le préjudice esthétique, les souffrances physiques et le préjudice d'agrément.
- sur l'évaluation des préjudices :
A titre principal, la somme totale de 9.908,75 euros se décompose comme suit :
• 5.408,75 euros au titre de l'incapacité temporaire totale ;
• 3.000 euros au titre des souffrances endurées ;
• 1.500 euros au titre du préjudice d'agrément ;
A titre subsidiaire : la somme totale de 17.108,75 euros se décompose comme suit :
• 5.408,75 euros au titre de l'incapacité temporaire totale ;
• 3.000 euros au titre des souffrances endurées ;
• 1.500 euros au titre du préjudice d'agrément ;
• 7.200 euros au titre de l'incapacité permanente partielle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 86-633 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;
- le décret n° 2005-790 du 12 juillet 2005 relatif aux règles de déontologie de la profession d'avocat ;
- le code de justice administrative.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif de Montpellier N°2202351 du 21 octobre 2024 ;
- le jugement du tribunal administratif de Montpellier N°s 202033 et 2002034 du
30 décembre 2021 ;
- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier N°2201280 du 6 juillet 2022 et l'ordonnance de taxe du 28 février 2023 mettant les frais et honoraires de l'expertise du Dr C d'un montant de 2 160 euros à la charge du centre hospitalier de Narbonne.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;
- les conclusions de M. F, le rapporteur public ;
- les observations de Me D, représentant Mme A, et celles de Me Girard, représentant le centre hospitalier de Narbonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 17 juin 1976, a exercé les fonctions d'aide-soignante au centre hospitalier de Narbonne, à partir du 26 avril 2011, en qualité de contractuelle, et à partir du 1er décembre 2014 en qualité de titulaire. Lauréate du concours d'entrée, elle a intégré l'Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de Narbonne le 1er septembre 2015 et a obtenu son diplôme d'infirmière diplômée d'Etat le 6 décembre 2018. Durant sa scolarité, elle a connu plusieurs périodes d'arrêts de travail en raison d'une lombosciatique gauche. Par courrier du 18 mars 2019, le centre hospitalier de Narbonne l'a invitée à présenter une demande de reclassement qui a été refusée par Mme A. Par courrier du 15 juillet 2019, Mme A a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service à compter du 1
2 janvier 2017 de la lombosciatique gauche. Par deux décisions datées du 8 janvier 2020, le centre hospitalier de Narbonne l'a maintenue en congé de maladie ordinaire pour la période du 14 décembre 2018 au 13 décembre 2019 et a prononcé sa mise à disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 14 décembre 2019. Par décision du 5 février 2021, le centre hospitalier a prononcé son licenciement pour inaptitude physique à compter du
23 février 2021. Par jugement Nos 2002033, 2002034 du 30 décembre 2021, les deux décisions du 8 janvier 2020 ont été annulées et il a été enjoint au centre hospitalier de Narbonne de reconnaitre l'imputabilité au service de la lombosciatique ayant justifié les congés de maladie à compter du 12 janvier 2017 et de la rétablir dans ses droits statutaires et financiers. Par décision du 10 février 2022, le centre hospitalier a reconnu la maladie professionnelle de Mme A à compter du 16 mars 2017, avec pour date de consolidation le 9 octobre 2019 et un taux d'incapacité permanente partielle de 5 %. Par un jugement N°2202351 du 21 octobre 2024 à ce jour non définitif, le tribunal administratif de Montpellier a annulé ladite décision seulement en tant qu'elle fixe le taux d'incapacité à 5 % et enjoint à l'établissement de fixer ce taux à 10 %. Par ordonnance n°2201280 du 6 juillet 2022, le juge des référés saisi par Mme A, a ordonné une expertise aux fins notamment de déterminer les préjudices en relation directe avec sa pathologie reconnue imputable au service. Le
Dr C a remis son rapport le 1er février 2023. Par la présente requête, Mme A met en cause la responsabilité du centre hospitalier de Narbonne et demande au tribunal de le condamner à lui verser une indemnité totale de 228 145,50 euros, ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation de ces intérêts à compter de la demande préalable.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Narbonne :
2. Il résulte du jugement N°s 2002033 et 2002034 du tribunal administratif de Montpellier du 30 décembre 2021 et de la décision du centre hospitalier de Narbonne du
10 février 2022 reconnaissant le caractère imputable au service de la maladie déclarée le
16 mars 2017 inscrite au tableau n° 98, que la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Narbonne est engagée du fait de la lombosciatique dont souffre Mme A.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Narbonne :
3. Mme A met en cause la responsabilité fautive du centre hospitalier de Narbonne pour illégalité des décisions du 8 janvier 2020 de placement en congé de maladie ordinaire et de mise en disponibilité d'office pour raison de santé, pour non-respect du contrat d'engagement, pour illégalité de la décision du 5 février 2021 de licenciement pour inaptitude physique définitive et refus du reclassement, pour non communication de son dossier administratif et pour violation du secret médical.
S'agissant de la décision du 8 janvier 2020 de placement de Mme A en congé de maladie ordinaire :
4. Par courrier du 15 juillet 2019, Mme A a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité de sa maladie au service. Par jugement N°s 2002033 et 2002034 passé en force de chose jugée du 30 décembre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision du 8 janvier 2020 rejetant implicitement sa demande et plaçant la requérante en congé de maladie ordinaire pour la période du 14 décembre 2018 au 13 décembre 2019. L'illégalité de cette décision administrative ainsi judiciairement reconnue engage nécessairement la responsabilité fautive du centre hospitalier de Narbonne.
S'agissant de la décision du 8 janvier 2020 de mise en disponibilité d'office de
Mme A pour raison de santé :
5. Par le même jugement N°s 2002033 et 2002034 du 30 décembre 2021, passé en force de chose jugée, le tribunal administratif de Montpellier a annulé par voie de conséquence la seconde décision prise par le centre hospitalier de Narbonne du 8 janvier 2020 plaçant Mme A, en disponibilité d'office pour raison de santé. L'illégalité de cette décision administrative ainsi judiciairement reconnue engage nécessairement la responsabilité fautive du centre hospitalier de Narbonne.
S'agissant du non-respect du contrat d'engagement :
6. Mme A, alors aide-soignante au centre hospitalier de Narbonne, a intégré l'institut de formation en soins infirmiers de Narbonne le 1er septembre 2015 et a obtenu, le
6 décembre 2018, à l'issue des trois années d'études, le diplôme d'infirmière. Elle a signé avec le centre hospitalier le 31 juillet 2015, un contrat d'engagement prévoyant, notamment en son article 6, qu'elle sera nommée infirmière dans la limite des postes vacants.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du Dr B, médecin agréé du 7 décembre 2018 et de l'avis rendu par la commission de réforme le
19 février 2019, que Mme A était définitivement inapte à l'exercice des fonctions d'aide-soignante tout en restant apte à l'exercice des fonctions d'infirmière sous réserve d'aménagement, celui-ci consistant à éviter les manutentions de patients. Il résulte également de l'instruction, que le centre hospitalier ne conteste pas l'existence de postes vacants auquel les nouveaux infirmiers diplômés pouvaient prétendre et allègue sans toutefois le justifier l'absence de possibilité d'aménagement de ces postes pour répondre au droit de Mme A de recevoir une affectation en qualité d'infirmière, à laquelle sa situation de congé de maladie ne faisait en tout état de cause pas obstacle. Dans ces conditions, le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant de la décision du 5 février 2021 de licenciement pour inaptitude physique définitive et refus du reclassement :
8. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve de manière définitive atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il appartient à l'employeur de le reclasser dans un autre emploi et, en cas d'impossibilité, de prononcer, dans les conditions prévues pour l'intéressé, son licenciement.
9. Il résulte de l'instruction, que par décision du 5 février 2021, Mme A a fait l'objet d'un " licenciement pour inaptitude physique et refus du droit au reclassement " et d'une radiation " des cadres du personnel de l'établissement ". Cette décision est motivée par son inaptitude définitive et absolue à l'exercice des fonctions d'aide-soignante et son refus, pour un motif non lié à son état de santé, de reclassement dans un des deux emplois administratifs proposés par le centre hospitalier. Il est toutefois constant qu'à la date du
5 février 2021, Mme A est diplômée de l'institut de formation en soins infirmiers de Narbonne depuis le 6 décembre 2018 et déclarée apte à l'exercice des fonctions d'infirmière sous réserve d'aménagement. Dans ces circonstances, le centre hospitalier, qui comme indiqué au point 7, ne justifie pas de l'impossibilité de la reclasser sur un poste correspondant à son grade, ne pouvait légalement lui proposer des postes d'agent de bureau des entrées aux urgences et d'opérateur téléphonique aux consultations correspondants au grade d'adjoint administratif et se fonder sur son refus pour la licencier. L'illégalité d'une décision administrative étant toujours constitutive d'une faute, la responsabilité fautive du centre hospitalier est dès lors engagée du fait de cette décision.
S'agissant du retard dans la communication du dossier administratif :
10. Aux termes de l'article L. 137-4 du code général de la fonction publique : " Tout agent public a accès à son dossier individuel. ". Il résulte en outre des articles 4 et 6 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 et de l'article 8 du décret n° 2005-790 du 12 juillet 2005 que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte.
11. Il résulte de l'instruction, que par courrier recommandé du 2 avril 2019 adressé à la direction des ressources humaines du centre hospitalier et reçu le lendemain, Me D, déclarant intervenir en qualité de conseil de Mme A, a sollicité la communication du dossier individuel de sa cliente. Mme A n'a obtenu satisfaction que le 6 janvier 2021. Le centre hospitalier ne saurait valablement, soutenir que le délai d'un an et 9 mois attendu par Mme A pour obtenir la communication de son dossier lui est imputable pour n'avoir satisfait ni à la demande de justification d'un mandat donné à l'avocat, ni à celle de transmettre sa demande au secrétariat de la direction des ressources humaines. Dans ces circonstances, le délai excessif pris par le centre hospitalier de Narbonne pour satisfaire à la demande de communication du dossier individuel constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
S'agissant de la violation du secret médical :
12. Selon les dispositions combinées des articles L. 137-1 et 2 du code de la fonction publique, le dossier individuel réunit tous les documents concernant la situation administrative de l'agent, ce qui exclut les pièces médicales compte tenu des exigences du secret médical.
13. Mme A allègue, sans le justifier par l'unique lettre adressée par elle au
Dr C, avoir compté 26 documents à caractère médical dans son dossier administratif et la copie des volets 1 des arrêts de travail comportant la pathologie. Dans ces conditions, aucune violation du secret médical par le centre hospitalier n'est caractérisée.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la responsabilité fautive du centre hospitalier est engagée pour l'illégalité des décisions du 8 octobre 2020 et de la décision du
5 février 2021, pour non-respect du contrat d'engagement et pour non-respect des règles relatives à la communication du dossier individuel.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant des préjudices en lien avec la maladie professionnelle :
15. Il résulte du jugement N°2202351 du tribunal de céans du 21 octobre 2024, que l'état de santé de Mme A a été considéré comme consolidé le 9 octobre 2019 et que le taux d'incapacité permanente a été fixé à 10 %.
16. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
17. Compte tenu de ce que la lombosciatique dont Mme A est atteinte depuis le
12 janvier 2017 revêt le caractère d'une maladie professionnelle et que n'est pas soutenu l'imputabilité de cette maladie à une faute du centre hospitalier de Narbonne, la requérante est seulement fondée à demander la réparation des préjudices exclusivement personnels ou patrimoniaux qui ne se trouvent pas déjà réparés par l'allocation temporaire d'invalidité qu'elle perçoit depuis le 9 octobre 2019 en raison de son invalidité.
S'agissant des préjudices temporaires :
18. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme A a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne du 12 janvier 2017 au 31 mai 2017. Il y a lieu de retenir pour l'indemnisation de ce préjudice, le salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut augmenté des charges sociales sur 412 jours/année compte tenu des congés payés et jours fériés. Dès lors, les frais liés à l'assistance par tierce personne doivent être évalués, à la somme arrondie de 900 euros.
19. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire du 12 janvier 2017 au 26 août 2018, de 50 % durant 139 jours, de 10 % durant 451 jours et de 25% durant 107 jours, dont il sera fait une juste appréciation à raison de 16 euros par jour, en l'évaluant à la somme de 3 461 euros.
20. Au titre des souffrances endurées évaluées par l'expert, à 2,5/7, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à Mme A la somme de 1900 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
21. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent compte tenu du taux de 10 % retenu par le jugement N°2202351 précité, en l'évaluant à la somme de
14 151 euros.
22. S'il est constant que le périmètre de marche de Mme A est désormais limité et que la marche sur un terrain dénivelé est difficile, Mme A ne justifie d'aucune pratique régulière d'une activité spécifique sportive ou de loisirs. Sa demande faite au titre du préjudice d'agrément devra, par suite, être rejetée.
23. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier doit être condamné à verser à Mme A la somme de 20 412 euros en réparation des préjudices résultant de sa maladie professionnelle.
S'agissant des préjudices en lien avec les fautes du centre hospitalier de Narbonne :
24. Mme A soutient avoir subi un préjudice professionnel du fait de sa maladie reconnue imputable au service, de son licenciement illégal et du non-respect de son contrat d'engagement.
25. Toutefois, d'une part, comme rappelé au point 17, l'incidence professionnelle de la lombosciatique dont souffre Mme A est réputée réparée par l'allocation temporaire d'invalidité perçue en raison de son invalidité. D'autre part, si Mme A se prévaut de ce qu'elle n'a pas pu exercer la profession d'infirmière pour laquelle elle a été formée et a subi un préjudice financier qu'elle évalue à la somme de 70 000 euros, elle n'apporte aucun élément sur le rétablissement de ses droits statutaires et financiers enjoint par le tribunal de céans par jugement N°s 2002033, 2002034 du 30 décembre 2021, les revenus perçus depuis son licenciement et alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle ne souhaitait plus exercer en qualité d'infirmière. Par suite, Mme A ne justifie pas de la réalité de ce préjudice.
26. Mme A fait valoir avoir développé un syndrome anxio-dépressif et connu des difficultés financières liés au comportement fautif du centre hospitalier de Narbonne. Il sera fait une juste appréciation des préjudices moral et troubles dans les conditions d'existence subis par Mme A en évaluant ces préjudices dans leur ensemble à la somme de
10 000 euros.
27. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier doit être condamné à verser à Mme A la somme complémentaire de 10 000 euros en réparation des préjudices résultant des fautes commises par le centre hospitalier de Narbonne.
Sur les intérêts et la capitalisation :
28. Mme A a droit aux intérêts sur la somme totale de 30 412 euros qui lui est allouée par le présent jugement à compter 3 juillet 2023, date de la réception de sa réclamation préalable par le centre hospitalier de Narbonne. Les intérêts échus à la date du
3 juillet 2024 puis, le cas échéant, à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative :
29. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Narbonne les frais d'expertise taxés à la somme de 2 160 euros par ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Montpellier n°2201280 en date du 28 février 2023.
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que le centre hospitalier de Narbonne demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Narbonne une somme de
1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Narbonne est condamné à verser à Mme A la somme de 30 412 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 3 juillet 2023 et leur capitalisation à compter du 3 juillet 2024 ;
Article 2 : Les frais d'expertise d'un montant de 2 160 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Narbonne.
Article 3 : Le centre hospitalier de Narbonne versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au centre hospitalier de Narbonne.
Délibéré après l'audience publique du 22 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Bayada, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
JP. Gayrard
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 février 2025
Le greffier,
S. Sangaré
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N° 1901371
pa
N°23061010
N° 1901371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026