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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306379

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306379

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306379
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président CORNELOUP
Avocat requérantBELLOTTI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a été saisi par M. A d’un recours en annulation contre une décision de la CAF des Pyrénées-Orientales lui notifiant un indu d’allocation logement sociale de 7 134,84 euros pour la période de juin 2007 à novembre 2009. La CAF a soulevé une exception d’incompétence de la juridiction administrative, arguant que la décision litigieuse datait du 29 juin 2010, soit avant le 1er janvier 2020. En application de l’ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 et des articles L. 825-1 et L. 825-3 du code de la construction et de l’habitation, le tribunal a jugé que les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d’allocation de logement relèvent des dispositions du code de la sécurité sociale et de la compétence du tribunal judiciaire. Par conséquent, le tribunal a rejeté la requête pour incompétence de la juridiction administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. A, représenté par Me Bellotti demande au tribunal :

1°) d'annuler une décision de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui notifiant un indu d'allocation logement sociale correspondant à une somme de 7 134,84 euros ;

Il soutient que :

- il se retrouve dans une situation précaire dès lors qu'il est sans emploi ;

- il n'a pas eu connaissance des motifs justifiant sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'indu d'allocation de logement sociale qui a été notifié au requérant le 29 juin 2010, avant le 1er janvier 2020 ;

- à titre subsidiaire, l'indu est fondé, eu égard aux déclarations frauduleuses, à la condamnation pénale de M. A, à l'absence de prescription et à l'impossibilité d'une remise de dette.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup,

- les observations de Me Bellotti, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 29 juin 2010, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a informé M. A qu'une plainte auprès du Procureur de la République avait été déposé à son encontre pour manœuvres frauduleuses et fausses déclarations. A cette occasion, il a également été informé qu'il était redevable d'un indu de 7 134,84 euros représentant l'aide au logement perçue à tort de juin 2007 à novembre 2009. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'exception d'incompétence soulevée en défense :

2. En premier lieu, en vertu de l'ordonnance du 17 juillet 2019 relative à la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, les dispositions, figurant auparavant dans le code de la sécurité sociale, relatives aux allocations de logement, qui comprennent l'allocation de logement sociale et l'allocation de logement familiale et qui sont au nombre des aides personnelles au logement, ont été intégrées au code de la construction et de l'habitation. Cette même ordonnance a inséré dans le code de la construction et de l'habitation un article L. 825-1 aux termes duquel : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 [c'est-à-dire les organismes chargés de gérer les prestations familiales] sont portés devant la juridiction administrative ".

3. En deuxième lieu, en vertu du II de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019, et par dérogation aux dispositions du I, qui prévoient une entrée en vigueur au 1er septembre 2019 des dispositions de la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation sous réserve de certaines exceptions : " Entrent en vigueur le 1er janvier 2020 : / 1° Les dispositions du chapitre V du titre II du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, annexées à la présente ordonnance ; ces dispositions s'appliquent aux décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation annexé à la présente ordonnance, prises à partir du 1er janvier 2020, ainsi qu'aux décisions prises, à partir de cette même date, par le directeur de l'organisme payeur sur les demandes de remise de dettes mentionnées au 2° de ce même article. Les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d'allocation de logement demeurent soumises aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. () ".

4. Les " décisions () mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ", auxquelles les dispositions précitées du II de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019 font précisément référence, sont, aux termes dudit 1°, les " décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ", et non les décisions prises par le directeur de l'organisme payeur, conformément aux dispositions combinées du premier alinéa et du 1° de l'article L. 825-3, sur les " contestations " des décisions qui lui sont soumises. Ainsi, pour l'application des dispositions précitées de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019 au recouvrement d'indus d'allocations de logement, à l'exclusion des remises de dettes, les " décisions prises avant le 1er janvier 2020 ", ou " à partir du 1er janvier 2020 ", doivent s'entendre des décisions de récupération d'indu. Il s'ensuit que les " décisions prises avant le 1er janvier 2020 " qui continuent à relever de la compétence de la juridiction judiciaire en vertu des dispositions précitées comprennent, s'agissant du recouvrement d'indu d'allocations de logement, non seulement les décisions de récupération d'indu prises avant le 1er janvier 2020, mais aussi les décisions subséquentes, adoptées pour le recouvrement du même indu, y compris la contrainte. La circonstance que la contrainte ait été délivrée après le 31 décembre 2019 sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale applicables au recouvrement des indus d'allocation de logement à compter du 1er septembre 2019, est sans incidence à cet égard, dès lors que les dispositions de l'article L. 161-1-5 se limitent à renvoyer à la " juridiction compétente " pour statuer sur l'opposition à contrainte, et que la juridiction compétente doit ainsi être déterminée eu égard à la nature de la créance, judiciaire ou administrative, selon le cas, par application des règles précitées de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019.

5. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige concerne une période de juin 2007 à novembre 2009 et a été notifié par une décision du 29 juin 2010. La décision de récupération de l'indu d'allocation de logement sociale est donc antérieure au 1er janvier 2020. Ce litige se rattache ainsi au contentieux général de la sécurité sociale ressortissant au juge judiciaire et non à la juridiction administrative. Par suite, les conclusions de la requête doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Cette allocation constituant une prestation familiale aux termes du 4° de l'article L. 511- 1 du code de la sécurité sociale, il y a seulement lieu de renvoyer le requérant à saisir le juge judiciaire en application de l'article 32 du décret du 27 février 2015.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'incompétence soulevée en défense peut être accueillie.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M A est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et à Me Bellotti.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La magistrate désignée,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 18 février 2025.

La greffière,

A. Junon

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