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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2307481

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2307481

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2307481
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT MARION PUISSANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 21 décembre 2023 et le 9 février 2024, M. et Mme B et C F, agissant en leur qualité de représentants légaux de leur fille A, représentés par Me Puissant, avocat, demandent au juge des référés de prescrire une mesure d'expertise aux fins d'apprécier la qualité de la prise en charge médicale de leur fille par le centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault) pour une malformation vasculaire développée autour des troisième et quatrième orteils du pied gauche, par compression veineuse puis mise en place d'une sclérothérapie en juillet 2021, et de déterminer l'étendue des préjudices qu'elle subit en conséquence des fautes éventuellement relevées.

Ils soutiennent que :

- à la suite des soins prodigués, leur fille a présenté une nécrose et a dû subir une amputation d'une partie de l'orteil ;

- l'expertise sollicitée est utile à la détermination des préjudices subis en raison de la mauvaise qualité de la prise en charge médicale de la jeune A.

Par un mémoire enregistré le 17 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) d'avocats Armandet, Le Targat, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous réserve que le requérant justifie de sa qualité à agir en qualité de représentant légal de l'enfant A.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La demande d'expertise présentée par M. et Mme F en qualité de représentants légaux de leur fille A, tend à faire apprécier la qualité de la prise en charge médicale de leur fille par le centre hospitalier universitaire de Montpellier et à évaluer les préjudices subis en conséquence de la nécrose dont elle a été victime ayant nécessité l'amputation d'une partie d'un orteil de son pied gauche. Une telle demande présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur D E domicilié 255 chemin Pemperilles à La Salvetat Belmontet (82230), est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de la jeune A F et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier universitaire de Montpellier ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de la jeune A F ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

* décrire l'état de santé de la jeune A F et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier universitaire de Montpellier pour y subir une compression veineuse puis une sclérothérapie, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la jeune fille ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

* donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de la jeune A F et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier universitaire de Montpellier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

* de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de la jeune A F ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de la jeune fille et des complications dont elle souffre depuis ses hospitalisations ;

* donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de la jeune A F, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

* donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à la jeune A F une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier universitaire de Montpellier ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par la jeune fille de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

* dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si les parents de la jeune A F ont été informés de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et s'ils ont été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si la jeune A F a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si ses parents en avaient connu tous les dangers (pourcentage) ;

* dire si l'état de la jeune A F a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* indiquer à quelle date l'état de la jeune A F peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

* dire si l'état de la jeune A F est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

* donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de la jeune A F.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. et Mme F, du centre hospitalier universitaire de Montpellier et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B et C F, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 8 avril 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 avril 2024,

L'attaché,

Médéric Arias

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