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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2400687

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2400687

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2400687
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantNOUGARET-FISCHER FLEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, l'association Nains Porte Koa, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Cabinet Fischer et Associés, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une mesure d'expertise aux fins de constater les désordres affectant son bateau dont l'accès présente, en outre, des dangers et dont le déplacement est impossible en raison d'un manque d'eau et d'évaluer les préjudices subis, notamment dans le cadre du développement de son activité de voile ;

2°) de dire que l'expert adressera un pré-rapport aux parties, aux termes duquel il recueillera leurs observations et dires pour rendre son rapport définitif ;

3°) de mettre à la charge du port des Cabanes de Fleury et de la commune de Fleury d'Aude la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Cabinet Fischer et Associés au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle est propriétaire, depuis juillet 2020, d'un bateau dans le cadre d'une activité de voile et bénéficie d'un emplacement en rivière moyennant une redevance ;

- la responsabilité du gestionnaire du port de plaisance est susceptible d'être engagée à raison des dommages survenus au bateau du fait d'un défaut d'entretien normal des ouvrages ; en effet, le chemin permettant l'accès au ponton n'est pas entretenu, le stationnement d'un véhicule n'est pas possible, le ponton se trouve dans un état très délabré rendant l'accès au bateau difficile et dangereux, le bateau est enlisé faute d'un niveau d'eau suffisant et la coque du bateau, appuyée sur le ponton, est très abîmée ;

- aucune solution amiable n'ayant été trouvée, une expertise est utile afin de constater les désordres, d'en rechercher l'origine, de déterminer les travaux pour y remédier et d'évaluer les préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, la commune de Fleury d'Aude, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Amplitude Avocates, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à la condamnation de l'association Nains Porte Koa à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, demande qu'il soit pris acte de ses plus vives protestations et réserves sur la demande d'expertise.

Elle fait valoir que :

- sur la recevabilité, l'association requérante ne démontre pas sa qualité pour agir en ce qu'elle ne justifie pas, par la production de ses statuts, de l'habilitation à agir de son président ;

- l'association ne démontre pas sa qualité de propriétaire du bateau dès lors qu'une procédure tendant à la déchéance des droits du propriétaire a été engagée par la commune, compte tenu de l'état d'abandon du bateau, et que l'association sera déchue de ses droits au jour où le juge des référés statuera ;

- la mesure d'expertise sollicitée est dépourvue d'utilité dès lors que le recours au fond que la requérante pourrait former est voué à l'échec ; en effet, l'association ne peut se prévaloir d'aucun préjudice indemnisable dès lors que ce dernier ne serait que la conséquence d'une occupation irrégulière du domaine public ;

- aucun défaut d'entretien normal du ponton ne peut être reproché à la commune dès lors que celui-ci ne constitue pas un ouvrage public mais fait partie des emplacements mis à disposition des propriétaires de bateaux, qui doivent les entretenir ; en outre, le niveau d'eau, trop faible, de la rivière ne peut engager la responsabilité de la commune dès lors qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage portuaire.

L'association Nains Porte Koa a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Fabienne Corneloup, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Nains Porte Koa est propriétaire d'un bateau dénommé " Fend la bise " qui occupe depuis le 1er mai 2021 un emplacement saisonnier en rivière au port de plaisance des Cabanes de Fleury. La commune de Fleury d'Aude, par courriers des 10 octobre et 5 décembre 2022, signalait à l'association le défaut de règlement des factures émises pour l'année 2022, laquelle se justifiait en invoquant les désordres constatés sur le bateau du fait d'un défaut d'entretien normal des ouvrages et demandait, par conséquent, l'exonération des redevances dues. Le 4 mars 2023, une tentative de conciliation, sollicitée par l'association, n'a pas permis un règlement amiable du différend. Par courrier du 11 mars 2023, l'association mettait en demeure la commune de Fleury d'Aude de mettre à sa disposition un autre emplacement dans le délai de 15 jours. Par courrier du 20 mars 2023, la commune mettait en demeure l'association de quitter le port dans le délai de 15 jours faute de pouvoir justifier d'une occupation régulière de l'emplacement sur la rivière. Cette mise en demeure étant restée sans suite, la commune adressait à l'association, le 7 décembre 2023, une nouvelle mise en demeure de se rapprocher de la capitainerie afin de retirer le bateau, sous peine de mise en œuvre de la procédure de déchéance de propriété. Par décision du 19 janvier 2024, et suite au rapport de la police municipale constatant l'état d'abandon manifeste du bateau imputable non pas à l'état de l'emplacement mais à un défaut d'entretien, l'association a, de nouveau, été mise en demeure de faire cesser l'état d'abandon du bateau en procédant à la récupération, l'enlèvement, la destruction ou toute autre opération en vue de supprimer l'entrave prolongée qu'il constitue pour les activités portuaires. Par la présente requête, l'association Nains Porte Koa demande au juge des référés de prescrire une mesure d'expertise afin de constater les désordres constatés sur son bateau, d'en rechercher l'origine, de déterminer les travaux pour y remédier et d'évaluer les préjudices subis.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'association Nains Porte Koa apporte une justification suffisante, au stade d'une demande en référé, de sa qualité pour agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence d'habilitation régulière du Président de l'association à engager la présente instance ne peut qu'être écartée.

3. En deuxième lieu, la commune fait valoir que l'association ne justifierait pas de son intérêt à agir dans l'hypothèse d'un recours au fond dès lors qu'elle a engagé une procédure tendant à la déchéance des droits du propriétaire compte tenu de l'état d'abandon manifeste et prolongé du bateau. Cependant, dès lors que l'expertise judiciaire sollicitée est une mesure d'instruction qui ne saurait préjudicier au principal, il y a lieu de considérer que l'association Nains Porte Koa a, en sa qualité de propriétaire présumée, intérêt à agir.

Sur la demande d'expertise :

4. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

5. Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par l'association Nains Porte Koa porte sur les désordres affectant son bateau, leur imputabilité, les travaux nécessaires à la remise en état et les préjudices qui en résultent. En défense, la commune de Fleury d'Aude conclut à l'inutilité de la mesure d'expertise sollicitée. Elle fait valoir que les désordres affectant le bateau ne sauraient lui être imputés dès lors, d'une part, qu'aucun défaut d'entretien normal du ponton ne peut lui être reproché dans la mesure où celui-ci ne constitue pas un ouvrage public mais fait partie des emplacements mis à disposition des propriétaires de bateaux, qui doivent les entretenir, d'autre part, que le niveau d'eau, trop faible, de la rivière ne peut engager la responsabilité de la commune dès lors qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage portuaire. Cependant, ces considérations relèvent de la seule appréciation du juge du fond, l'expertise sollicitée ayant précisément pour objet de déterminer les causes des désordres allégués par l'association requérante. Dans ces conditions, la demande de l'association Nains Porte Koa, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à ce que le pré-rapport de l'expert soit soumis aux parties :

6. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne faisant obligation à l'expert d'établir un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties, les conclusions présentées à cette fin par l'association Nains Porte Koa sont dépourvues d'utilité et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'association Nains Porte Koa présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Les conclusions présentées par la commune de Fleury d'Aude sur le même fondement seront également rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. A B, domicilié Résidence du Golf du Lion - bâtiment 1 9, rue Romain Rolland à Sète (34200) est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents qu'il estimera utiles à sa mission ;

* se rendre sur les lieux : port des Cabanes de Fleury ;

* décrire les désordres affectant le bateau " Fend la bise " ;

* préciser leur nature, leur date d'apparition et leur importance, et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité ou à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

* donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres ; dire en particulier si l'état du ponton ou le niveau d'eau de la rivière peuvent être à l'origine des désordres constatés ; dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

* indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'ouvrage en cause ; prévoir la durée des travaux et en chiffrer le coût, sur la base de devis communiqués par les parties à l'expertise ;

* fournir, de façon générale, tous les éléments techniques ou de fait, de nature à permettre à la juridiction du fond, éventuellement saisie, de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues et les éventuels préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de l'association Nains Porte Koa, du port des Cabanes de Fleury et de la commune de Fleury-d'Aude.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal par voie électronique, dans un délai de six mois, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative et en notifiera copie aux parties intéressées. Avec l'accord des parties, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association Nains Porte Koa est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Nains Porte Koa, au port des Cabanes de Fleury, à la commune de Fleury-d'Aude et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 25 juillet 2024

Le juge des référés,

F. Corneloup

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 juillet 2024

L'attachée

C. Lemaire

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