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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2401831

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2401831

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2401831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantLENOIR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté les requêtes de M. B E concernant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 16 040 euros et une amende administrative de 1 000 euros. Le tribunal a jugé que la décision du 15 novembre 2022 rejetant le recours contre l'indu était régulière, notamment en ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte et sa motivation. Il a estimé que l'indu était fondé en raison de la dissimulation de ressources par le requérant, et a refusé la remise de dette en l'absence de bonne foi. La solution retenue s'appuie sur le code de l'action sociale et des familles et le code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 décembre 2022, le 31 janvier 2023, et le 3 août 2023, sous le numéro 2206794, M. B E, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable tendant à l'annulation d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 040 euros ;

2°) de le décharger de l'indu ;

3°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de lui accorder une remise de dette totale ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

6°) de lui accorder une réduction de dette ;

7°) en toute hypothèse, de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- il est de bonne foi et il se trouve dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le département de l'Hérault, représenté par la SELARL VPNG, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision n'est pas entachée d'incompétence dès lors que la signataire a reçu une délégation de signataire ;

- la décision est motivée ;

- la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit dès lors que le requérant a dissimulé certaines de ses ressources ;

- la remise de dette ne peut être accordée eu égard à l'absence de bonne foi du requérant.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2023.

II - Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, sous le numéro 2401831, M. B E, représenté Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 2 février 2024 pour le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 1 000 euros ;

2°) de le décharger des sommes dues ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le titre exécutoire a été signé par une autorité incompétente ;

- la créance n'est pas fondée dès lors qu'il n'a pas été destinataire d'une amende administrative le 8 février 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le département de l'Hérault, représenté par la SELARL VPNG, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le titre exécutoire est régulier dès lors que sa signataire disposait d'une délégation de signature ;

- l'amende administrative a été annoncée par un courrier du 8 février 2023, et notifiée par un courrier du 3 janvier 2024.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les n° 2206794 et n° 2401831 de M. E présentent à juger de questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. E a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active à compter de janvier 2017 dans le département de l'Hérault. Suite à un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, par une décision du 13 juillet 2022, un indu de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'années 2019, 2020 et 2021, d'un montant total de 16 497,35 euros pour la période du 1er juillet 2019 au 31 mars 2022. L'intéressé a formé un recours administratif préalable, qui a été rejeté par une décision en date du 15 novembre 2022. Par un avis de somme à payer du 2 février 2024, le département de l'Hérault a émis un titre de recette pour le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 1 000 euros. Par les présentes requêtes, M. E demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

3. Lorsque le recours dont est saisi le juge administratif est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision du 15 novembre 2022 :

4. En premier lieu, il résulte des pièces produites en défense que, par un arrêté du 17 octobre 2022 mis à la disposition du public le même jour, le président du conseil départemental de l'Hérault a donné délégation de signature à Mme C G, directrice adjointe en charge notamment des solidarités et de l'insertion, pour signer tous documents relevant de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 15 novembre 2022 manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision du 15 novembre 2022 est motivée en fait dès lors qu'elle indique le montant de l'indu et la période à laquelle il se rapporte ainsi que l'absence de déclaration de ressources perçues au titre d'un travail dissimulé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 15 novembre 2022 serait insuffisamment motivée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision du 15 novembre 2022 :

6. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ".

7. Il résulte de l'instruction, en particulier des termes du rapport d'enquête du 4 juin 2022, établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, dont les constatations de fait font foi jusqu'à preuve du contraire et qui ne sont d'ailleurs pas contestées par l'intéressé, que M. E a omis de déclarer l'intégralité de ses ressources, notamment les produits des ventes de motos ou d'accessoires de motos et de réparations tarifées, des prestations familiales versées par un autre organisme d'un montant total de 37 405 euros ainsi qu'un héritage d'un montant de 19 237 euros. Contrairement à ce que soutient M. E, les produits de ces ventes constituaient des ressources à prendre en compte pour le calcul de ses droits alors même qu'elles portaient sur des articles d'une activité en liquidation.

8. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions de M. E, dirigées contre la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé l'indu 16 040,40 euros de revenu de solidarité active pour la période 1er juillet 2019 au 31 mars 2022, doivent être rejetées.

Sur la remise de dette :

9. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions de précarité et de bonne foi prévues par ces dispositions présentent un caractère cumulatif.

11. Si M. E soutient qu'il est de bonne foi, il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus qu'il a dissimulé la réalité de ses ressources sur une période de plusieurs mois. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme se trouvant en situation de bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.

Sur l'avis de somme à payer :

12. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

13. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

14. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 17 octobre 2022, régulièrement transmis et publié le même jour, Mme D F, cheffe du service des droits RSA, et signataire de la décision attaquée, a notamment reçu délégation de signature pour les titres de recettes concernant les indus de revenu de solidarité active. En outre, le titre exécutoire émis à l'encontre de M. E et adressé à ce dernier comportaient les nom, prénom de Mme D F, qui l'a signé. Si le requérant fait valoir que la qualité de la signataire de l'acte n'est pas indiquée sur la décision attaquée, il résulte toutefois de l'instruction que, précédemment à cette décision, l'intéressé a reçu, le 3 janvier 2024, un courrier signé par Mme D F, comportant sa qualité. Par suite, il ne peut valablement prétendre qu'il n'ait pas été en mesure de connaître la qualité de la signataire de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis de somme à payer serait entaché d'incompétence.

15. En second lieu, pour demander l'annulation de la décision du 2 février 2024, M. E se borne à soutenir qu'il n'a pas été destinataire de la lettre du 8 février 2023 et que par suite, l'avis de somme à payer est fondé sur une décision inexistante. Il résulte toutefois de l'instruction que cette lettre a été adressée à M. E, par lettre recommandée dont l'avis de réception, et a été retournée avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Toutefois, dès lors qu'il n'est ni soutenu que M. E aurait changé d'adresse, ni établi qu'il aurait averti les services du département de l'Hérault d'un tel changement, le pli doit être regardé comme lui ayant été régulièrement notifié à la date de présentation au seul domicile connu par l'administration. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est fondée sur une décision inexistante.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a émis à son encontre un titre de recette pour le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

17. Le département de l'Hérault n'étant pas partie perdante dans les présentes instances, les conclusions de M. E tendant à ce que soit mise à sa charge une somme sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au département de l'Hérault et à Me Lenoir.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.

Le président,

D. A

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 août 2024.

La greffière,

F. Roman

Nos 2206794, 2401831

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