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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402130

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402130

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402130
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de M. D, qui conteste la qualité de sa prise en charge par le centre hospitalier de Béziers le 24 août 2022 pour une douleur au flanc droit, un diagnostic de torsion testiculaire n'ayant pas été posé. La mesure a été jugée utile et non contestée par l'hôpital, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. L'expert, un urologue, devra notamment évaluer la conformité des soins aux données de la science, l'existence d'éventuelles fautes, et la perte de chance de guérison. L'intervention de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin a été admise pour préserver ses droits.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, M. B D, représenté par Me Miralves-Boudet, avocate, associée de la société d'exercice libérale à responsabilité limitée (SELARL) Chatel et Associés, demande au juge des référés de prescrire une mesure d'expertise aux fins de déterminer la qualité de sa prise en charge par le centre hospitalier (CH) de Béziers (Hérault) le 24 août 2022 pour le traitement d'une douleur au flanc droit.

Il soutient qu'une expertise médicale contradictoire s'impose puisqu'il existe manifestement une erreur de diagnostic initial et une divergence dans l'analyse du préjudice imputable.

Par un mémoire enregistré le 6 mai 2024, le centre hospitalier de Béziers, représenté par Me Zandotti, avocat, déclare qu'il conteste sa responsabilité mais ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en intervention enregistré le 14 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin demande que son intervention soit admise, ses droits réservés dans l'attente de la remise du rapport d'expertise, et déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Il résulte de l'instruction que M. D, qui souffrait d'une douleur au flanc droit, a été pris en charge par le CH de Béziers le 24 août 2022, qui n'a pas diagnostiqué une torsion testiculaire. Ainsi, la demande d'expertise, présentée par M. D et non contestée par le centre hospitalier aux fins d'apprécier la qualité de sa prise en charge médicale, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur l'intervention volontaire de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin :

3. La caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin agissant pour l'activité de recours contre tiers, il y a lieu d'accueillir son intervention volontaire à l'instance et de lui déclarer l'expertise contradictoire.

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention volontaire de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin est admise.

Article 2 : Le docteur C A, urologue, est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Béziers le 24 août 2022 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ;

* décrire l'état de santé de M. D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier général de Béziers ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par cet établissement ; décrire l'état pathologique du patient ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

* donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier général de Béziers et l'utilité des traitements pratiqués ;

* de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de l'hospitalisation de M. D ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de M. D ;

* donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. D une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint lors de son admission au centre hospitalier général de Béziers ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. D en raison de ces manquements ;

* dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. D a été informé de la nature des soins et des traitements qu'il allait subir, et de leurs conséquences normalement prévisibles et si il a été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. D a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération s'il en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

* dire si l'état de M. D a entraîné une incapacité permanente partielle (préciser le taux) résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* dire si l'état de M. D a entraîné des périodes pendant lesquelles il a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle (préciser le taux) de poursuivre son activité professionnelle ;

* dire si l'état de M. D a entraîné des périodes pendant lesquelles il a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ;

* fixer la date de consolidation et, en l'absence, dire à quelle date il conviendra de le revoir ;

* dire si après la consolidation, M. D subit un déficit fonctionnel permanent ; évaluer l'altération permanente (préciser le taux) ;

* dire si le déficit fonctionnel permanent entraîne des répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future ;

* dire s'il existe des pertes de gains professionnels futurs ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

* dire si une assistance par tierce personne est nécessaire et préciser la nature de l'aide à prodiguer ;

* décrire les soins futurs et préciser la fréquence de leur renouvellement ;

* dire si l'état de M. D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

* d'une manière générale, fournir toute précision d'ordre médical de nature à permettre au tribunal, saisi sur le fond, d'apprécier la qualité de la prise en charge médicale de M. D.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de M. D, du centre hospitalier général de Béziers et de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport par voie électronique au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 7 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au centre hospitalier général de Béziers, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin, à la société commerciale étrangère Lloyd's Insurance Company SA et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 10 septembre 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 septembre 2024,

La greffière,

E. Folio

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