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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403207

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403207

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403207
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantPASSET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de M. D, agent de la protection judiciaire de la jeunesse, afin d'évaluer les préjudices résultant de ses accidents de service et rechutes survenus entre 1997 et 2019. Le juge a considéré que cette mesure était utile dans la perspective d'un futur litige indemnitaire, malgré l'opposition du ministre de la justice. La décision se fonde sur l'article R. 532-1 du code de justice administrative, qui permet de prescrire toute mesure utile d'expertise. En revanche, la demande de M. D tendant à la condamnation de l'État au titre des frais de justice a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2024, M. A D, représenté par Me Passet, avocate, demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer les préjudices résultant de ses nombreux accidents de service et rechutes et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la mesure est utile dans le cadre de la procédure indemnitaire qu'il entend désormais intenter, afin d'obtenir l'indemnisation des préjudices extrapatrimoniaux résultant de ses rechutes.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il expose que la mesure n'est pas utile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'expertise ou d'instruction qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. M. D, chef de service éducatif à la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse sud, en fonction au service territorial en milieu ouvert de Béziers Est (Hérault) a été victime, le 10 novembre 1997 et le 6 mai 1998, d'accidents de service et de rechutes les 26 décembre 2013, 5 février 2016, 14 décembre 2017 et 27 août 2019, demande qu'une expertise médicale apprécie son état de santé actuel. La circonstance qu'une expertise qui ne portait pas sur l'ensemble des rechutes a été effectuée le 6 décembre 2021, ne fait pas, par elle-même, obstacle à la réalisation de l'expertise sollicitée. Ainsi, la demande de M. D, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de M. D, dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur ce fondement par M. D.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur B C, orthopédiste, est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ;

* décrire l'état de santé physique et psychologique de M. D ;

* donner son avis sur le point de savoir si son état de santé est la conséquence directe et certaine des accidents de service et rechutes des 10 novembre 1997, 6 mai 1998, 26 décembre 2013, 5 février 2016, 14 décembre 2017 et 27 août 2019 ;

* dire s'il est apte ou inapte à l'exercice de son activité professionnelle ;

* dire si l'état de M. D a entraîné une incapacité permanente partielle (préciser le taux) résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* dire si l'état de M. D a entraîné des périodes pendant lesquelles il a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle (préciser le taux) de poursuivre son activité professionnelle ;

* dire si l'état de M. D a entraîné des périodes pendant lesquelles il a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ;

* fixer la date de consolidation et, en l'absence, dire à quelle date il conviendra de le revoir ;

* dire si après la consolidation, M. D subit un déficit fonctionnel permanent ; évaluer l'altération permanente (préciser le taux) ;

* dire si le déficit fonctionnel permanent entraîne des répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future ;

* dire s'il existe des pertes de gains professionnels futurs ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice sexuel, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à l'accident de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ;

* dire si une assistance par tierce personne est nécessaire et préciser la nature de l'aide à prodiguer ;

* décrire les soins futurs et préciser la fréquence de leur renouvellement ;

* dire si l'état de M. D est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. D et du ministère de la justice.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport par voie électronique au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, au ministre de la justice et à l'expert.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à.

Fait à Montpellier, le 17 septembre 2024

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 septembre 2024

La greffière,

E. Folio

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