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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403297

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403297

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403297
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme et M. A. Cette mesure vise à évaluer la qualité de la prise en charge de Mme A par le service d'oncologie du centre hospitalier de Perpignan, suite à une intervention subie le 14 mars 2022 ayant entraîné une dégradation de son état de santé. Le juge a fait droit à la requête sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, estimant la demande utile pour déterminer d'éventuels manquements et l'étendue des préjudices. L'expert désigné devra notamment examiner la conformité des soins aux données de la science, l'origine d'une infection, et le lien de causalité avec les dommages subis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, Mme E A et M. B A, représentés par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Hernecq, demandent au juge des référés de prescrire une mesure d'expertise aux fins d'apprécier la qualité de la prise en charge de Mme A par le service d'oncologie du centre hospitalier de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et l'étendue des préjudices qu'elle subit à la suite de l'intervention qu'elle y a subie, le 14 mars 2022.

Ils soutiennent que l'expertise sollicitée est utile dès lors que les préjudices qu'elle subit sont susceptibles de résulter d'une prise en charge médicale défaillante par le centre hospitalier de Perpignan.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la prise en charge médicale par le service d'oncologie du centre hospitalier de Perpignan, l'état de santé de Mme A s'est dégradé. La demande d'expertise présentée par M. et Mme A tendant à déterminer la qualité de cette prise en charge médicale et l'étendue des préjudices que Mme A subit, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

ORDONNE :

Article 1er : Le professeur C D, est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Perpignan ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

* décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Perpignan pour y subir le prélèvement d'une tumeur au niveau du sein gauche, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

* préciser les dates auxquelles ont été constatés les premiers signes d'infection, a été porté le diagnostic et a été mise en œuvre la thérapeutique ; préciser si la conduite diagnostique et thérapeutique de cette infection a été conforme aux données actuelles de la science et aux règles de l'art au moment des faits et le cas échéant faire la part entre les conséquences directes de l'infection et celles qui seraient éventuellement imputables à un retard dans le diagnostic ou à des soins dont Mme A a pu bénéficier ;

* rechercher l'origine de l'infection présentée et dire si elle est de nature endogène ou exogène ; préciser si toutes les précautions ont été prises en ce qui concerne les mesures d'hygiène prescrites par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales et indiquer si la patiente présentait des facteurs de vulnérabilité susceptibles de contribuer à la survenue de cette infection ;

* donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Perpignan et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

* de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors des hospitalisations de Mme A ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle souffre depuis ses hospitalisations ;

* donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

* donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier de Perpignan ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

* dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A a été informée de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

* dire si l'état de Mme A a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

* dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

* donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A, du centre hospitalier de Perpignan, de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal par voie électronique, dans le délai de six mois, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative et en notifiera copie aux parties intéressées. Avec l'accord des parties, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, à M. B A, au centre hospitalier de Perpignan, à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 octobre 2024,

L'attaché,

Médéric Arias

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