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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403786

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403786

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403786
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet et 11 septembre 2024, la commune de Sérignan (Hérault), représentée par Me Broc, avocat, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à l'association foncière urbaine autorisée (AFUA) Les jardins de Sérignan de lui communiquer, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, son budget annuel relatif aux exercices 2013, 2014, 2015 et 2016, ses comptes-rendus annuels pour les exercices 2018 à 2024, ainsi que tous les documents prévus contractuellement par l'avenant n° 5 du 26 juillet 2018 au traité de concession ;

2°) de prescrire une mesure d'expertise aux fins de vérifier le respect par l'AFUA de ses obligations contractuelles, du respect des procédures de réception des ouvrages, de leur bon entretien, de décrire les désordres éventuels et l'établissement d'un bilan de clôture de l'opération d'aménagement, dans la perspective de déterminer l'utilité de proroger le contrat d'aménagement ;

3°) de mettre les frais d'expertise à la charge de l'AFUA ;

4°) de mettre à la charge de l'AFUA la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'AFUA n'a pas respecté les procédures de remise des ouvrages et n'a communiqué ni les documents réclamés ni les informations permettant d'apprécier la bonne exécution des missions qui lui ont été confiées ;

- elle n'a pu, faute d'informations suffisantes, ni approuver les documents d'information sur l'exécution du contrat ni apprécier si le programme des équipements publics a été réalisé ;

- l'absence de remise des équipements est problématique compte tenu de l'échéance du contrat de concession prorogé par l'avenant n° 7.

Par un mémoire, enregistré le 16 août 2024, le préfet de l'Hérault déclare ne pas s'opposer à la désignation d'un expert et demande que l'Etat soit mis hors de cause.

Il expose qu'il n'appartient pas à l'Etat, qui n'est pas concerné par la procédure de remise à la commune de Sérignan des équipements collectifs créés par l'AFUA, de contrôler les relations entre les AFUA et les tiers.

Par un mémoire, enregistré le 30 août 2024, l'AFUA Les jardins de Sérignan, représentée par la société civile professionnelle (SCP) d'avocats CGCB et Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les frais d'expertise soit mis à la charge exclusive de la commune et, en toute hypothèse, à ce qu'il soit mis à la charge de la commune la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose que :

- la requête n'est pas recevable en tant qu'elle ne précise pas la nature du litige qui est susceptible d'opposer la commune à l'AFUA ;

- la demande de communication de documents, auxquels ont accès les deux conseillers municipaux qui participent aux conseils syndicaux de l'association, n'est pas utile ;

- la demande d'expertise n'est pas utile dans la mesure où le contrat permet à la commune de contrôler l'exécution des travaux ;

- il ne peut être confié pour mission à l'expert de réaliser un audit complet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité de cette mesure d'expertise ou d'instruction doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que le juge des référés ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Sérignan a, par une convention du 10 juin 1991, concédé à l'AFUA Les jardins de Sérignan l'aménagement et l'équipement de la zone d'aménagement concertée dite " Les jardins de Sérignan ", l'aménageur devant réaliser et financer les équipements nécessaires à la desserte des constructions et à l'usage privatif des habitants ainsi que les équipements d'infrastructure et de structure. La convention a en outre prévu que le transfert de propriété au profit de la commune n'intervient qu'après que l'aménageur lui a notifié un plan de récolement et un certificat de conformité pour chacun des ouvrages achevés, et après levée des observations ou réserves formulées par la commune. Compte tenu de sa difficulté à obtenir les documents nécessaires à la remise des ouvrages réalisés, la commune de Sérignan demande qu'un expert soit désigné aux fins de déterminer l'état de réalisation des ouvrages prévus par la convention du 10 juin 1991 ainsi que la conformité de ces réalisations à ladite convention, et de constater la nature et l'étendue d'éventuels désordres. Une telle demande, qui est susceptible de se rattacher à un litige ressortissant à la compétence de la juridiction administrative, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à la communication de documents :

3. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif (). La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir, au préalable, saisi de ce refus la commission d'accès aux documents administratifs. A défaut de recours administratif préalable devant cette commission, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.

4. Si la requérante demande également au juge des référés d'enjoindre à l'AFUA de communiquer plusieurs documents d'information prévus par les stipulations de la convention d'aménagement, ces pièces sont susceptibles de faire l'objet d'une remise spontanée à l'expert par la partie concernée ou d'une demande de remise de ces documents par l'expert lui-même, dans le cadre de l'expertise, en application des dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, ainsi que de la mission d'expertise précisée à l'article 1er de la présente ordonnance. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Sérignan ait saisie la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une décision de refus de communication des documents dont elle demande la production, de sorte que le litige auquel sa demande est susceptible de se rattacher serait irrecevable en vertu des dispositions précitées de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les conclusions de la commune de Sérignan tendant à ce qu'il soit enjoint à l'AFUA de communiquer plusieurs documents d'information doivent être rejetées.

Sur la demande de mise hors de cause de l'Etat :

5. Peuvent être appelées en qualité de parties à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, les personnes qui ne sont pas manifestement étrangères au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action qui motive l'expertise. En outre, le juge des référés peut appeler à l'expertise en qualité de sachant toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert.

6. Le préfet de l'Hérault soutient que la requête est relative aux conditions d'exécution d'une convention d'aménagement passée entre la commune et l'association foncière urbaine, à laquelle l'Etat n'est pas partie. En l'état, la demande du préfet de l'Hérault tendant à être mis hors de cause doit être accueillie dès lors que la responsabilité de l'Etat n'apparait, dans ces conditions, pas susceptible d'être engagée.

Sur les frais d'expertise :

7. Il n'appartient pas au juge des référés de désigner la partie ayant à supporter la charge des frais d'expertise. Le président du tribunal déterminera par ordonnance la ou les parties ayant à en supporter la charge lors de la liquidation et de la taxation desdits frais. Dès lors, les conclusions de l'AFUA Les jardins de Sérignan tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la commune de Sérignan ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AFUA la somme que la commune de Sérignan réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par l'AFUA soit mises à la charge de la commune, qui ne peut être regardée, en l'état actuel du litige, comme ayant la qualité de partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : M. B A est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents qu'il estimera utiles à sa mission notamment l'ensemble des pièces relatives à la convention d'aménagement, les procès-verbaux de réception des équipements publics et le programme d'entretien de ces équipements ;

* se rendre sur les lieux : ZAC Les Jardins de Sérignan à Sérignan ;

* recenser les équipements publics non réalisés et déterminer le coût de leur réalisation ;

* recenser les équipements publics réalisés et contrôler leur fonctionnement ;

* décrire l'état des ouvrages réalisés et relever les éventuels désordres et malfaçons les affectant, préciser leur nature, leur date d'apparition et leur importance ; réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si ouvrages sont conformes au programme des équipements publics approuvé par la commune ;

* donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons relevés, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien des ouvrages et, en cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

* indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination ; prévoir la durée des travaux et en chiffrer le coût ;

* établir un bilan financier de clôture de l'opération d'aménagement de la ZAC Les Jardins de Sérignan ;

* proposer une organisation des opérations de remise des équipements publics par l'AFUA à la commune de Sérignan conformément aux stipulations conventionnelles, en proposant, si besoin, une nouvelle prorogation du contrat de concession ;

* d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Il disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, de fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission précédemment définie.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de la commune de Sérignan et de l'AFUA les Jardins de Sérignan.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal par voie électronique, dans le délai de six mois, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative et en notifiera copie aux parties intéressées. Avec l'accord des parties, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 6 : Les frais de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera les frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Sérignan, à l'association foncière urbaine autorisée Les Jardins de Sérignan, au préfet de l'Hérault et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 octobre 2024,

L'attaché,

Médéric Arias

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