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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403936

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403936

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403936
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL VINCKEL - ARMANDET - LE TARGAT - BARAT BAIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 juillet 2024 et le 20 septembre 2024, Mme H E, représentée par Me Aquila, avocate, membre de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Eleom Avocats, demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale, confiée à un collège d'experts spécialisés en chirurgie orthopédique, infectiologie, néphrologie et neurologie, afin d'apprécier la qualité de sa prise en charge des suites de la pose d'une prothèse de hanche gauche le 7 janvier 2013 en hôpital privé, par le centre hospitalier (CH) de Béziers, le CH de Clermont-l'Hérault et le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier.

Elle soutient que l'expertise est utile pour apprécier la qualité de sa prise en charge médicale par ces trois établissements.

Par un mémoire, enregistré le 29 juillet 2024, le centre hospitalier de Clermont-l'Hérault, représenté par Me Chiffert, avocate, conclut à ce qui lui soit donné acte de ses protestations et réserves sur les faits exposés dans la requête et qu'il s'en rapporte à justice en ce qui concerne la mesure d'instruction sollicitée.

Par un mémoire, enregistré le 5 août 2024, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, avocat, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous les plus expresses protestations et réserve quant à la recherche de sa responsabilité.

Par un mémoire, enregistré le 6 août 2024, le centre hospitalier de Clermont-l'Hérault, représenté par Me Grillon, avocat, conclut à ce qu'il lui soit donné acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous les plus expresses réserves en fait et en droit.

Par un mémoire, enregistré le 6 août 2024, le centre hospitalier de Béziers, représenté par Me Zandotti, avocat, membre de la SELARL Abeille et Associés conclut à ce qu'il lui soit donné acte de ce qu'il conteste sa responsabilité et ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Franck Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'expertise ou d'instruction qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Il résulte de l'instruction que la demande non contestée de Mme E tendant à l'appréciation de la qualité de ses prises en charge médicale par le CH de Béziers, le CH de Clermont-l'Hérault et le CHU de Montpellier, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

ORDONNE :

Article 1er : un collège d'experts, composé du docteur A F, chirurgien orthopédiste, du docteur J I, infectiologue, du docteur D B, néphrologue et du docteur C G, neurologue est désigné avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Béziers, le centre hospitalier de Clermont-l'Hérault et le centre universitaire de Montpellier ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E;

* décrire l'état de santé de Mme E et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Béziers, au centre hospitalier de Clermont-l'Hérault et au centre universitaire de Montpellier ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par ces établissements ; décrire l'état pathologique de la patiente ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

* donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme E et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Béziers, du centre hospitalier de Clermont-l'Hérault et du centre universitaire de Montpellier et l'utilité des traitements pratiqués ;

* de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors des hospitalisations de Mme E ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme E ;

* donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme E une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de son admission au centre hospitalier de Béziers, au centre hospitalier de Clermont-l'Hérault et au centre universitaire de Montpellier ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme E en raison de ces manquements ;

* dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme E a été informée de la nature des soins et des traitements qu'elle allait subir, et de leurs conséquences normalement prévisibles et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme E a subi une perte de chance de se soustraire au risque en les refusant si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

* dire si l'état de Mme E a entraîné une incapacité permanente partielle (préciser le taux) résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* dire si l'état de Mme E a entraîné des périodes pendant lesquelles elle a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle (préciser le taux) de poursuivre son activité professionnelle ;

* dire si l'état de Mme E a entraîné des périodes pendant lesquelles elle a été du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ;

* fixer la date de consolidation et, en l'absence, dire à quelle date il conviendra de la revoir ;

* dire si après la consolidation, Mme E subit un déficit fonctionnel permanent ; évaluer l'altération permanente (préciser le taux) ;

* dire si le déficit fonctionnel permanent entraîne des répercussions sur son activité professionnelle actuelle ou future ;

* dire s'il existe des pertes de gains professionnels futurs ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

* dire si une assistance par tierce personne est nécessaire et préciser la nature de l'aide à prodiguer ;

* décrire les soins futurs et préciser la fréquence de leur renouvellement ;

* dire si l'état de Mme E est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

* d'une manière générale, fournir toute précision d'ordre médical de nature à permettre au tribunal, saisi sur le fond, d'apprécier la qualité de la prise en charge médicale de Mme E.

Article 2 : Le collège d'experts accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, le collège d'experts prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme E, du centre hospitalier de Béziers, du centre hospitalier de Clermont-l'Hérault, du centre hospitalier universitaire de Montpellier et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et de l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux.

Article 5 : Le collège d'experts notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport par voie électronique au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H E, au centre hospitalier de Béziers, au centre hospitalier de Clermont-l'Hérault, au centre universitaire de Montpellier, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, à l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux et au collège d'experts.

Fait à Montpellier, le 14 octobre 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 octobre 2024,

La greffière,

E. Folio

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