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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404052

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404052

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404052
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 juillet, le 30 août et le 18 septembre 2024, la commune de Sérignan (Hérault) représentée par son maire en exercice par Me Broc, avocat, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'ordonner à l'association foncière urbaine autorisée (AFUA) " Les jardins de Sérignan " de lui verser la somme de 840 906 euros à titre de provision et de juger recevable la garantie de l'Etat ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner à l'Etat de lui verser la somme de 840 906 euros à titre de provision dans l'hypothèse où l'AFUA ne serait pas en capacité de le faire ;

3°) de condamner l'AFUA " Les jardins de Sérignan " et l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance est certaine dès lors que l'AFUA " Les jardins de Sérignan " devait lui verser la somme de 840 906 euros avant le 2 mai 2024, conformément à l'avenant n°7 du 13 avril 2023 ;

- la qualité d'autorité de tutelle de l'Etat lui imposant d'inscrire au budget de l'association la dépense de 840 906 euros au risque de commettre, en s'abstenant de le faire, une faute lourde, l'appel en garantie de l'Etat se justifie dès lors qu'il pourrait exister un partage de responsabilité.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juillet et le 1er août 2024, le préfet de l'Hérault, conclut au rejet de la requête.

Il expose que l'Etat n'étant partie à aucune des conventions passées entre la commune de Sérignan et l'association foncière urbaine autorisée dont la légalité ne relève pas de son contrôle et la commune de Sérignan ayant émis, le 14 mars 2024, un titre de paiement d'un montant de 840 906 euros à l'endroit de l'association, dont il n'a jamais contesté l'exigibilité, aucune faute de nature à engager sa responsabilité ne peut être retenue à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, l'association foncière urbaine autorisée " Les jardins de Sérignan " représentée par Me Crétin, avocat, membre de la société civile professionnelle (SCP) CGCB et Associé, conclut au rejet de la demande de la commune de Sérignan et à ce que la commune de Sérignan lui verse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle expose que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une demande préalable, que la commune a émis un titre exécutoire avant la présente instance et que sa requête n'a pas été précédée des échanges de courriers contractuellement prévus ;

- la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Les collectivités publiques peuvent, en matière contractuelle, soit constater elles-mêmes les créances qu'elles détiennent sur leurs cocontractants et émettre des titres exécutoires, soit saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de ces créances. Toutefois, elles ne peuvent pas saisir d'une telle demande le juge lorsqu'elles ont décidé, préalablement à cette saisine, d'émettre des titres exécutoires en vue de recouvrer les sommes en litige. Dans un tel cas, dans la mesure où la décision demandée au juge aurait les mêmes effets que le titre émis antérieurement, la demande présentée, fondée sur la responsabilité contractuelle, est dépourvue d'objet et par suite irrecevable.

3. La commune de Sérignan a confié, le 31 mai 1991, à l'AFUA " Les jardins de Sérignan ", l'aménagement et l'équipement de la zone d'aménagement concerté (ZAC) " Les Jardins de Sérignan ", située sur son territoire. Par délibération du 3 avril 2023, la commune de Sérignan a approuvé l'avenant n°7 au traité de concession du 31 mai 1991, prorogeant la durée du contrat d'aménagement jusqu'au 2 août 2024 et fixant à 840 906 euros la participation de l'AFUA " Les jardins de Sérignan ". Il résulte de l'instruction que, le 14 mars 2024, la commune de Sérignan a émis un titre exécutoire d'un montant de 840 906 euros à l'intention de l'AFUA. Ainsi, en l'état de l'instruction, la demande de provision présentée par la commune de Sérignan ne peut être regardée comme correspondant à une créance non sérieusement contestable, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, la requête de la commune de Sérignan doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions des parties présentées sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la commune de Sérignan est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'AFUA " Les jardins de Sérignan " présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Sérignan, à l'association foncière urbaine autorisée " Les jardins de Sérignan " et au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 21 octobre 2024.

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 octobre 2024.

La greffière,

M. A

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