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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405773

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405773

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405773
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la Sas Quincaillerie Angles. Celle-ci contestait le rejet de son offre, classée seconde, dans le cadre d'un appel d'offres lancé par la commune de Montpellier pour la fourniture de quincaillerie. Le juge a estimé que la commune n'avait pas commis de manquement, l'appréciation des offres reposant sur des critères non discriminatoires (prix, valeur technique et environnementale) conformément au code de la commande publique. La seule circonstance que la société requérante était l'attributaire sortant et avait présenté le meilleur prix ne suffit pas à établir une irrégularité, le classement final étant justifié par la notation supérieure de l'attributaire sur les critères techniques et environnementaux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, la Sas Quincaillerie Angles doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler, à compter de l'analyse des offres, la procédure d'appel d'offres ouvert lancé par la commune de Montpellier pour la passation de l'accord cadre n° G20014EM de fournitures courantes et de services pour l'achat de quincaillerie et d'échelles.

Elle soutient que :

- la commune a écarté son offre pourtant la mieux-disante sur le prix, s'agissant de l'achat de quincaillerie, et alors qu'elle avait pourtant répondu à sa demande d'explication sur le caractère apparemment anormalement bas de son offre ;

- elle était depuis huit ans la titulaire du marché et n'avait jamais été sujette à des retours négatifs.

Par un mémoire, enregistré le 22 octobre 2024, la commune de Montpellier conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la société Quincaillerie Angles.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute de moyen ;

- et, à titre subsidiaire, elle n'est pas fondée en droit, dès lors que l'appréciation des offres repose sur des critères non discriminatoires et en lien avec l'objet du marché et elle se devait de prendre en compte, dans le respect de l'article L. 2152-8 du code de la commande publique, en plus du critère du prix notamment, celui de la valeur technique de l'offre, dès lors que les fournitures et les prestations prévues ne présentent pas un caractère standardisé, mais sont susceptibles d'une variation d'un candidat à l'autre ;

- et c'est sans commettre d'erreur de droit, dans le respect du principe d'égalité de traitement des candidats, qu'elle ne s'est pas appuyée sur un critère permettant de valoriser l'expérience de la société sortante dans l'exécution du marché précédent ;

- l'offre de la société Quincaillerie Angles, qui n'a pas été écartée comme anormalement basse après les explications qu'elle a fournies, a été régulièrement classée en seconde position en application des critères pondérés du règlement du marché, en effet, si était la meilleure, avec la note maximale de 40 points pour 35,62 pour la société attributaire, soit une différence de 4,38 points sur le critère du prix, pondéré à 40%, et en se fondant sur la formule de calcul prévue au même règlement, elle était, en revanche inférieure de 6,5 points s'agissant du critère technique pondéré à 50% pour l'appréciation du sous-critère de la qualité des services associés, lui-même pondéré à 15%, et aussi de 1 point sur celui de la valeur environnementale pondéré à 10%, de sorte qu'au final l'écart de notation de 2,67 points est entièrement justifié ; en outre, la seule circonstance qu'elle a, auparavant, parfaitement exécuté les mêmes prestations est sans incidence sur la procédure d'attribution du marché en litige.

Par deux mémoires, enregistrés le 22 octobre 2024, la Sas Trenois Decamps conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- bien que le demandeur estime avoir fourni une prestation de qualité, lors de précédents appels d'offres dont il était l'attributaire, un nouvel appel d'offre doit permettre d'assurer l'équité de tous les candidats au moment de l'analyse des offres, sans autre considération ;

- dans le cadre d'analyse de l'offre, le demandeur a bien été considéré comme le mieux placé en terme tarifaire, ce qui lui a valu la note maximale de 40 points, ce qu'il conteste pourtant dans son courrier de demande de suspension d'attribution ;

- la notation supérieure qu'elle a elle-même obtenu sur le critère technique repose sur les services proposés tels que décrits dans le mémoire technique personnalisé complet, qui précise les interlocuteurs commerciaux dédiés pour la gestion du dossier et, pour la partie conseil, dans la possibilité de faire des démonstrations de produits avec ses experts produits et des présentations avec ses fournisseurs ;

- s'agissant de l'appréciation du critère environnemental, elle a communiqué le rapport RSE 2022, le rapport 2023 étant au moment de l'offre en cours de rédaction, et également évoqué son évaluation Ecovadis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Souteyrand, vice-président, comme juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les observations de :

- Messieurs Trouche et Alfonso pour la société requérante,

- de Mme B pour la commune de Montpellier,

- et de Messieurs Combes et Sao Bento pour la société Trenois Decamps.

L'instruction a été close à 15 heures 30, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Montpellier a lancé la procédure d'appel d'offres ouvert pour la passation de l'accord cadre n°G20014EM de fournitures courantes et de services pour l'achat de quincaillerie et d'échelles. La société Quincaillerie Angles dont l'offre, classée en seconde position, a été rejetée le 25 septembre 2024, doit être regardée comme demandant au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation au stade de l'analyse des offres.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de l'article L. 551-2 de ce code : " I. Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. () ". Et, aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

4. En premier lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats

5. En l'espèce, la société requérante n'apport aucun élément de nature à établir que son offre a été dénaturée pour l'appréciation de l'un ou l'autre des trois critères du marché, régulièrement mentionnés dans le règlement de la consultation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution (). Le lien avec l'objet du marché ou ses conditions d'exécution s'apprécie conformément aux articles L. 2112-2 à L. 2112-4. ". L'article L. 2152-8 dudit code prévoit que : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Et, l'article R. 2152-7 du même code dispose : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : () 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. Il peut s'agir des critères suivants : a) La qualité, y compris la valeur technique et les caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles, l'accessibilité, l'apprentissage, la diversité, les conditions de production et de commercialisation, la garantie de la rémunération équitable des producteurs, le caractère innovant, les performances en matière de protection de l'environnement, de développement des approvisionnements directs de produits de l'agriculture, d'insertion professionnelle des publics en difficulté, la biodiversité, le bien-être animal ; b) Les délais d'exécution, les conditions de livraison, le service après-vente et l'assistance technique, la sécurité des approvisionnements, l'interopérabilité et les caractéristiques opérationnelles ; c) L'organisation, les qualifications et l'expérience du personnel assigné à l'exécution du marché lorsque la qualité du personnel assigné peut avoir une influence significative sur le niveau d'exécution du marché. D'autres critères peuvent être pris en compte s'ils sont justifiés par l'objet du marché ou ses conditions d'exécution. () ".

7. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, l'information appropriée des candidats doit alors également porter sur les conditions de mise en œuvre de ces critères. Il appartient au pouvoir adjudicateur d'indiquer les critères d'attribution du marché et les conditions de leur mise en œuvre selon les modalités appropriées à l'objet, aux caractéristiques et au montant du marché concerné. En outre, si l'acheteur peut, pour sélectionner l'offre économiquement la plus avantageuse, mettre en oeuvre des critères comprenant des aspects sociaux, c'est à la condition, notamment, qu'ils soient liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, et non à la politique générale de l'entreprise en matière sociale, appréciée au regard de l'ensemble de son activité et indistinctement applicable à l'ensemble des marchés de l'acheteur, indépendamment de l'objet ou des conditions d'exécution propres au marché en cause.

8. S'il est constant que la société requérante a obtenu la meilleure note sur le critère du prix, elle n'établit pas que l'un ou l'autre des deux autres critères d'appréciation des offres : la valeur technique et la valeur environnementale, ne seraient pas liés à l'objet du marché ou que leur mise en œuvre ne serait pas appropriée à son objet, ses caractéristiques et à son montant.

9. Il résulte de ce qui précède que la société Quincaillerie Angles n'établit pas que la commune de Montpellier a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence.

10. Il y a donc lieu de de rejeter les conclusions de la requête, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montpellier.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'a pas y a lieu de mettre à la charge de la Sas Quincaillerie Angles une somme à verser à la commune de Montpellier en application de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la Sas Quincaillerie Angles est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Montpellier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la Sas Quincaillerie Angles, à la commune de Montpellier et à la Sas Trenois Decamps.

Fait à Montpellier, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

E. Souteyrand

La greffière

M. ALa République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 octobre 2024.

La greffière,

M. A

N°2405773

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