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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2502201

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2502201

mercredi 3 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2502201
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL CONSOLIN ZANARINI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné une mesure d'expertise médicale à la demande de Mme A... afin d'évaluer la qualité de sa prise en charge par le CHU de Montpellier suite à une lobectomie réalisée le 30 mai 2022. La juridiction a fait droit à cette demande, la jugeant utile pour un éventuel litige en responsabilité, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. En revanche, la demande de Mme A... visant à imposer à l'expert la rédaction d'un pré-rapport a été rejetée, aucune disposition légale ou principe général n'imposant une telle obligation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2025, Mme D... A..., représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) d’avocats Consolin Zanarini, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une mesure d’expertise aux fins d’apprécier la qualité de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier (Hérault) et l’étendue des préjudices qu’elle a subis à la suite d’une lobectomie réalisée le 30 mai 2022 ;

2°) de dire que l'expert adressera un pré-rapport aux parties et recueillera leurs observations et dires pour rendre son rapport définitif.

Elle soutient que l’expertise sollicitée est utile dès lors que la responsabilité du CHU de Montpellier est susceptible d’être engagée.


Par un mémoire, enregistré le 8 avril 2025, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) d’avocats Vinckel Armandet Le Targat Barat Baier, déclare ne pas s’opposer à la mesure d’expertise sollicitée, sous les plus expresses protestations et réserves d’usage, et demande que la mission de l’expert soit complétée dans les termes qu’il précise.


Par un mémoire, enregistré le 12 avril 2025, l’Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la société civile professionnelle (SCP) UGGC Avocats déclare ne pas s’opposer à l’organisation des opérations d’expertise sous les plus expresses réserves quant à sa responsabilité et demande que la mission de l’expert soit complétée dans les termes qu’il précise.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, comme juge des référés.



Considérant ce qui suit :

Sur la demande d’expertise :

1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (…) ».

2. Mme A... demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de déterminer la qualité de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier universitaire de Montpellier pour une intervention réalisée le 30 mai 2022 à la suite de laquelle l’état de santé de l’intéressée s’est dégradé. Une telle demande, qui porte sur la détermination de l’origine des séquelles présentées par la requérante et de l’étendue des préjudices subis, est susceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction et présente un caractère utile au sens des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d’y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à ce que le pré-rapport de l’expert soit soumis aux parties :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l’expert d’établir un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions mentionnées ci-dessus de Mme A... sont dépourvues d’utilité et doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur C... B..., chirurgien thoraco-pulmonaire, est désigné comme expert avec pour mission de :

se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de Mme A... et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier universitaire de Montpellier ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de Mme A... ainsi qu’éventuellement à son examen clinique ;

décrire l’état de santé de Mme A... et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier universitaire de Montpellier pour y subir une lobectomie, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l’état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;


donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s’ils étaient adaptés à l’état de Mme A... et aux symptômes qu’elle présentait ;donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier universitaire de Montpellier et l’utilité des gestes opératoires pratiqués ;

de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l’organisation des services ont été commises lors de l’opération de Mme A... ; rechercher si les diligences nécessaires pour l’établissement d’un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l’art ; déterminer les raisons de la dégradation de l’état de santé de Mme A... et des complications dont elle souffre depuis son hospitalisation ;

donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l’état initial de Mme A..., ou l’évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l’établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A... une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier universitaire de Montpellier ; donner son avis sur l’ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A... de voir son état de santé s’améliorer ou d’éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A... a été informée de la nature de l’opération qu’elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de cette intervention et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A... a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l’opération si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

dire si l’état de Mme A... a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

indiquer à quelle date l’état de Mme A... peut être considéré comme consolidé ; préciser s’il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l’affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l’intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l’importance ;



dire si l’état de Mme A... est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l’affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

donner son avis sur l’existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l’importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l’intéressée ;

donner son avis sur la répercussion de l’incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle de Mme A....


Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable du président du tribunal administratif.


Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.


Article 4 : L’expertise aura lieu en présence de Mme A..., du centre hospitalier universitaire de Montpellier, de la caisse primaire d’assurance maladie de l’Hérault et de l’Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.


Article 5 : L’expert déposera son rapport au greffe du tribunal par voie électronique, dans le délai de six mois, dans les conditions prévues à l’article R. 621-6-5 du code de justice administrative et en notifiera copie aux parties intéressées. Avec l’accord des parties, cette notification pourra s’opérer dans les conditions prévues à l’article R. 621-7-3 du même code.


Article 6 : Les frais et honoraires dus à l’expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l’article R. 621-11 du code susvisé.


Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.







Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... A..., au centre hospitalier universitaire de Montpellier, à la caisse primaire d’assurance maladie de l’Hérault, à l’Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à l’expert.


Fait à Montpellier, le 3 septembre 2025


Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 septembre 2025
L’attachée


C. Lemaire

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