Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2025, Mme B... A..., représentée par Me Essaqri, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du préfet de l’Aude du 15 janvier 2025 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre au préfet de l’Aude de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d’admission exceptionnelle au séjour dans un délai de deux mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l’attente ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’arrêté est insuffisamment motivé et révèle un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle,
le préfet n’a pas respecté son obligation de vérifier si elle pouvait bénéficier de plein droit d’un titre de séjour comme l’exige l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
il méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation,
il est entaché d’erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code précité.
Le préfet de l’Aude n’a pas produit de mémoire en défense.
Mme A... bénéficie de l’aide juridictionnelle totale selon décision du 9 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi du 11 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Gayrard, a été entendu au cours de l’audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., ressortissante russe née le 25 mai 1977, demande l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Aude du 15 janvier 2025 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, mentionnent les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de Mme A... et indiquent les raisons pour lesquelles le préfet de l’Aude a refusé de l’admettre au séjour à titre exceptionnel et l’a obligée à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions attaquées, doit être écarté. Cette motivation de l’arrêté attaqué fait apparaître que l’autorité préfectorale s’est livrée à un examen particulier de la situation de la requérante au regard des éléments communiqués par celle-ci. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, l’arrêté attaqué ne comporte pas d’erreur sur son nom ou sa date de naissance qui, en tout état de cause, relèverait d’une simple erreur de plume. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. – 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
4. Si Mme A... fait valoir qu’elle est entrée en France le 23 septembre 2019 accompagnée de sa fille née le 15 juin 2011, il ressort des pièces du dossier qu’elle est séparée et n’a aucune autre attache familiale en France que sa fille. Or celle-ci ayant la même nationalité, rien ne fait obstacle à ce que la requérante soit éloignée dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de quarante-deux ans et dans lequel elle n’établit pas être dénuée de toute attache familiale, et à ce que sa fille y reprenne sa scolarité. Si elle fait valoir des activités de bénévolat et d’apprentissage du français ainsi qu’une promesse d’embauche datée du
10 janvier 2025, elle ne justifie pas d’une intégration particulière dans la société française. Enfin, sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 mai 2021, confirmée par la cour nationale du droit d’asile par décision du 21 septembre 2021 et elle a fait l’objet d’une mesure d’éloignement par le préfet de l’Hérault le 14 septembre 2021 à laquelle elle n’a pas déféré. Dans ces conditions, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n’est pas entachée d’une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu’elle est susceptible de comporter pour la situation personnelle de l’intéressée.
5. En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention précitée : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Si Mme A... fait valoir le contexte de guerre en Russie, elle n’apporte aucun élément de nature à établir qu’elle encourt des risques personnels en cas de retour dans son pays d’origine alors qu’ainsi indiqué au point précédent, sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 mai 2021, confirmée par la cour nationale du droit d’asile par décision du 21 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code précité : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. /(…) ». Il ressort des pièces du dossier que Mme A... ne fait état d’aucun motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ». Mme A... ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors que le préfet a examiné son droit au séjour sur la base de son dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A... devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Aude du 15 janvier 2025 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le rejet des conclusions à fin d’annulation de la requérante implique, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées à fin d‘injonction et au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au préfet de l’Aude et à Me Essaqri.
Délibéré après l’audience du 15 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Bourjade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2026.
Le président-rapporteur,
JP. Gayrard
L’assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au préfet de l’Aude, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 janvier 2026,
Le greffier,
F. Balicki