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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2504090

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2504090

mardi 3 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2504090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSERGENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. C..., ressortissant russe, contestant le refus de titre de séjour pour raisons de santé, l'obligation de quitter le territoire, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de douze mois. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avis du collège de médecins de l'OFII n'étant pas entaché d'erreur. Il a également écarté les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, considérant que la décision était proportionnée et fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2025, M. A... C..., représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Summerfield en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté contesté a été pris en méconnaissance des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il se fonde sur un avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui a considéré que l’absence de soins appropriés à son état de santé ne l’exposait pas à des conséquences d’une exceptionnelle gravité, alors qu’il présente un risque suicidaire en lien avec un état de stress post-traumatique au vu duquel un retour en Russie constituerait un risque majeur pour son intégrité physique et entraînerait des conséquences d’une exceptionnelle gravité ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;
- il porte atteinte à l’intérêt supérieur de son fils en méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français ne tient pas compte des circonstances humanitaires en lien avec son vécu en Russie.


Par un mémoire enregistré le 14 octobre 2025, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Charvin, rapporteur.


Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant russe né en 1975, déclare être entré en France le 6 mars 2022, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants. Le 20 avril 2022, il a présenté une demande d’asile qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 janvier 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 29 novembre 2023. Il a alors sollicité, le 22 octobre 2024, une admission au séjour en raison de son état de santé. Par la présente requête, il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de douze mois.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat. (…) ».

3. D’une part, la partie qui justifie d’un avis du collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi.

4. D’autre part, si les dispositions citées au point 2 font obstacle à ce qu’un titre de séjour soit délivré à un étranger qui souffre de troubles psychiatriques qui peuvent faire l’objet d’un traitement approprié dans son pays d’origine, il n’en va pas de même de l’étranger atteint de troubles identiques dont l’origine réside dans le lien entre la pathologie psychiatrique dont il souffre et les évènements traumatiques vécus dans le pays d’origine, qui ne permet pas, dans cette hypothèse, d’envisager un traitement effectivement approprié dans ce pays.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C..., le préfet des Pyrénées-Orientales s’est approprié l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui a estimé que l’état de santé de l’intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’il pouvait voyager sans risque vers son pays d’origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier des certificats médicaux suffisamment circonstanciés, établis par le docteur B..., médecin psychiatre, les 8 mars 2023 et 19 novembre 2024, que M. C... bénéficie d’un suivi au centre de ressource régional de psychotraumatologie Occitanie depuis le 7 juin 2022 pour une pathologie complexe associant des phobies d’impulsion de précipitation par la fenêtre, des céphalées, des troubles de la mémoire antérograde et une humeur dépressive, qui seraient apparus suite à des violences et des actes de torture subis en Russie et qui l’exposent à un risque suicidaire et rendent nécessaire un traitement spécialisé qu’il suit actuellement en France. Selon le médecin, compte tenu du stress chronique dont est atteint son patient, et dans le contexte actuel, un retour de M. C... en Russie constituerait un risque majeur pour son intégrité physique et pour sa vie. Dans ces conditions, le préfet a, dans les circonstances de l’espèce, commis une erreur d’appréciation en estimant que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour l’intéressé des conséquences d’une exceptionnelle gravité.

6. L’administration peut cependant faire valoir devant le juge de l’excès de pouvoir que la décision dont l’annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l’auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d’apprécier s’il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée initialement sur ce motif. Dans l’affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu’elle ne prive pas le requérant d’une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Dans son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales, qui fait valoir que M. C... peut bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine, doit être regardé comme sollicitant une substitution de motif. Toutefois, il ressort des documents médicaux versés à l’instance que les troubles psychiatriques dont est atteint le requérant, qui souffre d’un grave état de stress post-traumatique qui se manifeste par des états de panique, de désorientation et de pensées suicidaires liées à son vécu en Russie, ne permettent pas d’envisager que M. C... puisse bénéficier d’un traitement effectivement approprié en cas de retour dans son pays d’origine, compte tenu du lien entre cette pathologie et les évènements auxquels il a été confronté dans son pays d’origine, et alors même, ainsi que le fait valoir le préfet des Pyrénées-Orientales, que des traitements adaptés à ce type de pathologies seraient disponibles en Russie. Par suite, M. C... est fondé à soutenir que la décision de refus de séjour en litige méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l’appui des conclusions à fin d’annulation, que le requérant est fondé à demander l’annulation du refus de titre de séjour en litige et, par voie de conséquence, de l’obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé ainsi que de l’interdiction de retour sur le territoire français.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

9. Eu égard aux motifs d’annulation de l’arrêté contesté, l’exécution du présent jugement implique, sous réserve d’un changement dans la situation de fait ou de droit de M. C..., que le préfet de l’Hérault lui délivre un titre de séjour mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de l’Hérault de délivrer au requérant ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

10. M. C... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Summerfield renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.



DECIDE :


Article 1er : L’arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé d’accorder à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l’Hérault de délivrer à M. C... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Summerfield, avocate de M. C..., la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C..., au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.

Délibéré à l’issue de l’audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.

Le président-rapporteur,
J. Charvin

La greffière,
A-L. Edwige
L’assesseur le plus ancien,
M. D...


La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 février 2026,
La greffière,



A-L. Edwige

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