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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1806451

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1806451

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1806451
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 décembre 2018 et

22 décembre 2020, Mme A B, représentée par Me Garet demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'économie et des finances a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 27 décembre 2018 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 23 909,94 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices, qui portera intérêt au taux légal à compter de sa demande ainsi que la capitalisation des intérêts.

Elle soutient que :

- sa réclamation n'est pas prescrite et est suffisamment motivée ;

- elle a été victime d'un accident de travail imputable au service le 1er février 2010 ;

- la barre de seuil était défectueuse si bien que l'entretien normal des lieux faisait défaut faisant courir un risque au public et à ses agents, ce qui constitue bien une faute ;

- le fonctionnaire victime d'un accident de service peut demander l'indemnisation de ses préjudices qu'il y ait faute ou sans faute, et intégralement lorsqu'une faute est retenue ;

- elle a subi un préjudice moral et un pretium doloris manifeste des suites de l'accident du 1er février 2010 ;

- elle a subi des soins et arrêts de travail jusqu'à la consolidation de 18 janvier 2013 et des séquelles pour cervicalgies et scapulalgies post contusives de 5 % en taux d'IPP ;

- elle a été l'objet d'une certaine défiance et d'un comportement plutôt inadapté et peu bienveillant de son chef de service, qui a tenté alors qu'elle était reconnue accidentée du service, et handicapée de la placer en remplacement à la Caisse, et subi une distance glaciale et peu amène, ce qui a dégradé son état de santé moral au travail ;

- sur le préjudice moral et les souffrances endurées physiques et psychologiques, les cervicalgies et scapulalgies non seulement la prive de ses activités de natation, randonnées et marche, jardinage et voyages, mais rendent aussi ses gestes quotidiens, habillage, station debout, mouvement du bras, levée et port de charge quasi impossible ce qui impacte sa vie quotidiene. Ces troubles importants sont prouvés par la reconnaissance de son statut de travailleur handicapé qui sur le plan professionnel ont nécessité une adaptation de son poste de travail : elle réclame à ce titre 8 000 euros ;

- sur les troubles dans les conditions d'existence et préjudices d'agrément, elle a dû exposer des frais directement en lien avec cet accident imputable au service que l'administration n'a pas pris en charge et qui eut-égard à la responsabilité par ailleurs fautive doivent être remboursés : 909,94 euros à parfaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2020, le ministre de l'économie et des finances, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la créance indemnitaire, née en 2010, dont se prévaut Mme D prescrite ;

- Mme B ne développe aucun moyen, ni conclusions se rapportant à sa demande indemnitaire ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par ordonnance du 2 décembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au

18 janvier 2021.

Par ordonnance du 5 mai 2021, l'instruction a été rouverte et clôturée au 21 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

[0]

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- et les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, contrôleuse principale à la direction départementale des finances publiques (DDFIP) du Finistère a été victime les 15 mars 1980, 25 juillet 1986, 11 décembre 1987, 1er février 2010, 4 juin 2013 et 18 mai 2015 de six accidents de service. Par un courrier du

1er décembre 2016, le directeur départemental des finances publiques du Finistère a indiqué à l'intéressée que par un avis du 17 novembre 2016, la commission de réforme avait estimé

que les soins postérieurs à la date de consolidation de l'accident du 1er février 2010, fixée au

18 janvier 2013, ne devaient pas être pris en charge au titre du service et qu'en conséquence le remboursement des frais médicaux postérieurs à cette date ne serait pas assuré par l'administration. Il a par ailleurs informé l'intéressée que selon l'avis de la commission de réforme les dates de guérison des accidents des 4 juin 2013 et 18 mai 2015 devaient être respectivement fixées au 16 janvier 2015 et au 17 août 2016, l'arrêt de travail du 2 au

12 juin 2016 étant reconnu comme imputable à l'accident du 18 mai 2015. Par un courrier du

13 décembre 2016, le directeur de la DDFIP a informé Mme B du rejet de sa demande de révision du montant de l'allocation temporaire d'invalidité qui lui était servie à la suite des accidents de service des 25 juillet 1986 et 11 décembre 1987 et de la suppression du versement de cette allocation. Par un courrier du 21 décembre 2016, le directeur de la DDFIP a fait connaître à Mme B que le remboursement des frais médicaux postérieurs au

18 janvier 2013 s'agissant de l'accident de 2010, au 16 janvier 2015 s'agissant de l'accident de 2013 et au 17 août 2016 s'agissant de l'accident de 2015, ne seraient pas pris en charge

par l'administration. Par décisions des 10 janvier, 9 mars, 19 avril, 22 septembre 2017 et

10 janvier 2018, le directeur de la DDIFP a refusé de faire droit aux demandes de remboursement de soins médicaux présentées par Mme B au titre de l'accident du

18 mai 2015, postérieurement au 17 août 2016. Par courrier du 27 décembre 2018, Mme B a demandé l'indemnisation des préjudices en lien avec l'accident du 1er février 2010. Compte tenu du rejet implicite de sa demande Mme B sollicite, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 23 909,94 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant la demande indemnitaire préalable :

2. La décision contestée a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant des conclusions indemnitaires, ainsi qu'il a été dit au point précédent, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir les sommes qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée à la requête pour défaut de moyen et de conclusions :

3. La requête de Mme B tend à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 57 000 euros, ramenée par la suite à 23 909,94 euros, en réparation des divers préjudices subis du fait de la faute commise par l'administration en n'entretenant pas un passage du bâtiment très emprunté par le personnel et les usagers du centre des impôts de Quimper-Est. Par suite, la fin de recevoir tirée du défaut de moyen et de conclusions de la requête doit être écartée.

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale opposée par le ministre de l'économie et des finances :

4. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit () des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

5. Eu égard à la date de consolidation des blessures de Mme B suite à l'accident survenu le 1er février 2010, à savoir le 18 janvier 2013, qui correspond à la date de constitution du préjudice dont il est demandé l'indemnisation, le délai de prescription a couru à compter

du 1er janvier 2014. Il résulte de l'instruction qu'avant l'échéance du 31 décembre 2017, l'intéressée a présenté une action en justice relatif au fait générateur de l'accident du

1er février 2010 par deux requêtes n°1701013 du 6 février 2017 et n°17006634 du 8 février 2017. Une telle action a eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription. La présente requête ayant été présentée avant l'expiration du nouveau délai qui a commencé à courir le

1er janvier 2018, l'exception de prescription opposée par le ministre doit être écartée.

En ce qui concerne la responsabilité :

6. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

7. En l'espèce, Mme B soutient que sa chute a pour origine le mauvais entretien de la barre de seuil séparant le sol en marbre du hall d'accueil du public de celui du couloir de circulation du personnel recouvert de linoléum. Cette barre de seuil qui était en effet maintenue par du scotch à un de ses coins, comme le rapporte l'attestation d'une collègue de l'intéressée, a été enlevée à la suite de cet accident. A l'appui de ces dires, Mme B verse au dossier, outre l'attestation précitée, les témoignages du couple de contribuables qu'elle raccompagnait lorsque s'est produit cet accident. Dans ces circonstances, Mme B apparaît fondée à soutenir que l'accident dont elle a été victime sur son lieu de travail est lié à un défaut d'entretien normal des locaux et, par voie de conséquence, à demander l'engagement de la responsabilité l'Etat pour faute.

En ce qui concerne les préjudices :

8. En premier lieu, Mme B fait état des préjudices subis du fait de la lenteur de l'administration et de son manque de transparence dans l'instruction de son dossier d'accident de service du 1er février 2010, ainsi que de l'absence de conseil et de soutien dans ses démarches. Elle indique sans en justifier qu'elle a dû avoir recours à la CADA. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'imputabilité au service des accidents dont elle a été victime a toujours été reconnue dans de brefs délais, leur prise en charge financière assurée, lorsqu'elle était justifiée.

Il ne résulte pas plus de l'instruction que l'administration aurait recherché à discriminer l'intéressée en raison de son handicap ou de son temps partiel, ni même qu'elle aurait fait l'objet d'une certaine défiance de la part de sa hiérarchie. Cette dernière a simplement constaté que le 23 novembre 2015, elle avait refusé d'obéir à un ordre de la responsable de l'accueil, confirmé par le responsable du SIP, lui demandant de venir en renfort à l'accueil, comme initialement prévu au planning, si bien qu'il a été nécessaire de demander à un autre collaborateur de la remplacer à l'accueil. Si ces faits et la mention d'alerte ont été contestés par l'intéressée dans son compte-rendu d'entretien professionnel de 2016, ses demandes de révision ont toutefois été rejetées par la commission administrative paritaire, tant au niveau local que national. Par la suite, la hiérarchie de la requérante a néanmoins constaté qu'elle donnait satisfaction et participait activement au bon fonctionnement de la cellule recouvrement, lui attribuant même un item excellent dans la rubrique implication professionnelle pour l'année 2018. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les préjudices évoqués ne sont pas établis et que la requérante ne saurait donc être indemnisée à ce titre.

9. En deuxième lieu, Mme B demande le remboursement de divers soins et frais exposés entre le 21 février 2018 et le 27 décembre 2018 pour un montant de 909,94 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que suite à l'expertise du docteur C du 17 août 2016, la commission de réforme réunie le 17 novembre 2016, a notamment refusé, concernant l'accident de service du 1er février 2010 de prendre en charge les soins post consolidation de 2015. Aussi, au vu tant des conclusions médicales du docteur C que de l'avis de la commission de réforme du 17 novembre 2016, les soins et frais dont la requérante demande la prise en charge, ne sont pas justifiés.

10. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, qu'à la suite de son accident de service du 1er février 2010 Mme B a subi une entorse cervicale avec tendinopathie de l'épaule droite. Ces blessures ont entrainé un tableau douloureux comportant des cervicalgies avec trapèzalgies, contractures musculaires importantes en rapport avec des lésions discales protrusives C4-C5, C5-C6, une tendinopathie de l'épaule droite avec conflit sous-acromial et un syndrome du défilé thoraco-brachial, comme cela ressort notamment du certificat du docteur E, rhumatologue, du 6 mars 2015 ainsi que de multiples séances de rééducation qui ont causé à l'intéressée de nombreuses souffrances, d'autant que ses conditions de travail n'ont pu être adaptées qu'à compter de l'année 2012. En outre, le suivi médical prolongé a été de nature à perturber durablement l'intéressée dans sa vie personnelle. En revanche, si elle évoque des douleurs aux genoux, limitant la flexion des genoux, la descente d'escalier, la marche en terrains pentus et accidentés et la pratique du jardinage, ces séquelles sont liées non pas à cet accident du 1er février 2010, mais à un autre accident survenu le 4 juin 2013, comme cela ressort également du second certificat médical établi le même jour par le même praticien. Il sera fait une juste appréciation des préjudices nés de ses souffrances physiques et morales et des troubles de ses conditions d'existence en les indemnisant à hauteur globale de 5 000 euros. Il y a lieu d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le ministère de sa réclamation du 27 décembre 2018. Elle a également droit à la capitalisation des intérêts à compter du 22 décembre 2020, date à laquelle elle a présenté pour la première fois une telle demande.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une indemnité de 5 000 euros.

Article 2 : La somme visée à l'article 1er sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par le ministère de sa réclamation du 27 décembre 2018. Cette somme sera capitalisée pour porter elle-même intérêts à compter du 22 décembre 2020.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. Descombes

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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