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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1901680

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1901680

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1901680
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 1901680 le 4 avril 2019 et le 2 avril 2020, M. G F, représenté par Me Prat, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Ploumilliau a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner le CCAS de Ploumilliau à lui verser la somme de 20 000 euros au titre des conséquences de la prise en charge de Mme F par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Ploumilliau ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Ploumilliau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet est insuffisamment motivée ;

- sur la responsabilité :

- le personnel de l'EHPAD de Ploumilliau a commis un retard fautif dans la décision de procéder à l'hospitalisation de Mme F le 25 décembre 2017 et le 21 janvier 2018 de nature à engager la responsabilité du CCAS de Ploumilliau ;

- une faute dans la prise en charge de Mme F a été commise le 2 avril 2018 ;

- les fautes commises sont à l'origine d'un préjudice d'affection de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2020 et le 22 septembre 2021, le CCAS de Ploumiliau, représenté par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter la requête de M. F et les conclusions présentées par la CPAM d'Ille-et-Vilaine ;

2°) de mettre à la charge de M. F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'intervention de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine est irrecevable dès lors qu'aucune délégation de signature donnant qualité à agir au signataire du mémoire en intervention n'est produite ;

- aucune faute ne lui est imputable ;

- la réalité des débours présentés par la CPAM n'est pas démontrée en l'absence d'attestation d'imputabilité.

Par des mémoires, enregistrés le 31 mai et le 7 octobre 2021, la CPAM d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner le CCAS de Ploumiliau à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 10 737,84 euros au titre de ses débours.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 1902179 le 3 mai 2019 et le 2 avril 2020, M. G F, représenté par Me Prat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 avril 2019 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Ploumilliau a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner le CCAS de Ploumilliau à lui verser la somme de 20 000 euros au titre des conséquences de la prise en charge de Mme F par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Ploumilliau ;

3°) de mettre à la charge du CCAS de Ploumilliau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 10 avril 2019 est insuffisamment motivée ;

- sur la responsabilité :

- le personnel de l'EHPAD de Ploumilliau a commis un retard fautif dans la décision de procéder à l'hospitalisation de Mme F le 25 décembre 2017 et le 21 janvier 2018 de nature à engager la responsabilité du CCAS de Ploumilliau ;

- une faute dans la prise en charge de Mme F a été commise le 2 avril 2018 ;

- les fautes commises sont à l'origine d'un préjudice d'affection de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2020 et le 22 septembre 2021, le CCAS de Ploumiliau, représenté par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter la requête de M. F ;

2°) de mettre à la charge de M. F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le requérant est décédé de sorte qu'une suspension de l'instance doit être prononcée ;

- aucune faute ne lui est imputable.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les conclusions de Mme Gourmelon, rapporteure publique,

- les observations de Me Maillard, représentant le CCAS de Ploumiliau.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes susvisées n° 1901680 et n° 1902179 de M. F présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les faits et la procédure précontentieuse :

2. Mme D F a été admise à l'EHPAD de Ploumiliau à compter du 2 janvier 2017 jusqu'au 2 avril 2018, date de son décès. S'interrogeant sur les conditions de la prise en charge de son épouse par l'établissement, M. F a, par un courrier du 24 janvier 2019, reçu le 25 janvier 2019, adressé à l'EHPAD du Ploumiliau une demande indemnitaire préalable. Par un courrier du 10 avril 2019, le président du CCAS de Ploumilliau a rejeté cette demande. Par les présentes requêtes, M. F doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions implicites et explicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable et de condamner le CCAS de Ploumilliau à lui verser la somme de 20 000 euros.

Sur le non-lieu à statuer :

3. Le décès de M. F a été porté à la connaissance du tribunal administratif le 22 septembre 2021. A cette date, les affaires étaient en état d'être jugées. Il y a lieu, par suite, de statuer sur les requêtes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. La décision implicite de rejet ainsi que de la décision du 10 avril 2019 du CCAS de Ploumilliau ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de M. F. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur les droits de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont seraient, le cas échéant, entachées les décisions qui ont lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces deux décisions est inopérant.

Sur la responsabilité :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 123-4 du code de l'action sociale et des familles : " I-Un centre communal d'action sociale est créé dans toute commune de 1 500 habitants et plus. Il peut être créé dans toute commune de moins de 1 500 habitants. Le centre communal d'action sociale exerce les attributions dévolues par le présent chapitre ainsi que celles dévolues par la loi. ". Selon l'article L. 123-5 du même code : " Le centre communal d'action sociale peut créer et gérer en services non personnalisés les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article L. 312-1. ". Aux termes de l'article L 123-6 de ce code : " Le centre communal d'action sociale anime une action générale de prévention et de développement social dans la commune, en liaison étroite avec les institutions publiques et privées. Il peut intervenir sous forme de prestations remboursables ou non remboursables. () / Le centre communal d'action sociale peut créer et gérer en services non personnalisés les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article L. 312-1. ". Selon l'article L. 312-1 dudit code : " I. - Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 311-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'exercice des droits et libertés individuels est garanti à toute personne prise en charge par des établissements et services sociaux et médico-sociaux. Dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, lui sont assurés : 3° Une prise en charge et un accompagnement individualisé de qualité favorisant son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement éclairé qui doit systématiquement être recherché lorsque la personne est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. A défaut, le consentement de son représentant légal doit être recherché ".

7. En premier lieu, M. F soutient que l'EHPAD de Ploumiliau a commis une faute de nature à engager la responsabilité du CCAS de Ploumiliau en raison du retard fautif dans la prise en charge de son épouse le 25 décembre 2017. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport circonstancié établi le 19 décembre 2018 par l'EHPAD de Ploumiliau que le 25 décembre 2017, le personnel de l'EHPAD de Ploumiliau a contacté, à la demande de M. F, le SAMU dont le médecin régulateur a considéré que la situation de Mme F ne constituait pas une urgence vitale. A la suite de cet appel, le docteur E s'est rendu à l'EHPAD de Ploumiliau à la demande de M. F afin d'examiner Mme F et lui a prescrit un bilan urinaire et sanguin. Le 28 décembre 2017, le docteur C a décidé de procéder à l'hospitalisation de Mme F dans le service de médecine gériatrique du centre hospitalier de Lannion en raison des résultats de son bilan sanguin. Il résulte de ce qui précède que le personnel de l'EHPAD de Ploumiliau n'a entaché la prise en charge de Mme F d'aucun retard fautif le 25 décembre 2017.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme F a été victime d'une chute le 20 janvier 2018 alors qu'elle était accompagnée par un agent remplaçant. En outre, il résulte du rapport circonstancié établi par l'EHPAD de Ploumiliau, qui n'est pas contesté par M. F, que son épouse n'a présenté aucun signe de douleur à la suite de cette chute et que le personnel soignant de l'EHPAD a constaté un gonflement de la cuisse le lendemain et appelé le SAMU afin de procéder au transfert vers le service des urgences du centre hospitalier de Lannion en fin de matinée. Dans ces conditions, le personnel de l'EHPAD de Ploumiliau n'a commis aucun retard fautif de nature à engager la responsabilité du CCAS de Ploumiliau.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme F a été hospitalisée du 15 au 28 mars 2018 au centre hospitalier de Lannion en raison d'une hypernatrémie, d'escarres, d'une dénutrition majeure et d'une prise en charge palliative. En outre, il résulte de l'instruction qu'à son retour au sein de l'EHPAD de Ploumiliau, la prise en charge mise en place est désormais à visée palliative, ce que confirme le docteur B, médecin traitant de Mme F. Par ailleurs, un ralentissement et une altération de la respiration de Mme F sont constatés par le personnel soignant de l'EHPAD le 2 avril 2018 en raison en début de journée qui a, par la suite, informé M. F. Si celui-ci a fait part de son souhait de procéder à l'hospitalisation de son épouse, il résulte de l'instruction que le médecin régulateur du SAMU s'est également prononcé en faveur d'un maintien de Mme F en soins palliatifs au sein de l'EHPAD. A ce titre, la circonstance que l'EHPAD de Ploumiliau a contacté le juge des tutelles du tribunal judiciaire de Guingamp dans l'éventualité d'un retour à domicile de Mme F ne révèle aucune faute dans la prise en charge de Mme F. Dans les circonstances de l'espèce, Mme F étant décédée le 2 avril 2018 en milieu de matinée, le personnel de l'EHPAD de Ploumiliau n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme F de nature à engager la responsabilité du CCAS de Ploumiliau.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à la condamnation du CCAS de Ploumiliau à lui verser une somme en réparation des conditions de prise en charge de Mme F doivent être rejetées.

Sur les demandes de la CPAM d'Ille-et-Vilaine :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les conclusions de la CPAM d'Ille-et-Vilaine présentées au titre des débours et de l'indemnité forfaitaire de gestion doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le CCAS de Ploumiliau.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CCAS de Ploumiliau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du CCAS de Ploumiliau au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CPAM d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le CCAS de Ploumiliau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié aux ayants-droit de M. A F, au CCAS de Ploumiliau et à la CPAM d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

C. Dayon

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 1901680-1902179

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