lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-1903019 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TARDIEU GALTIER LAURENT DARMON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une ordonnance n° 1812691 du 6 juin 2019, enregistrée le 7 juin 2019 au greffe du tribunal sous le n° 1903019, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal la requête présentée par la SA Banque Fiducial.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 13 décembre 2018, et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal les 26 février et 16 novembre 2021 et 3 février et 23 mai 2022, la SA Banque Fiducial, venant aux droits de la SA Banque Themis, représentée par Me Tardieu Confavreux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2018 par laquelle l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer sollicite le paiement de la somme de 2 881 908,07 euros au titre des engagements de caution qu'elle a accordés à la société Doux ;
2°) de prononcer un non-lieu à statuer partiel sur ces conclusions à fin d'annulation à hauteur de la somme de 372 438,80 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence dès lors qu'il résulte du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 que seul le comptable public est compétent pour recouvrer les sommes dues en vertu de titres de recette ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer n'établissant pas que ses actes de caution correspondent effectivement à des avances versées à la société Doux pour lesquelles cette dernière société n'aurait pas respecté ses engagements.
Par des mémoires, enregistrés les 20 janvier et 14 octobre 2021 et 6 janvier et 28 avril 2022, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, représenté par Me Alibert, conclut au non-lieu partiel à hauteur de 372 438,80 euros, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Banque Fiducial au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SA Banque Fiducial ne sont pas fondés.
II. Par une ordonnance n° 1904087 du 6 juin 2019, enregistrée le 11 juin 2019 au greffe du tribunal sous le n° 1903025, la magistrate déléguée du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal la requête présentée par la SA Banque Fiducial.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 16 avril 2019, et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal les 26 février et 16 novembre 2021 et 3 février et 23 mai 2022, la SA Banque Fiducial, venant aux droits de la SA Banque Themis, représentée par Me Tardieu Confavreux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire du 1er avril 2019 par lequel l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer sollicite le paiement de la somme de 2 881 908,07 euros au titre des engagements de caution qu'elle a accordés à la société Doux ;
2°) de la décharger de la somme ainsi mise à sa charge ;
3°) de prononcer un non-lieu à statuer partiel sur ces conclusions à fins d'annulation et de décharge à hauteur de la somme de 372 438,80 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de vices de forme en méconnaissance de l'article 1.1 de l'instruction n° 04-041-M9 du 16 juillet 2004 dès lors qu'elle ne comporte ni la base de liquidation permettant de vérifier la régularité de la créance, ni l'identification précise et complète du débiteur, rappelant que la banque Themis a changé de dénomination sociale et de siège à la suite d'une fusion absorption, ni l'imputation budgétaire et comptable à donner à la recette ainsi que son exercice d'imputation ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer n'établissant pas que ses actes de caution correspondent effectivement à des avances versées à la société Doux pour lesquelles cette dernière société n'aurait pas respecté ses engagements.
Par des mémoires, enregistrés les 20 janvier et 14 octobre 2021 et 6 janvier et 28 avril 2022, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, représenté par Me Alibert, conclut au non-lieu partiel à hauteur de 372 438,80 euros, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Banque Fiducial au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.1 de l'instruction n° 04-041-M9 du 16 juillet 2004 est inopérant ;
- l'autre moyen soulevé par la SA Banque Fiducial n'est pas fondé.
III. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 novembre 2019, 26 février et 16 novembre 2021 et 3 février et 23 mai 2022 sous le n° 1905658, la SA Banque Fiducial, venant aux droits de la SA Banque Themis, représentée par Me Tardieu Confavreux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre exécutoire du 9 octobre 2019 par lequel l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a réduit le montant du titre émis le 1er avril 2019 de la somme de 372 438,80 euros pour la porter à 2 509 469,27 euros ;
2°) de la décharger de la somme restant à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir contre la décision attaquée, qui constitue un nouveau titre exécutoire émis à son encontre, et qui précise les voies et délais de recours contentieux ;
- la décision attaquée est entachée de vices de forme en méconnaissance de l'article 1.1 de l'instruction n° 04-041-M9 du 16 juillet 2004 dès lors qu'elle ne comporte ni la base de liquidation permettant de vérifier la régularité de la créance, ni l'identification précise et complète du débiteur, rappelant que la banque Themis a changé de dénomination sociale et de siège à la suite d'une fusion absorption, ni l'imputation budgétaire et comptable à donner à la recette ainsi que son exercice d'imputation ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer n'établissant pas que ses actes de caution correspondent effectivement à des avances versées à la société Doux pour lesquelles cette dernière société n'aurait pas respecté ses engagements.
Par des mémoires, enregistrés les 20 janvier et 14 octobre 2021 et 6 janvier et 28 avril 2022, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, représenté par Me Alibert, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Banque Fiducial au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre un acte qui ne fait pas grief à la société requérante ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1.1 de l'instruction n° 04-041-M9 du 16 juillet 2004 est inopérant ;
- l'autre moyen soulevé par la SA Banque Fiducial n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007 ;
- le règlement (CE) n° 612/2009 de la Commission du 7 juillet 2009 ;
- le code civil ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l'arrêté du 1er juillet 2013 fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnées au 4° de l'article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Desbourdes ;
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Tardieu, représentant la SA Banque Fiducial, et de Me Alibert, représentant l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer.
Considérant ce qui suit :
1. La société Banque Themis, aux droits de laquelle vient désormais la société Banque Fiducial, s'est portée caution de la société Doux relativement à plusieurs demandes d'avances de restitution à l'exportation présentées par cette dernière à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer sur le fondement de l'article 31 du règlement (CE) n° 612/2009 de la Commission du 7 juillet 2009, s'agissant d'exportations à intervenir entre octobre 2012 et août 2013. Par une décision du 15 octobre 2018, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a demandé à la société Banque Themis de lui verser la somme de 2 881 908,07 euros sur le fondement de ces actes de caution. La directrice générale de cet établissement a émis le 1er avril 2019 un titre exécutoire du même montant. Par décision du 9 octobre 2019, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a réduit le montant exigé de 372 438,80 euros pour le porter à un total de 2 509 469,27 euros. La société Banque Fiducial demande au tribunal d'annuler ces trois actes des 15 octobre 2018 et 1er avril et 9 octobre 2019.
Sur l'exception de non-lieu à statuer partiel dans les instances nos 1903019 et 1903025 :
2. Par sa décision du 9 octobre 2019, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer doit être regardé comme ayant renoncé à réclamer le paiement d'une somme de 372 438,80 euros à la société Banque Fiducial et comme ayant par conséquent, réduit le montant exigé par sa décision du 15 octobre 2018 et par son titre exécutoire du 1er avril 2019 à un montant total de 2 509 469,27 euros. Par suite, dans les deux instances nos 1903019 et 1903025, il n'y a plus lieu de statuer sur le litige opposant la société Banque Fiducial à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer à concurrence de la somme de 372 438,80 euros.
Sur le surplus des conclusions des requêtes :
En ce qui concerne la décision du 15 octobre 2018 :
3. Le litige relatif à la décision du 15 octobre 2018 naît de l'exécution de contrats administratifs. Par sa requête, enregistrée sous le n° 1903019, la société Banque Fiducial doit être regardée comme demandant au juge du plein-contentieux contractuel de constater que l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer n'est pas fondé à solliciter le paiement de la somme de 2 509 469,27 euros en application des actes de caution qu'elle a souscrit au bénéfice de la société Doux. Par conséquent, pour la résolution de ce litige, la société requérante ne peut utilement faire valoir les vices propres dont la décision du 15 octobre 2018 serait entachée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté comme inopérant.
4. Aux termes de l'article 162 du règlement (CE) n° 1234/2007 du Conseil du 22 octobre 2007 : " 1. Dans la mesure requise pour permettre la réalisation des exportations sur la base des cours ou des prix du marché mondial et dans les limites découlant des accords conclus conformément à l'article 300 du traité, la différence entre ces cours ou ces prix et les prix de la Communauté peut être couverte par une restitution à l'exportation : / a) pour les produits des secteurs suivants exportés en l'état : () / viii) viande de volaille ; () ".
5. Aux termes de l'article 28 du règlement (CE) n° 612/2009 de la Commission du 7 juillet 2009 : " 1. Aucune restitution n'est octroyée lorsque les produits ne sont pas de qualité saine, loyale et marchande le jour d'acceptation de la déclaration d'exportation. / Les produits satisfont à l'exigence du premier alinéa lorsqu'ils peuvent être commercialisés sur le territoire de la Communauté dans des conditions normales et sous la désignation apparaissant sur la demande d'octroi de la restitution et que, lorsque ces produits sont destinés à la consommation humaine, leur utilisation à cette fin n'est pas exclue ou considérablement diminuée en raison de leurs caractéristiques ou de leur état. () ". Aux termes de l'article 31 de ce règlement : " 1. Sur demande de l'exportateur, les États membres avancent tout ou partie du montant de la restitution, dès l'acceptation de la déclaration d'exportation, à condition que soit constituée une garantie dont le montant est égal au montant de cette avance, majoré de 10 %. () ".
6. Aux termes de l'article 46 du même règlement : " 1. La restitution n'est payée que, sur demande spécifique de l'exportateur, par l'État membre dans le territoire duquel la déclaration d'exportation a été acceptée. () / 2. Le dossier pour le paiement de la restitution ou la libération de la garantie doit être déposé, sauf cas de force majeure, dans les douze mois suivant la date d'acceptation de la déclaration d'exportation. () / 8. Le paiement visé au paragraphe 1 est effectué par les autorités compétentes dans un délai de trois mois à compter du jour où celles-ci disposent de tous les éléments permettant le règlement du dossier, sauf dans les cas suivants : / a) force majeure ; ou / b) si une enquête administrative particulière a été ouverte concernant le droit à la restitution. Dans ce cas, le paiement n'intervient qu'après reconnaissance du droit à la restitution ; ou / c) pour l'application de la compensation prévue à l'article 49, paragraphe 2, deuxième alinéa. () ". Aux termes de l'article 49 de ce même règlement : " 1. Sans préjudice de l'obligation de payer le montant négatif visé à l'article 48, paragraphe 5, en cas de paiement non dû d'une restitution, le bénéficiaire est tenu de rembourser les montants indûment reçus, y compris toute sanction applicable conformément à l'article 48, paragraphe l, augmentés des intérêts calculés en fonction du temps qui s'est écoulé entre le paiement et le remboursement. Toutefois : / a) si le remboursement est assuré par une garantie non encore libérée, la saisie de la garantie conformément à l'article 32, paragraphe 1, vaut récupération des montants dus ; / b) si la garantie a été libérée, le bénéficiaire paie le montant de la garantie qui aurait été acquis, augmenté des intérêts calculés à partir du jour de la libération jusqu'au jour précédant le jour du paiement. () / 2. Les montants récupérés, ceux visés à l'article 48, paragraphes 5 et 6, et les intérêts perçus sont versés aux organismes payeurs et déduits par ceux-ci des dépenses du Fonds européen agricole de garantie (FEAGA). / Lorsque le délai de paiement n'est pas respecté, les États membres peuvent décider, au lieu d'exiger le remboursement, que les montants indûment payés, les garanties indûment libérées et les intérêts compensateurs sont portés en déduction de paiements ultérieurs à l'exportateur concerné. / Les dispositions du deuxième alinéa s'appliquent également aux montants à payer en vertu des dispositions de l'article 48, paragraphes 5 et 6. () ".
7. Il résulte des dispositions précitées que la libération de la garantie constituée en application de l'article 31 du règlement est subordonnée au dépôt d'un dossier par l'exportateur dans un délai de douze mois à compter de la date d'acceptation de sa déclaration d'exportation. Elle peut être également accordée en cas de force majeure, à l'issue d'une enquête administrative particulière ayant conduit à la reconnaissance du droit à la restitution ou en cas de compensation pratiquée en application du deuxième alinéa du paragraphe 2 de l'article 49 de ce règlement. Dans l'ensemble de ces hypothèses, il appartient à l'exportateur d'apporter les éléments permettant de démontrer son droit à l'obtention de la restitution et, par conséquent, son droit à la libération de la garantie.
8. Par conséquent, il appartenait à la société Doux d'apporter l'ensemble des justificatifs permettant que soient libérées les cautions qu'elle a constituées auprès de la société Banque Themis. Il lui appartenait notamment, à ce titre, d'établir que les produits exportés étaient de qualité saine, loyale et marchande au sens de l'article 28 du règlement (CE) n° 612/2009 de la Commission du 7 juillet 2009. La charge de cette preuve ne saurait en revanche, en aucun cas, incomber à l'autorité nationale chargée de la mise en œuvre du dispositif des droits à restitution, de sorte qu'il appartient désormais, dans le cadre de la présente instance, à la société requérante d'apporter les justificatifs propres à établir qu'elle aurait dû être libérée des actes de caution qu'elle a souscrits au bénéfice de la société Doux. La société requérante ne peut par ailleurs utilement opposer à l'application des règlements communautaires précités des spécificités du droit français qui, en tout état de cause, ne peuvent y faire obstacle.
9. La société Banque Fiducial ne conteste pas avoir notamment souscrit vingt-deux engagements de caution au bénéfice de la société Doux pour un montant total de 5 871 958,61 euros pour des exportations à réaliser entre les mois d'octobre 2012 et août 2013.
10. L'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a, en cours d'instance, indiqué que trois de ces engagements de caution concernaient des avances sur restitution qui n'ont pas été payées à la société Doux et a, en conséquence, réduit le montant de la demande adressée à la société Banque Fiducial. En revanche, il résulte de l'instruction que l'ensemble des dix-neuf autres engagements ont donné lieu à la réception d'un dossier de régularisation auquel l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a attribué un numéro. De tels dossiers n'ayant pu être déposés par la société Doux que pour des avances qui lui ont été versées, la société Banque Fiducial n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'il existerait un doute quant au versement des avances pour lesquelles elle a souscrit ses dix-neuf autres engagements.
11. Si l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer a apposé, de manière manuscrite, sa propre numérotation sur les actes de caution émis par la société Banque Themis, une telle circonstance ne saurait par elle-même révéler que les garanties que la société requérante ne conteste pas avoir accordé à la société Doux auraient été libérées. Ainsi, alors que la société requérante fait état, pour d'autres engagements de caution souscrits au cours de la même période, d'actes de mainlevée partielle ou totale remis par l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer à la société Doux, elle indique qu'elle n'a été destinataire que d'actes de mainlevée partielle pour certains seulement des dix-neuf engagements de caution encore en litige et elle ne produit, à leur égard, aucun acte de mainlevée totale.
12. Par conséquent, la société requérante, qui ne saurait utilement faire supporter sur l'établissement public défendeur la charge de la preuve des droits à libération des garanties qu'elle a accordées, n'établit pas que ses engagements ne seraient pas encore actionnables à hauteur du montant finalement exigé de 2 509 469,27 euros.
13. Il résulte de ce qui précède qu'en application des actes de caution en cause, l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer est fondé à obtenir cette somme de la société Banque Fiducial. Cette dernière n'est donc pas fondée à demander au tribunal d'annuler la décision du 15 octobre 2018 par laquelle cet établissement public lui réclame encore le versement de cette somme.
En ce qui concerne les titres exécutoires des 1er avril et 9 octobre 2019 :
14. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. () ".
15. Il résulte des termes mêmes du titre exécutoire du 1er avril 2019 qu'il renvoie à plusieurs pièces jointes en annexe au titre desquelles figurent l'ensemble des échanges de courrier qui l'ont précédé, l'ensemble des actes de caution concernés ainsi qu'un tableau récapitulatif permettant d'identifier ces actes de caution selon les numérotations manuscrites qui y sont apposées. L'ensemble de ces documents permettaient à la société requérante de déterminer tant les actes de caution concernés que les montants exigés au titre de chacun d'eux.
16. Le titre exécutoire rectificatif du 9 octobre 2019 indique quant à lui tant le montant que les raisons de la rectification à la baisse de la somme initialement exigée par le titre du 1er avril 2019. Ce premier titre ainsi qu'un nouveau tableau récapitulatif étaient annexés au nouveau titre rectificatif de sorte que la société requérante était encore en mesure de déterminer tant les actes de caution concernés par les rectifications que les montants désormais exigés au titre de chacun d'eux.
17. Par suite, le moyen tiré du vice de forme résultant d'une insuffisance de motivation des titres exécutoires des 1er avril et 9 octobre 2019 doit être écarté.
18. La société Banque Fiducial soutient également que l'identification du débiteur par ces deux titres serait entaché d'un vice de forme dès lors que la société Banque Themis, à laquelle ils ont été nommément adressés, avait déjà fait l'objet d'une fusion-absorption dans la société Banque Fiducial. Toutefois, cette dernière société ne conteste ni avoir été destinataire de ces titres en tant qu'elle vient aux droits de la société Banque Themis, ni être le débiteur des actes de caution actionnés par l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer. Par suite, la circonstance que les titres exécutoires en cause ont été établis au nom de la société Banque Themis ne saurait les entacher d'illégalité.
19. Par ailleurs, si les titres en cause ne mentionnent pas l'imputation budgétaire et comptable de la recette, dont notamment son exercice d'imputation, ces informations, qui sont seulement destinées à permettre le contrôle de la régularité des comptes publics, ne sont pas requises à peine d'illégalité externe des titres concernés.
20. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 12, la société Banque Fiducial n'est pas fondée à soutenir que les titres seraient entachés d'erreur de fait faute pour l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer d'établir que ses actes de caution correspondraient effectivement à des avances versées à la société Doux pour lesquelles cette dernière société n'aurait pas respecté ses engagements.
21. Par suite, la société Banque Fiducial n'est fondée à demander au tribunal ni l'annulation des titres exécutoires des 1er avril et 9 octobre 2019 ni la décharge de la somme correspondante de 2 509 469,27 euros.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante pour l'essentiel, les sommes demandées par la SA Banque Fiducial, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA Banque Fiducial une somme de 2 000 euros à verser à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à la décision du 15 octobre 2018 et au titre exécutoire du 1er avril 2019 à concurrence de la somme de 372 438,80 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : La SA Banque Fiducial versera à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SA Banque Fiducial et à l'Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
W. DesbourdesLe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 1903019, 1903025, 1905658
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026