vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-1903267 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DE LA GRANGE ET FITOUSSI |
Vu les procédures suivantes :
I - Par l'ordonnance n° 1809831 du 24 mai 2019 enregistrée au greffe du tribunal le 26 juin 2019 sous le n° 1903267, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a envoyé le dossier de la requête enregistrée le 10 octobre 2018 et complétée par un mémoire enregistré le 15 novembre 2021, au terme desquels la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), désormais dénommée Relyens Mutual Insurance (Relyens) représentée en dernier lieu par Me Budet, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette n° 2012-35 émis le 28 février 2012 émis à son encontre par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) aux fins de recouvrement d'une somme de 1 050 € ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 1 050 € mise à sa charge à ce titre ;
3°) de mettre à la charge de l'Oniam le versement de la somme de 5 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours n'est pas forclos ;
- l'Oniam est incompétent pour émettre un titre aux fins de recouvrement d'une créance pour laquelle il dispose d'un recours subrogatoire ;
- l'article L. 212-1 du code des relations entre le public est l'administration a été méconnu : le titre litigieux ne comporte pas les nom et prénom de son signataire ;
- l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 a été méconnu : les bases de liquidation de la créance n'ont pas été indiquées ;
- le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme A ;
- sur les demandes reconventionnelles de l'Oniam :
* l'Oniam est irrecevable à demander sa condamnation à lui verser la somme de 1 500 € ;
* la pénalité de 15% n'est pas due à raison de l'absence d'attitude manifestement dilatoire de sa part dès lors que le lien directe et certain entre la prise en charge et le dommage n'était pas établi ;
* l'organisme social n'a pas à être mis en cause.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 mars 2021 et 2 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué l'Oniam, représenté par Me de la Grange, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la condamnation de la société Relyens à lui régler la somme :
- de 15 026 € en remboursement de l'indemnisation versée à Mme A majorée des intérêts légaux à compter du 2 novembre 2018 et capitalisation de ces intérêts à compter du 3 novembre 2019 puis à chaque échéance annuelle ;
- de 1 050 € en remboursement des sommes versées pour l'expertise de Mme A, majorée des intérêts légaux à compter du 10 octobre 2018 et capitalisation de ces intérêts à compter du 11 octobre 2019 puis à chaque échéance annuelle ;
- de 2 441,40 € correspondant à 15% de la somme de 16 076 € au titre de la pénalité prévue à l'article L.1142-15 du code de la santé publique ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Relyens la somme de 3 000 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la pénalité de 15% est due en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
- il peut prétendre au remboursement des honoraires de l'expert sur le fondement du dernier alinéa l'article L. 1142-12 du code de la santé publique ;
- il peut prétendre au paiement des intérêts au taux légal avec capitalisation sur les sommes versées à Mme A.
II - Par l'ordonnance n° 1813631 du 29 mai 2019 enregistrée au greffe du tribunal le 15 juillet 2019 sous le n° 1903663, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a envoyé le dossier de la requête enregistrée le 31 décembre 2018 et complétée par un mémoire enregistré le 6 juillet 2022, au terme desquels la société Relyens, représentée en dernier lieu par Me Budet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° 2018-2002 émis le 9 octobre 2018 émis à son encontre par l'Oniam aux fins de recouvrement d'une somme de 15 026 € ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 15 026 € mise à sa charge à ce titre ;
3°) de mettre à la charge de l'Oniam le versement de la somme de 5 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'Oniam est incompétent pour émettre un titre aux fins de recouvrement d'une créance pour laquelle il dispose d'un recours subrogatoire ;
- le directeur de l'Oniam est incompétent pour émettre un titre de perception ;
- l'article L. 212-1 du code des relations entre le public est l'administration est méconnu : le titre litigieux n'est pas revêtu de la signature de l'ordonnateur de l'Oniam et il appartient à celui-ci de prouver que le bordereau de titres est signé ;
- le CHRU n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme A ;
- l'Oniam ne justifie pas du montant des sommes alloués à Mme A ;
- sur les demandes reconventionnelles de l'Oniam :
* l'Oniam est irrecevable à demander sa condamnation à lui verser la somme de 15 026 € ;
* la pénalité de 15% n'est pas due à raison de l'absence d'attitude manifestement dilatoire de sa part dès lors que le lien directe et certain entre la prise en charge et le dommage n'était pas établi ;
* l'organisme social n'a pas à être mis en cause.
Par des mémoires en défense enregistré les 8 mars 2021 et 2 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, l'Oniam, représenté par Me De La Grange, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la condamnation de la société Relyens à lui régler la somme :
- de 15 026 € en remboursement de l'indemnisation versée à Mme A majorée des intérêts légaux à compter du 2 novembre 2018 et capitalisation de ces intérêts à compter du 3 novembre 2019 puis à chaque échéance annuelle ;
- de 1 050 € en remboursement des sommes versées pour l'expertise de Mme A, majorée des intérêts légaux à compter du 10 octobre 2018 et capitalisation de ces intérêts à compter du 11 octobre 2019 puis à chaque échéance annuelle ;
- de 2 441,40 € correspondant à 15% de la somme de 16 076 € au titre de la pénalité prévue à l'article L.1142-15 du code de la santé publique ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Relyens la somme de 3 000 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la pénalité de 15% est due en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
- il peut prétendre au remboursement des honoraires de l'expert sur le fondement du dernier alinéa l'article L. 1142-12 du code de la santé publique ;
- il peut prétendre au paiement des intérêts au taux légal avec capitalisation sur les sommes versées à Mme A.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Bellanger, représentant la société Relyens.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées présentées pour la société Relyens présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
I Les faits :
2. Mme A a saisi le 14 mars 2008 la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CRCI) de Bretagne d'une demande d'indemnisation des préjudices subis du fait de sa prise en charge par le CHRU de Rennes. Par deux avis des 11 février 2009 et 9 juin 2011, fondés sur deux expertises des 14 novembre 2008 et 19 mars 2011, la CRCI a retenu une faute du CHRU et dit que la réparation des préjudices subis par Mme A incombait à l'assureur de l'établissement, la SHAM, désormais dénommée Relyens. La SHAM ayant refusé d'indemniser Mme A, l'Oniam s'est substitué à l'assureur et après avoir conclu un protocole d'indemnisation transactionnelle avec Mme A, a émis à l'encontre de la SHAM, les titres n° 2012-35 le 28 février 2012 et n° 2002-2018 le 9 octobre 2018 en vue de recouvrer respectivement les sommes de 1 050 € au titre des frais d'expertise et de 15 026 € au titre des sommes versées à Mme A. La société Relyens demande au tribunal l'annulation du titre exécutoire et à être déchargée de l'obligation de payer la somme réclamée. L'Oniam présente pour sa part des conclusions reconventionnelles financières.
II Les conclusions aux fins de décharge et d'annulation des titres exécutoires :
II.1 La fin de non-recevoir soulevée par l'Oniam et tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre le titre exécutoire n° 2012-35 du 28 février 2012 :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de son article R. 421-5 : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Il résulte de l'instruction que l'Oniam a adressé un courrier à la SHAM le 2 avril 2012, ainsi libellé : " en vertu du titre de recette relatif aux frais d'expertise du dossier A Stéphane / CHU de Rennes dont vous trouverez ci-joint un exemplaire, je vous informe que vous êtes redevable envers l'Oniam de la somme de 1 050 € ". L'exemplaire du courrier versé à l'instance porte le tampon de la SHAM " L. AR Reçue le 13 avril 2012 ". La société Relyens ne soutient pas que le titre de recette n'était pas joint à ce courrier, ne l'ayant au demeurant jamais réclamé. Il résulte de ces mentions claires et concordantes que la SHAM a reçu notification du titre de recette litigieux, qui comporte la mention de voies et délais de recours, au plus tard le 13 avril 2012. La requête de la société Relyens, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 10 octobre 2018 est tardive et la fin de non-recevoir présentée en ce sens par l'Oniam, doit, par suite, être accueillie.
II.2 Le bien-fondé de l'avis des sommes à payer n° 2018-2002 :
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
6. Il résulte de l'instruction que le 12 avril 2007, il a été diagnostiqué chez Mme A un ostéosarcome ostéoblastique des parties molles nécessitant une exérèse chirurgicale, réalisée le 10 août 2007 au CHRU de Rennes. Au décours de cette intervention, le nerf sciatique de Mme A a été atteint. Le rapport de l'expertise diligentée à la demande de la CRCI de Bretagne, précise que cette atteinte du nerf sciatique ne peut résulter que d'une compression soit par un écarteur, soit par la position de la patiente lors de l'opération du 10 août 2007. La CRCI écarte toutefois l'hypothèse d'une atteinte causée par les écarteurs dès lors que la zone d'intervention se situait à distance de la zone lésée et retient comme cause du dommage la posture adoptée pendant l'intervention du 10 août 2017, qui relève de la responsabilité de l'anesthésiste. Il résulte de l'instruction et notamment du compte-rendu opératoire que Mme A avait été placée en décubitus dorsal. L'expert n'indique pas que cette position n'était pas conforme aux règles de l'art mais précise au contraire que " les moyens techniques () ont été adaptés ". Il précise enfin qu'une atteinte du nerf sciatique dans une intervention de la partie interne de la cuisse est exceptionnelle et inattendue. Il résulte de ces constatations que l'atteinte du nerf sciatique de Mme A ne résulte pas d'une faute médicale, mais caractérise en l'espèce, la réalisation d'un risque accidentel inhérent à l'acte médical et qui ne pouvait être maîtrisé.
7. Il s'ensuit qu'aucune faute du CHRU de Rennes n'est établie en lien avec le dommage subi par Mme A.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre l'avis des sommes à payer n° 2018-2002, qu'il y a lieu de l'annuler et de décharger la société Relyens de l'obligation de payer la somme de 15 026 € mise à sa charge par cet avis.
Sur les demandes reconventionnelles de l'Oniam :
9. Eu égard à l'absence de faute imputable au CHRU de Rennes, les conclusions présentées par l'Oniam tendant à la condamnation de la société Relyens à lui verser la somme de 16 076 €, avec intérêts capitalisés, doivent, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, être rejetées. Pour les mêmes motifs, les conclusions de l'Oniam tendant à la condamnation de la société Relyens à lui verser la pénalité prévue au cinquième alinéa de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ainsi que les frais d'expertise qu'il a pris en charge doivent également être rejetées.
III Les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Relyens enregistré sous le n° 1903267 est rejetée.
Article 2 : L'avis des sommes à payer n° 2018-2002 émis le 9 octobre 2018 est annulé.
Article 3 : La société Relyens est déchargée de l'obligation de payer la somme de 15 026 €.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Relyens Mutual Insurance et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le président rapporteur,
signé
N. TronelL'assesseure la plus ancienne,
signé
A. Allex
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 1903267, 1903663
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026