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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1904091

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1904091

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1904091
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantATHON-PEREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 15 juillet 2021, le tribunal, saisi d'une requête enregistrée le 6 août 2019 par M. D C représenté par le cabinet d'avocats Athon-Perrez a ordonné une expertise médicale.

Par ordonnances des 2 septembre 2021 et 18 février 2022 le président du tribunal a désigné respectivement le docteur E, en qualité d'experte et le docteur B en qualité de sapiteur.

Le rapport de l'experte a été enregistré le 7 juillet 2022.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la commune de Vitré à lui verser la somme de 26 875 € en réparation de ses préjudices, avec intérêts à compter de sa réclamation préalable et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vitré les frais de l'expertise.

3°) de mettre à la charge de la commune de Vitré la somme de 3 700 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses préjudices avant consolidation doivent être évalués comme suit :

*souffrances morales : 2 500 € ;

*préjudice esthétique : 3 000 € ;

*déficit fonctionnel temporaire : 1 875 € ;

- ses préjudices après consolidation doivent être évalués comme suit :

*préjudice esthétique : 3 500 € ;

*préjudice sexuel : 1 000 € ;

*déficit fonctionnel permanent : 15 000 € ;

- les frais d'expertise doivent être mis à la charge de la commune de Vitré.

Par un mémoire enregistré le 28 juillet 2022 la commune de Vitré représentée par la selarl Valadou-Josselin et associés confirme ses précédentes écritures.

Elle soutient que :

- les demandes au titre des souffrances morales et du préjudice esthétique qui sont surévaluées doivent être rejetées ;

- les sommes susceptibles d'être allouées au titre des autres préjudices ne sauraient être supérieures à : 14 350 € pour le déficit fonctionnel permanent ; 1850 € et 500 € pour les périodes de déficit fonctionnel temporaire.

Vu :

- l'ordonnance du 4 octobre 2021 par laquelle le président du tribunal a mis à la charge de M. C une allocation provisionnelle de 2 100 € à verser au docteur E à valoir sur le montant de ses honoraires ;

- l'ordonnance du 18 février 2022 par laquelle le président du tribunal a mis à la charge de M. C une allocation provisionnelle de 1 500 € à verser au docteur B à valoir sur le montant de ses honoraires ;

- l'ordonnance du 5 septembre 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Athon-Perez, représentant M. C et de Me Allaire, représentant la commune de Vitré.

Considérant ce qui suit :

1. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation des pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par l'accident de service, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font toutefois pas obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le lien de la pathologie avec le service :

2. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise réalisée par une spécialiste en psychiatrie, que la pathologie de M. C à l'origine du congé de longue durée dont l'imputabilité au service a été reconnue par la commune de Vitré, se manifeste d'une part par des troubles anxio-dépressifs avec symptômes somatiques justifiant un suivi médical et traitement un antidépresseur, anxiolytique et somnifère, modifié en 2017 ainsi qu'une prise en charge psychologique à compter du 8 décembre 2017, ces mesures thérapeutiques ayant permis la disparition de l'état dépressif, d'autre part, par des troubles anxio-phobiques persistants, responsables d'une cristallisation des symptômes de M. C alors que ceux-ci auraient dû s'atténuer et disparaître avec le temps. L'expert a indiqué que cette surcharge anxieuse, non simulée mais au contraire inconsciente et involontaire, constituait un indicateur de la sévérité des troubles anxieux de M. C, et a estimé que cette symptomatologie était en lien avec le service, la date de consolidation étant fixée au 1er janvier 2019. En revanche, l'experte, qui a recueilli l'avis d'un sapiteur ORL n'a pas retenu de lien entre les troubles auditifs présentés par M. C et sa pathologie anxio-dépressive imputable au service.

En ce qui concerne les préjudices avant consolidation :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

3. L'experte a évalué ce déficit à 20% du 22 mars 2017 au 22 mars 2018 puis à 15% à compter de cette date. M. C a fait part à l'experte de l'existence de pleurs la nuit, d'un manque d'énergie, de motivation et d'élan vital. Il a fait également état de sa fatigue et d'une absence de repères, le conduisant à dormir dans la journée et à se réveiller à plusieurs reprises la nuit. L'experte a indiqué que ses troubles anxio phobiques se manifestaient de façon variable sous la forme de crises d'angoisse avec manque d'air lorsque l'intéressé faisait ses courses, de craintes relatives en particulier à la reprise de son activité professionnelle et la peur de commettre une erreur à l'origine d'une électrocution. Compte tenu de ces éléments il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de M. C en l'évaluant à la somme de 2 300 €.

S'agissant des souffrances endurées :

4. Les souffrances psychiques ont été évaluées à 2,5 sur 7 par l'experte psychiatre. Compte tenu des éléments décrits au point précédent qui ont nécessité un traitement médicamenteux ainsi qu'un suivi par un psychiatre et un psychologue, il sera accordé à M. C la somme de 2 500 € à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

5. Il résulte de l'instruction que la gynécomastie bilatérale prédominant à gauche présentée par M. C depuis la fin de l'année 2017 fait partie des effets secondaires de son traitement antidépresseur. Le préjudice esthétique temporaire en résultant sera justement évalué à la somme de 800 €.

En ce qui concerne les préjudices après consolidation :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

6. L'experte l'a évalué à 10% compte tenu des troubles anxio-phobiques dont M. C reste atteint. Il sera fait une juste appréciation du préjudice en résultant pour M. C âgé de 49 ans à la date de consolidation de son état de santé, en l'évaluant à la somme de 15 000 €

S'agissant du préjudice sexuel :

7. Si M. C a évoqué devant l'experte psychiatre l'existence d'un préjudice sexuel caractérisé par un manque de libido et une absence de relations sexuelles, imputant ses troubles au traitement médicamenteux qui lui est prescrit, l'existence d'un lien direct et certain entre ces troubles et le traitement n'est pas suffisamment établi. En effet, l'experte, qui n'a pas retenu l'existence d'un tel préjudice, a indiqué d'une part que le manque de libido ne pouvait être considéré comme étant en lien avec le travail et que s'agissant des troubles dysfonctionnels, le rôle d'un conflit intraconjugal dans la survenance de ces troubles n'était pas négligeable estimant seulement, qu'il était " possible " que la médication soit pour partie responsable d'un trouble érectile. Dans ces conditions, la demande que présente M. C à ce titre doit être rejetée.

S'agissant du préjudice esthétique :

8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique définitif résultant de la gynécomastie présentée par M. C en l'évaluant à la somme de 1 200 €.

Sur les intérêts et la capitalisation :

9. M. C a droit aux intérêts sur la somme qui lui est due à compter du 19 avril 2019, date de réception par la commune de Vitré de sa réclamation préalable. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 19 avril 2020, date à laquelle ces intérêts sont dus au moins pour une année entière.

Sur les frais d'expertise :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vitré les frais d'expertise engagés dans le cadre de la présente instance, liquidés et taxés par l'ordonnance du 5 septembre 2022 à la somme totale de 3 600 €.

Sur les frais de procès non compris dans les dépens :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vitré la somme de 2 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par la commune de Vitré sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Vitré est condamnée à verser à M. C la somme de 21 800 € en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts à compter du 19 avril 2019 et ces intérêts seront capitalisés à compter du 19 avril 2020 pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 3 600 € sont mis à la charge définitive de la commune de Vitré.

Article 3 : La commune de Vitré versera à M. C la somme de 2 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Vitré sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la commune de Vitré.

Une copie sera adressée à l'experte Mme E.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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