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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1904632

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1904632

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1904632
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 septembre 2019 et le 6 décembre 2021, Mme C B, représentée par la SELARL Valadou-Josselin, demande au tribunal :

1°) à titre principal :

- d'annuler les titres exécutoires du 18 décembre 2015 pour des montants de 2 035,30 euros et 3 041,58 euros, ainsi que la décision du 12 juillet 2019 par lequel l'agent comptable du lycée Pierre Mendès France a rejeté son recours gracieux dirigé contre ces titres exécutoires ;

- de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces sommes ;

- de condamner le lycée Pierre Mendès France à lui restituer les sommes indument prélevées ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge partielle de cette obligation à hauteur de 3 245,67 euros et la ramener à la somme de 468,90 euros ;

3°) de mettre à la charge du lycée Pierre Mendès France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires sont insuffisamment motivés et n'indiquent pas les bases de la liquidation ;

- les créances sont infondées ;

- les créances faisant l'objet des titres exécutoires sont prescrites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2021, le proviseur du Lycée Pierre Mendès France de Rennes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués sont infondés ;

- les créances n'étaient pas prescrites.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Clairay, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa version applicable : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / Les deux premiers alinéas ne s'appliquent pas aux paiements ayant pour fondement une décision créatrice de droits prise en application d'une disposition réglementaire ayant fait l'objet d'une annulation contentieuse ou une décision créatrice de droits irrégulière relative à une nomination dans un grade lorsque ces paiements font pour cette raison l'objet d'une procédure de recouvrement ".

2. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Dans les deux hypothèses mentionnées au deuxième alinéa de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, la somme peut être répétée dans le délai de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales.

3. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. En application des dispositions de l'article 113 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable, l'action en recouvrement de telles créances de l'Etat n'est pas soumise à la prescription de quatre ans instituée par l'article L. 274 du livre de procédures fiscales mais relève du délai général de prescription quinquennale institué par l'article 2224 du code civil.

4. Il en résulte que tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.

5. Il résulte de l'instruction que l'agent comptable du Lycée Pierre Mendès France de Rennes a émis, à l'encontre de Mme B, assistante d'éducation dans cet établissement, deux titres de perception le 23 mars et le 9 octobre 2013 pour des montants de 2 035,30 euros et 3 041,58 euros correspondant à des trop-perçus sur salaire pour la période du 25 décembre 2012 au 27 juillet 2013. Si ces titres n'ont pas pu être notifiés à Mme B en l'absence d'une adresse valide, l'agent comptable du lycée lui a adressé un courrier de relance en date du 31 décembre 2013, ce que corrobore le courrier du 5 février 2014 par lequel Mme B a indiqué avoir reçu le 23 janvier 2014 un courrier l'informant de l'émission des titres de perception. Cette lettre a eu pour effet d'interrompre la prescription biennale et de faire courir la prescription quinquennale en application des dispositions de l'article 2224 du code civil. Par un courrier du 18 juillet 2014, l'agent comptable a confirmé le bien-fondé des titres de perception. Par un courrier du 17 septembre 2014, Mme B a demandé, en vain, un complément d'information sur les titres de perception. Le proviseur du Lycée Pierre Mendès France a, sur proposition de l'agent comptable, émis des états exécutoires le 18 décembre 2015 correspondant aux montants des titres de perception mais il résulte de l'instruction que l'huissier désigné pour les notifier à la dernière adresse connue de Mme B, n'a pu procéder à cette signification lors de son passage, le 11 mars 2016, à cette adresse où Mme B ne résidait plus. S'il n'est pas contesté que cette dernière n'a pas informé l'établissement de son changement d'adresse, postérieurement à la fin de son contrat au mois de décembre 2013, il est constant que ce dernier disposait durant cette période du numéro de téléphone ainsi que de l'adresse électronique de Mme B de sorte qu'il lui était possible, par ces canaux, de la contacter afin d'en obtenir l'adresse à laquelle lui notifier les titres exécutoires. Ainsi, alors qu'il n'est pas établi que Mme B a volontairement tenté de se soustraire à l'action en recouvrement des créances de l'établissement, cette action était prescrite lorsque, le 23 mai 2019, l'intéressée s'est vu signifier, par exploit d'huissier, un commandement de payer fondé sur les deux états exécutoires du 18 décembre 2015 non notifiés et portant sur des trop-perçus sur salaires mis en paiement plus de cinq ans auparavant. Mme B est, par suite, fondée à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes portées sur ces deux titres exécutoires.

6. En tout état de cause, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. / (). Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Les collectivités publiques ne peuvent mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elles se sont fondées pour déterminer le montant de la créance.

7. Il résulte de l'instruction que les états exécutoires émis le 18 décembre 2015 par le proviseur du Lycée Pierre Mendès France de Rennes, de montants respectivement de 2 035,30 euros et de 3 041,58 euros sont motivés par référence aux titres de perception n° 2188 et n° 2238 émis les 29 mars et 9 octobre 2013 par l'agent comptable de l'établissement et que si leurs montants coïncident avec ceux portés sur ces titres lesquels précisent que les créances ont pour origine des indus de traitement en raison du versement d'un plein traitement pour des périodes de congés de maladie ordinaire sur les périodes du 25 décembre 2012 au 24 janvier 2014, du 25 janvier au 23 février 2013 et du 6 mai au 27 juillet 2013, le détail du calcul, période par période, n'y figure pas de sorte que le débiteur ne pouvait être regardé, par sa seule lecture, comme dûment informé des bases de liquidation de ces créances. En outre, la production en cours d'instance des bulletins de salaires et d'un décompte de rappel des sommes en cause ne saurait suppléer à l'insuffisante motivation de ces titres qui ne font pas référence à ces documents et dont l'irrégularité justifie dès lors l'annulation.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation des états exécutoires émis le 18 décembre 2015 à son encontre et à obtenir décharge totale de l'obligation de payer la somme de 5 076,88 euros correspondant aux trop-perçus dont elle a été déclarée redevable.

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que soient restituées à Mme B, les sommes qui ont été, le cas échéant, recouvrées tant sur le fondement des états exécutoires du 18 décembre 2015 que des titres de perception des 23 mars et 9 octobre 2013. Il y a lieu d'impartir au Lycée Pierre Mendès France un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement afin de procéder à la restitution à Mme B des sommes effectivement prélevées à ce titre.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Lycée Pierre Mendès France le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est déchargée de l'obligation de payer les sommes de 2 035,30 euros et de 3 041,58 euros.

Article 2 : Les titres exécutoires du 18 décembre 2015 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au Lycée Pierre Mendès France de Rennes de reverser à Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les sommes qui ont été recouvrées conformément au point 9 du présent jugement.

Article 4 : Le Lycée Pierre Mendès France de Rennes versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au Lycée Pierre Mendès France de Rennes.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

C. A

Le président,

signé

E. Kolbert

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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