vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-1905675 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2019 et le 8 juin 2021, M. B C, représenté par Me Mascrier, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Vannes à lui verser la somme de 34 040 euros, assortie des intérêts de droit et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner la commune de Vannes de lui verser la somme de 900 euros au titre de la protection fonctionnelle ;
3°) d'enjoindre à la commune de Vannes de lui accorder la protection fonctionnelle et d'exécuter le jugement dans un délai d'un mois à compter de sa notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Vannes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sur la responsabilité :
- à titre principal en ce qui concerne la responsabilité pour faute :
- il est victime de harcèlement moral en raison de la diminution sensible de ses fonctions, de sa perte de rémunération et des agissements qu'il estime avoir subis ;
- la commune de Vannes aurait dû lui accorder la protection fonctionnelle ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu d'engager la responsabilité sans faute de la commune ;
- sur les préjudices : préjudice moral : 20 000 euros ; préjudice financier : 14 040 euros ;
- ces sommes porteront intérêts à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable le 26 août 2019 et seront capitalisées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2020, la commune de Vannes, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que aucune faute ne lui est imputable.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Mascrier, représentant M. C, et celles de Me Couetoux du Tertre, représentant la commune de Vannes.
Considérant ce qui suit :
1. M. C exerce les fonctions de responsable technique des projets culturels pour la commune de Vannes depuis le 21 novembre 2012. Par un courrier en date du 22 août 2019 et reçu le 26 août 2019, M. C a adressé à la commune de Vannes une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Par un courrier du 16 septembre 2019, reçu le 19 septembre 2019, la commune de Vannes a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner la commune de Vannes à l'indemniser.
Sur la responsabilité :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation des pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par l'accident de service, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font toutefois pas obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
4. Il résulte de l'instruction que M. C aurait subi une diminution drastique de ses fonctions en raison de son changement d'affectation d'un poste de responsable technique des projets culturels au poste de technicien au palais des arts et des congrès (PAC) pour lequel il a fait l'objet d'une affectation temporaire qui a été définitivement confirmée à compter du 1er septembre 2014 sans saisine de la CAP ni recueil de son avis. Il résulte toutefois de l'instruction que, contrairement à ce qu'indique M. C qui soutient avoir été victime d'une sanction déguisée, cette affectation a été motivée d'une part par les travaux en cours sur l'hôtel de Limure, lieu d'affectation initial de M. C et, d'autre part, par la vacance d'un poste au PAC en raison de l'indisponibilité temporaire d'un agent qui n'a pu, par la suite, réintégrer son poste. De plus, M. C ne démontre pas avoir sollicité auprès de la commune de Vannes un changement d'affectation. En outre, M. C aurait subi une importante diminution de sa rémunération en raison de son exclusion de la programmation culturelle de la commune de Vannes. Il résulte toutefois de l'instruction que la diminution en cause est notamment justifiée par le souhait de M. C, qu'il ne conteste pas, de ne plus réaliser d'heures supplémentaires en raison de son état de santé. Au demeurant, M. C ne démontre pas la réalité de la perte de rémunération. Par ailleurs, si M. C soutient avoir été victime de dénonciation calomnieuse lors de la survenue d'un délit au PAC, qui participerait ainsi d'une volonté de le dénigrer, il résulte de l'instruction qu'il a été interrogé dans le cadre de l'enquête pénale et ne démontre pas faire l'objet d'un comportement calomnieux ou dénonciateur de la part des agents de la commune de Vannes. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à justifier l'allégation selon laquelle il aurait été sollicité sur sa messagerie personnelle en dehors de ses heures de travail. Enfin, il résulte de l'instruction que M. C a subi une dégradation de son état de santé qui a été reconnue imputable au service par plusieurs arrêtés du maire de la commune de Vannes. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. C a fait l'objet d'une visite médicale le 15 septembre 2014 puis le 16 février 2017 qui ont conclu à son aptitude au poste d'agent technique au PAC et que la commune lui a proposé l'assistance d'un psychologue du travail. De plus, si M. C indique que la commune était au courant de son état de santé, il ne démontre pas avoir effectué des démarches particulières auprès de celle-ci afin qu'elle tire les conséquences de la dégradation de son état de santé et procède notamment à un changement d'affectation. Il résulte de ce qui précède que les éléments invoqués par M. C ne sont pas de nature à faire naître une présomption de harcèlement moral.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Il résulte de ces dispositions que des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent publique qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 précitée contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C ne démontre pas avoir été victime de faits de harcèlement moral. Ainsi, la commune de Vannes n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en rejetant la demande de protection fonctionnelle présentée par M. C. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires présentées à ce titre.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
7. Il résulte de l'instruction que la commune de Vannes a, par plusieurs arrêtés du 5 février, 14 juin et 14 décembre 2016, du 16 mars 2017, du 15 janvier et du 20 septembre 2018, reconnu imputable au service les accidents dont a été victime M. C.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'engager la responsabilité sans faute de la commune de Vannes dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ainsi qu'il a été dit aux point 2, peuvent être indemnisés ses préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ceux réparés par le forfait de pension, ainsi que ses préjudices personnels.
Sur les préjudices :
9. En premier lieu, si M. C demande le versement d'une somme de 14 040 euros au titre d'un préjudice financier, qui ne peut toutefois, ainsi que cela a été exposé au point précédente, être réparé au titre la seule responsabilité sans faute de la commune.
10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation de la souffrance morale et physique subie par M. C en raison de ses différents accidents de service en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les intérêts et la capitalisation :
12. M. C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 26 août 2019, date de réception par la commune de Vannes de sa demande indemnitaire. Il a en outre demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête introductive du 21 octobre 2020. Par suite, les intérêts échus à compter du 26 août 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vannes la somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Vannes est condamnée à verser à M. C la somme de 3 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 août 2019. Ces intérêts seront capitalisés à la date du 26 août 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Vannes versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Vannes.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. A
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026