vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-1905906 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 15 novembre et le 26 décembre 2019, le 11 février 2020 et le 16 février 2021, M. C B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Brest à lui verser la somme de 60 000 euros au titre des conséquences de sa prise en charge.
Il soutient que :
- il a été victime d'un abus de faiblesse et d'une opération abusive ;
- l'opération n'a pas été conforme aux règles de l'art ;
- son préjudice total s'élève à 60 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2021, le CHU de Brest, représenté par Me Maillard, conclut au rejet de la requête et des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne contient l'exposé d'aucun fait ni moyens ;
- l'intervention de la CPAM d'Ille-et-Vilaine est irrecevable par voie de conséquence en raison de l'irrecevabilité de la requête ;
- l'intervention de la CPAM d'Ille-et-Vilaine est irrecevable dès lors qu'aucune délégation de signature n'est produite ;
- aucune faute ne lui est imputable.
Par des mémoires en intervention, enregistrés le 7 mai 2020 et le 19 février 2021, la CPAM d'Ille-et-Vilaine s'en remet à la sagesse du tribunal quant à la responsabilité du CHU de Brest lors de la prise en charge de M. B ainsi qu'à la nécessité d'une mesure d'expertise.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Maillard, représentant le CHU de Brest.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été pris en charge au CHU de Brest le 23 novembre 2007 en raison d'une hernie discale C6-C7. Par un courrier daté du 9 mai 2019, M. B a adressé au CHU de Brest une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a été rejetée par une décision du 4 novembre 2019. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le CHU de Brest à l'indemniser des conséquences dommageables de sa prise en charge par cet établissement.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. / Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement. Le suivi du malade reste cependant assuré par le médecin, notamment son accompagnement palliatif. ". Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été pris en charge par le CHU de Brest en raison de cervicalgies et de douleurs au poignet droit causées par les vibrations chroniques subies dans le cadre de son activité professionnelle de maçon. A la suite de la réalisation d'un scanner ayant mis en évidence une hernie discale C6-C7 droite, M. B a fait l'objet d'une intervention chirurgicale le 23 novembre 2007 au CHU de Brest. Il résulte de l'instruction que cette opération a été décidée en raison de l'impossibilité de procéder à un traitement par anti-inflammatoire en raison d'antécédents de perforation d'ulcère. M. B n'apporte aucun élément de nature à contester ce point et reconnaît dans ses écritures avoir consenti à l'intervention chirurgicale. A ce titre, M. B ne saurait utilement invoquer la commission par le CHU de Brest d'un abus de faiblesse. Dans ces conditions, le CHU de Brest n'a pas commis de faute en procédant à l'intervention chirurgicale en méconnaissance d'une alternative thérapeutique et n'a pas méconnu le consentement de M. B.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'il n'existait pas d'alternative thérapeutique à l'opération réalisée compte tenu, comme il a été précédemment exposé, des antécédents de perforation d'ulcère du requérant. En outre, si un compte-rendu de radiographie du rachis cervical rédigé le 12 octobre 2018 a révélé que M. B souffre d'une ostéosynthèse aux cervicales C6-C7 avec rupture de la vis supérieure en tiers moyens en segment intravertébral, il n'est pas possible, sans précision sur la date à laquelle la rupture de la vis est intervenue, de relier celle-ci à l'opération réalisée le 23 novembre 2017. Dans ces conditions, aucun élément n'est de nature à démontrer l'existence d'une faute technique ou d'un manquement aux règles de l'art de nature à engager la responsabilité du CHU de Brest.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Brest, les conclusions M. B tendant à la condamnation du CHU de Brest doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en intervention de la CPAM d'Ille-et-Vilaine.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et les conclusions en intervention de la CPAM d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au centre hospitalier universitaire de Brest et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. A
Le président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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