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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1906060

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1906060

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1906060
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BRETLIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires en réplique, enregistrés respectivement les 5 décembre 2019, 22 janvier 2021, 9 mars 2021, 27 septembre 2021 et 25 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Sédiment Isotope Origine (SEDISOR), représentée par Me Peters, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, le remboursement d'une créance de crédit d'impôt " recherche " d'un montant de 44 755 euros au titre de l'année 2018 ;

2°) à titre subsidiaire, que soit ordonnée, avant-dire droit une expertise afin de déterminer le temps de travail consacré à la recherche ;

3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL SEDISOR soutient que :

- elle est éligible au crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts en raison des études qu'elle a menées sur la marge volcanique de Namibie et sa marge homologue Uruguay-Sud Est Brésil ; la somme perçue de la SAS Total EetP Recherche développement a été déduite des dépenses éligibles ; elle justifie du temps consacré par M. B et sa gérante aux opérations de recherche ; le montant net des dépenses de recherche s'élève à 149 183 euros.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés respectivement les 21 avril 2020, 1er mars 2021, 12 mars 2021 et 23 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SARL SEDISOR n'est fondé.

Un mémoire produit par la SARL SEDISOR, enregistré le 16 juin 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Peters, avocat de la SARL SEDISOR et de Mme C, gérante de la SARL SEDISOR.

Une note en délibéré produite pour la SARL SEDISOR a été enregistrée le 24 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Sédiment Isotope Origine (SEDISOR) exerce une activité d'ingénierie et d'étude technique en géochimie élémentaire et isotopique à destination du secteur privé et du secteur académique, notamment sous la forme de prestations de service ou de collaborations de recherche. Le 27 avril 2018, la SARL SEDISOR a déposé un rescrit tendant à l'obtention du statut de jeune entreprise universitaire. Cette demande a été rejetée, le 6 septembre 2018, par la direction départementale des finances publiques, après un avis défavorable de la direction régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne, au motif que les activités exercées ne constituaient pas des travaux de recherche éligibles à ce statut. Le 10 mai 2019, la SARL SEDISOR a déposé une demande de remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche d'un montant de 52 498 euros au titre de l'année 2018. Cette demande a été rejetée par une décision du 30 septembre 2019. Dans le cadre de la présente instance, la SARL SEDISOR réitère cette demande de remboursement, mais l'a ramenée à un montant de 44 755 euros. Elle se prévaut notamment des conclusions d'une expertise réalisée à sa demande par un expert de la direction régionale à la recherche et à la technologie de Bretagne figurant dans un rapport daté du 9 octobre 2020.

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 sexdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. Le taux du crédit d'impôt est de 30 % pour la fraction des dépenses de recherche inférieure ou égale à 100 millions d'euros et de 5 % pour la fraction des dépenses de recherche supérieure à ce montant. Le premier de ces deux taux est porté à 50 % pour les dépenses de recherche exposées à compter du 1er janvier 2015 dans des exploitations situées dans un département d'outre-mer. Pour les dépenses mentionnées au k du II, le taux du crédit d'impôt est de 20 %. () / II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / a) Les dotations aux amortissements des immobilisations, créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de recherche scientifique et technique, y compris la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou d'installations pilotes. Toutefois, les dotations aux amortissements des immeubles acquis ou achevés avant le 1er janvier 1991 ainsi que celles des immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1991 ne sont pas prises en compte ; / () / b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente ; / () /. c) les autres dépenses de fonctionnement exposées dans les mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au a et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées à la première phrase du b et au b bis ; / d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions () / j) Les dépenses de veille technologique exposées lors de la réalisation d'opérations de recherche, dans la limite de 60 000 € par an. () / III. - Les subventions publiques reçues par les entreprises à raison des opérations ouvrant droit au crédit d'impôt sont déduites des bases de calcul de ce crédit, qu'elles soient définitivement acquises par elles ou remboursables. Il en est de même des sommes reçues par les entreprises, organismes ou experts mentionnés au d, au d bis ou au 6° du k du II, pour le calcul de leur propre crédit d'impôt. ()".

3. Il résulte de ces dispositions que les sommes reçues par les organismes de recherche privés agréés mentionnés au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts pour la réalisation d'opérations de recherche qui leur sont confiées par des entreprises entrant elles-mêmes dans le champ des bénéficiaires du crédit d'impôt recherche constituent, pour ces entreprises donneuses d'ordre, des dépenses éligibles à ce crédit. S'agissant des organismes de recherche sous-traitants, ils ne peuvent inclure les dépenses exposées pour réaliser de telles opérations dans la base de calcul de leur crédit d'impôt recherche. En revanche, lorsqu'un tel organisme engage des dépenses de recherche pour son propre compte, y compris dans l'hypothèse où elles sont suscitées par l'exécution de prestations pour le compte d'un tiers dont l'objet ne porte pas sur la réalisation d'opérations de recherche, cet organisme peut inclure ces dépenses dans la base de calcul de son crédit d'impôt si elles satisfont aux exigences posées par l'article 244 quater B du code général des impôts, sans que ces dispositions ne lui imposent de déduire de cette assiette les sommes facturées au bénéficiaire des prestations, qui ne constituent pas, pour ce dernier, des dépenses éligibles à ce crédit d'impôt.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, de constater qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par ces dispositions et d'apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt en faveur de la recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations et, notamment, d'examiner si les opérations de développement expérimental en cause présentent un caractère de nouveauté au sens de l'article 49 septies F précité de l'annexe III au code général des impôts.

5. Il résulte de l'instruction que la SARL SEDISOR, qui était titulaire au titre des années 2016 à 2018 de l'agrément ministériel prévu par les dispositions du d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts, a initialement sollicité le remboursement d'une créance de crédit d'impôt, d'un montant de 52 498 euros, sur le fondement de cet article, à raison des dépenses de recherche qu'elle soutenait avoir exposées, en 2018, dans le cadre, d'une part, d'un projet d'études relatif à la marge volcanique de Namibie et à sa marge homologue Uruguay-Sud Est Brésil réalisés principalement par M. B et, d'autre part, d'un projet d'études sur le magmatisme de la marge Mozambicaine, réalisé par sa gérante, Mme C. Après réception du rapport d'expertise du 19 octobre 2020, la SARL SEDISOR a renoncé à sa demande s'agissant du second projet et a ramené le montant de la créance de crédit d'impôt dont elle sollicite le remboursement à 44 755 euros. Ce rapport d'expertise confirme la qualification de travaux de recherche revendiquée par la société requérante, tout en établissant un lien exclusif entre les travaux réalisés dans le cadre du premier projet et le contrat de collaboration, signé par la société requérante le 23 juillet 2018 avec la SAS Total EetP Recherche développement, entré en vigueur dès le 1er juin 2018. L'expert écarte, par suite, de l'assiette du crédit d'impôt recherche les dépenses antérieures à cette date, qu'il présente comme correspondant à des travaux de recherche bibliographique et s'interroge sur la possibilité que les travaux de recherche aient été effectués dans le cadre de prestations de service et non par la société pour son propre compte. Par la suite, et notamment à l'audience, la SARL SEDISOR a admis ne pas être éligible au crédit d'impôt recherche au titre des travaux visés par le contrat de collaboration, tout en faisant valoir que les travaux de recherche, qu'elle a réalisés en 2018, ne se sont pas limités aux travaux prévus par ce contrat, qui, selon elle, ne concernent que la côte namibienne. Elle soutient que, si la côte sud-américaine est mentionnée dans ce contrat, c'est uniquement en raison de la mise à sa disposition par le groupe Total de profils sismiques de la marge Uruguay-Sud Est Brésil, lui permettant de mener ses propres études. La société requérante fait également valoir qu'afin d'écarter de l'assiette du crédit d'impôt recherche les travaux de recherche réalisés pour le compte de Total, elle a déduit des dépenses de recherche, dont elle se prévaut, la somme de 18 000 euros perçue de la SAS Total EetP Recherche développement en 2018 en application du contrat de collaboration.

6. Toutefois, les stipulations du contrat de collaboration produit ne corroborent pas la présentation qui en faite par la société requérante. Elles confient à la SARL SEDISOR, conjointement à l'Université de Bretagne occidentale, des travaux d'études relatifs à la marge volcanique de Namibie et à sa marge homologue Uruguay-Sud Est Brésil, ainsi qu'aux rides de Walvis et du Rio Grande, devant porter sur l'impact du magmatisme sur le développement spatial et temporel de la rupture lithosphérique et sur l'état thermique et le comportement mécanique de la marge au cours du rifting, de la " break-up " et de la subsidence. Si ce contrat prévoit au point 7.4 la communication par Total de données géologiques et sismiques relatives aux zones Brésil/Uruguay, en précisant qu'elles ne peuvent être consultées qu'au centre scientifique et technique de Total à Pau, cette communication est présentée comme effectuée pour la réalisation des travaux en coopération. Or, ces travaux concernent aussi bien la marge namibienne que la marge uruguayenne, ainsi que le confirme l'attestation de recherche délivrée par la société Total, le 28 novembre 2019, et produite par la société requérante. Par ailleurs, la somme de 18 000 euros n'apparaît pas dans ce contrat comme une participation financière aux seules études relatives à la côte namibienne, mais comme une fraction, versée dès la signature du contrat, de la participation financière de Total, qui présente un caractère forfaitaire et global. Les feuilles de saisie mensuelle produites par la société requérante font apparaître, quant à elles, des travaux d'interprétation et d'appariement des profils sismiques uruguayen réalisés dès le mois de janvier 2018 et des déplacements au centre de recherche de Total à Pau effectués dès le 20 mars 2018, soit antérieurement à la date d'entrée en vigueur du contrat de collaboration produit, sans que la société ait précisé les modalités d'accès à ces données à cette date. Ces mêmes feuilles n'opèrent, hormis pour le mois de janvier 2018, aucune ventilation du temps de travail de M. B entre la marge namibienne et la marge Uruguay/Sud-Est Brésil et n'identifient pas davantage le temps de travail consacré aux études réalisées en exécution du contrat de collaboration signé avec Total. Dès lors, la SARL SEDISOR qui admet ne pas être éligible au crédit d'impôt recherche pour les travaux de recherche réalisés pour le compte de Total en 2018, ne délimite pas précisément le contour des travaux de recherche qu'elle aurait réalisés pour son propre compte. Par ailleurs, si la SARL SEDISOR a, en cours d'instance, ramené de 52 498 euros à 44 755 euros le montant de la créance de crédit d'impôt dont elle demande le remboursement, l'écart entre ces deux sommes résulte uniquement de la déduction de la somme de 18 000 euros perçue de Total et de l'abandon de la partie de la demande initiale correspondant au projet de recherche relatif à la côte mozambicaine et non de la déduction des dépenses exposées dans le cadre des recherches effectuées pour le compte de Total. Or, à supposer que la SARL SEDISOR ait travaillé, en 2018, sur un projet de recherche pour son propre compte, il lui appartenait, pour demander utilement le bénéfice des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, d'identifier et de chiffrer les seules dépenses de recherche relatives à ce projet et non de déduire de la totalité de ses dépenses de recherche la participation financière de la SAS Total EetP Recherche développement. Par suite, la société requérante ne peut être regardée comme identifiant les dépenses de recherche au titre desquelles elle revendique le bénéfice du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater B du code général des impôts.

7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il y ait lieu d'ordonner une nouvelle expertise que les conclusions de la requête de la SARL SEDISOR tendant au remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la SARL SEDISOR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Sédiment isotope origine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sédiment Isotope Origine et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

E. ALe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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