vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2000021 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS SIMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 janvier, 29 juin et 21 septembre 2020, 14 janvier, 15 juin et 16 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Canonville, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le Centre Hospitalier du Centre Bretagne (CHCB) et son assureur, la société Newline Insurance Company, à lui verser, la somme de 85 722,40 € en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du CHCB et de la société Newline Insurance Company Limited la somme de 3.928,56 € au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;
3°) de majorer les sommes précitées des intérêts au taux de rémunération net de frais de gestion et de constitutions sociales au 31 décembre de chaque année de son contrat PREDISSIME 9 VI (ou au taux annuel réglementaire du livret A), à compter du 3 février 2017, date du premier manquement fautif, avec capitalisation au 31 décembre de chaque année, à compter du 31 décembre 2017, et jusqu'à parfaite exécution de toute décision à intervenir ;
4°) de majorer les sommes précitées, intérêts compris, des intérêts au taux légal à compter du 25 novembre 2019, date de réception de la demande indemnitaire chiffrée de par le CHCB, et de majorer ce taux de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où toute décision de justice à intervenir deviendra exécutoire, et jusqu'à parfaite exécution de toute décision à intervenir, et capitalisation de ces intérêts à compter du 24 novembre 2020, date à laquelle ils seront dus pour une année entière, et jusqu'à parfaite exécution de toute décision à intervenir ;
5°) déclarer le jugement à intervenir commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Morbihan.
Il soutient que :
- le CHCB a commis plusieurs fautes lors de la prise en charge de C, décédée le 11 décembre 2017, tenant à un retard diagnostique et thérapeutique, à des dysfonctionnements dans l'organisation du service de radiologie et des modalités de sa surveillance par les infirmières ;
- ces retards constituent des fautes de nature à engager la responsabilité du CHCB sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- les préjudices qu'il a subis à raison de ces fautes peuvent être évalués comme suit, après application du taux de perte de chance de 95 % d'éviter la survenue des complications ayant entraîné le décès de C :
* dépenses de santé : 6 129,34 € ;
* frais de déplacements : 15 607,62 €
* frais funéraires : 5 334 €
* frais de copie : 156,88 €
* frais d'hôtellerie : 2 059,95 €
* frais de restauration : 623,72 €
* préjudice d'accompagnement : 19 000 €
* préjudice d'affection : 28 500 €
* souffrances endurées : 9 500 €
* à titre subsidiaire, un préjudice moral de 57 000 € si le tribunal englobe sous un même chef de préjudice le préjudice d'affection, le préjudice d'accompagnement et les souffrances endurées.
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 mai 2020, 18 janvier et 10 juin 2021, le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company, intervenant en lieu et place de la société Newline, représentée par Me Tamburini-Bonnefoy, concluent :
1°) à titre principal, à ce que le tribunal ordonne une expertise avant-dire droit étendue aux centre hospitalier Bretagne Sud (CHBS), au centre hospitalier centre Bretagne (CHCB), au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Rennes et la confier à un collège d'experts composé d'un expert urgentiste et d'un expert en chirurgie digestive ;
2°) à titre subsidiaire, à la réévaluation du taux de perte de chance et à la réduction à de plus justes proportions des demandes indemnitaires de M. B, à la fixation, après application d'un taux de perte de chance de 50%, aux sommes de 234 738,13 € et 8 782,99 € les montants dus respectivement à la CPAM du Morbihan et à la mutuelle Adrea ;
3°) au rejet des conclusions tendant à ce que la condamnation soit assortie des intérêts au taux annuel réglementaire du livret A ;
4°) au rejet des conclusions présentées à leur encontre par l'association Œuvres augustines Saint-Yves et le CHRU de Rennes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- une expertise complémentaire est nécessaire en raison de l'incomplétude de celle versée à l'instance ;
- subsidiairement, le taux de chance doit être réévalué au plus à 50 % ;
- les préjudices de M. B doivent être rejetés ou réévalués à la baisse ;
- les créances de la CPAM et de la mutuelle Adrea doivent être réévaluées à la baisse.
Par des mémoires enregistrés les 28 mai 2020 et 13 janvier 2021, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Birot, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause et au rejet de la demande d'expertise sollicitée par le CHCB.
Il fait valoir qu'en présence d'une faute à l'origine du dommage, aucune indemnisation ne peut être mise à sa charge au titre de la solidarité nationale.
Par des mémoires enregistrés les 25 juin 2020 et 19 février 2021, la CPAM du Morbihan demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le CHCB et son assureur à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 571 852.62 €, assortie des intérêts au taux légal à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du CHCB et de son assureur la somme de 500 € au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, lorsque la responsabilité du CH est établie comme en l'espèce, elle peut demander le remboursement des prestations qu'elle a été amenée à servir en réparation du dommage corporel occasionné, ainsi que le paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par un mémoire enregistré le 29 juin 2020, la mutuelle Adrea Mutuelle informe le tribunal que le montant des prestations servies à C s'élève à 17 624,47 € sur la période allant du 3 février au 11 décembre 2017.
Par des mémoires enregistrés les 11 mars et 2 août 2021, l'association Œuvres augustines Saint-Yves, exploitant la clinique Saint-Yves, représentée par la société d'avocats ABC, demande au tribunal :
1°) de rejeter la demande d'expertise du CHCB ;
2°) de mettre à la charge du CHCB la somme de 3 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que le rapport d'expertise initial est précis et circonstancié et qu'il n'y a aucune utilité à ordonner une nouvelle expertise où elle serait convoquée.
Par des mémoires enregistrés les 3 mai et 29 juin 2021, le CHBS, représenté par Me Maillard, conclut au rejet de toutes les demandes du CHCB et de son assureur.
Par des mémoires enregistrés les 10 mai 2021, le CHRU de Rennes, représenté par Me Chainay, conclut :
1°) au rejet de toutes les demandes du CHCB et de son assureur ;
2°) à ce que soit mise à la charge du CHCB et de son assureur la somme de 3 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Canonville pour M. B, de Me Belbeoc'h pour le CHCB et la société Newline Insurance Company Limited, de Me Gasmi pour le GHBS, de Me Girault pour le CHRU de Rennes et deMe Montant pour l'association Œuvres augustines Saint-Yves.
Considérant ce qui suit :
I Les faits :
1. Le 3 février 2017, C, née en 1948, a ressenti de vives douleurs abdominales. Elle a été prise en charge par le service des urgences du CHCB qui a diagnostiqué, au regard des symptômes présentés, une gastroentérite aigüe virale, sans complications. C a été autorisée à quitter l'hôpital dans la nuit du 4 février avec une prescription de traitement symptomatique comportant du Spasfon(r), du Doliprane(r), du Debridat(r) et du Vogalene(r). Les douleurs persistant, C a consulté son médecin traitant le 7 février 2017 qui l'a adressée au service de consultation de gastro-entérologie du CHCB pour une suspicion de syndrome sub-occlusif. Ce service a prescrit la réalisation d'un scanner abdomino-pelvien dès le lendemain. De retour à son domicile, son état se dégradant, elle a de nouveau consulté son médecin traitant le 8 février qui l'a adressée au service des urgences du CHCB. Un diagnostic d'occlusion a été posé avec une opération prévue le lendemain. Dans la nuit du 8 au 9 février 2017, vers 3h30, l'état de santé de C s'est brutalement dégradé. Elle a été opérée le 9 février vers 6h30. Le compte-rendu opératoire évoque un " état de choc hypovolémique et probablement septique - Bride relativement serrée au niveau du grêle terminal ". C a été transférée le 9 février au service de réanimation du CHBS, où un scanner thoraco-abdomino-pelvien a révélé la persistance d'une occlusion significative du grêle et un aspect hétérogène du foie. Il a alors été décidé de pratiquer une nouvelle intervention chirurgicale dans la nuit du 9 au 10 février, qui a permis de constater une nécrose de l'ensemble de l'intestin grêle et du bas-fond du caecum, qui a nécessité une résection intestinale complémentaire laissant 60 cm de grêle proximal, une iléostomie terminale et une colostomie. L'examen anatomo-pathologique de la résection intestinale a conclu à une " nécrose ischémique, limitée à la muqueuse, la sous-muqueuse et les plans pariétaux étant le siège d'une importante congestion vasculaire, accompagnée de suffusions hémorragiques ". L'évolution ultérieure de C a été notamment marquée par la régression lente de la défaillance cardio-circulatoire, par un état dépressif, par une polyneuromyopathie grave associée à une asthénie profonde, une nécrose distale des orteils, de plusieurs infections à citrobacter koseri, à escherichia coli, à enterococcus faecalis, à staphylococcus epidermis et à staphylococcus aureus, une hémorragie digestive nécessitant une intervention chirurgicale le 9 mars où une résection complémentaire de 30 cm de l'intestin grêle a été pratiquée, par plusieurs troubles du rythme cardiaque, par des difficultés respiratoires ayant nécessité une ventilation assistée puis une trachéotomie pratiquée le 23 mars 2017 jusqu'au 8 juin 2017, par la persistance d'une défaillance hépatique avec fibrose centro-lobulaire et cholangite sclérosante et par la découverte le 1er juin 2017, d'une angiodysplasie du troisième duodénum, hémorragique, traitée par la pose d'un clip. Du 3 au 10 juillet 2017, C a été transférée dans le service de diabétologie-nutrition au sein duquel la prise en charge nutritionnelle a été poursuivie, outre la réalisation de séances d'épuration extra-rénale et la poursuite du traitement antidépresseur. Du 10 juillet au 4 octobre 2017, elle a été prise en charge dans le service de réadaptation digestive de la Clinique Saint-Yves à Rennes où elle a bénéficié d'une alimentation parentérale, d'une dyalise rénale, d'administration d'érythropoïétine, de séance de kinésithérapie respiratoire et du traitement de sa dépression. Dans la nuit du 3 au 4 octobre 2017, elle a présenté une détresse respiratoire fébrile, associée à une désaturation en oxygène et une hypotension nécessitant son hospitalisation en réanimation médicale au CHRU de Rennes, où a été diagnostiqué un choc septique " à point de départ pulmonaire sur pneumopathie infectieuse des deux bases, associés à une anémie aigüe d'origine hémorragique digestive ". Le 6 octobre 2017, elle a présenté une défaillance neurologique avec désaturation suivie d'un choc septique à staphylococcus aureus méti-sensible. L'insuffisance rénale s'est intensifiée et les saignements digestifs ont repris. C a été transférée dans le service d'hépato-gastrologie du CHRU pour saignements digestifs à répétition le 19 octobre 2017 où les transfusions sanguines, l'épuration extra-rénale, l'alimentation par voie parentérale et la kinésithérapie respiratoire ont été poursuivies. L'état de santé de C connaît de nouvelles complications, notamment un choc septique sur pneumopathie nosocomiale à Klebsiella oxytoca, une hémorragie par récidive du saignement digestif, des troubles métaboliques majeurs et des troubles de la conscience, complications réfractaires aux traitements mis en œuvre. C est décédée le 11 décembre 2017. M. B, concubin de C, demande au tribunal de condamner le CHCB à réparer les préjudices qu'il a subis à titre personnel en lien avec le décès de sa compagne.
II Le cadre juridique :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
3. D'une part, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des coauteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre coauteur.
4. D'autre part le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
III La responsabilité du CHCB :
5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que la symptomatologie présentée par C lors de son admission au services des urgences du CHCB le 3 février 2017, à savoir des douleurs abdominales soudaines et vives, l'absence de vomissements, de diarrhée et de fièvre, évoquaient une gastroentérite mais également une affection chirurgicale. Si le CHCB relève qu'en pratique, en s'appuyant sur l'analyse de son médecin-expert, la symptomatologie présentée par C pouvait parfaitement correspondre à une gastroentérite et que le fonctionnement habituel des services des urgences rend impossible une pratique systématique du scanner et des appels incessants à des spécialistes, il ne remet pas en cause l'appréciation des experts indiquant que dans le cas précis de C, une affection chirurgicale devait également être envisagée, impliquant des examens complémentaires qui n'ont pas été, en l'espèce, effectués. En outre, il est constant que lors de la nouvelle prise en charge de C par le CHCB le 8 février 2017, aucune preuve de surveillance de la patiente n'est apportée, jusqu'à ce que son état soit reconnu comme critique à 3h30 du matin, le médecin expert du CHCB admettant que l'absence de surveillance dans la nuit du 8 au 9 février a joué un rôle " délétère " dans la survenance de l'ischémie mésentérique gravissime chez C. Il résulte de ce qui précède que le CHCB a, d'abord, effectué un diagnostic incomplet au regard de la symptomatologie présentée par C, puis, ensuite, l'a insuffisamment surveillée. La prise en charge de C au sein du CHCB présente donc un caractère fautif.
6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le retard de diagnostic et le défaut de surveillance de C lui ont fait perdre une chance d'éviter l'ischémie mésentérique aigüe et les complications qui en ont découlé. Par suite, la réparation qui incombe à l'établissement public hospitalier doit être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue, évaluée à 95 % selon le rapport d'expertise. Le CHCB conteste ce taux de perte de chance en faisant valoir que le décès de C peut avoir d'autres causes liées à ses conditions d'hospitalisation dans les autres établissements hospitaliers où elle a été admise et sollicite une expertise complémentaire étendues à tous les établissements concernés. Mais en vertu du principe exposé au point 3, le CHCB ne peut s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant d'éventuelles fautes commises par d'autres personnes, dès lors que les fautes qui lui sont imputables portaient en elles les dommages subis par C, y compris son décès.
7. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que le CHCB engage sa responsabilité pour faute et doit être condamné à réparer, après application du taux de perte de chance, l'intégralité du préjudice subi par M. B à raison du décès de sa compagne, d'autre part, que les conditions de l'engagement de la solidarité nationale n'étant pas remplies, l'ONIAM doit être mis hors de cause et enfin, qu'il n'y a pas lieu faire droit aux conclusions présentées à titre principal par le CHCB tendant au prononcé d'une nouvelle expertise médicale étendue au CHRU de Rennes et à l'association Œuvres augustines Saint-Yves.
IV Les préjudices :
IV.1 Les frais divers :
IV.1.1 Les dépenses de santé :
8. Il résulte de l'instruction et notamment des attestations d'une psychologue clinicienne des 26 juin 2019 et 20 mai 2021, que M. B souffre de troubles psychopathologiques, en raison de ses difficultés à supporter la disparition de C compte des conditions aversives dans lesquelles elle s'est produite. Les frais de suivi psychologique de M. B sont donc en lien avec la disparition de C et peuvent être indemnisés au titre des frais divers engagés par le requérant. M. B justifie, à la date du présent jugement, avoir acquitté au titre de ces frais la somme totale de 631,13 €, déduction faite des remboursements de sa mutuelle. Il y a donc lieu de mettre à la charge solidaire du CHCB et de la société Lloyd's Insurance, après application du taux de perte de chance, la somme de 600 €. Pour les frais futurs et compte tenu de la fréquence des consultations telle qu'elle ressort des attestations et factures produites, le CHCB et la société Lloyd's Insurance sont solidairement condamnés à verser une indemnisation à M. B liée à son suivi psychologique, sur présentation des notes d'honoraires, dans une limite de 6 consultations par an, déduction faite de l'éventuelle prise en charge d'une partie de ceux-ci par sa mutuelle, cette somme devant être affectée du taux de perte de chance de 95 %.
9. La CPAM du Morbihan produit un état de ses débours ventilés selon la nature des frais engagés (frais hospitaliers et frais de transport) dont l'imputabilité aux soins prodigués à C à raison de l'ischémie mésentérique aigüe est attestée par le médecin-conseil de l'assurance maladie. Ces débours s'élèvent à 601 950,13 €, dont 571 853 € à la charge solidaire du CHCB et de son assureur après application du taux de perte de chance.
IV.1.2 Les frais de déplacement :
10. M. B établit par les justificatifs produits avoir acquitté 111 € de frais de parking et de métro et avoir parcouru 40 215 km du 7 février 2017 au 12 décembre 2017 pour se rendre au chevet de C avec des véhicules de puissance fiscale de 9 CV et de 6 CV. Ces frais peuvent être évalués à 14 790 € après application du taux de perte de chance. M. B a en outre parcouru 105 km pour participer aux opérations d'expertise avec un véhicule de 6 CV. Les frais en résultant, entièrement imputables au dommage subi par C, peuvent être fixés à 40 €. Il y a lieu, par suite, de mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur au titre de ce chef de préjudice la somme totale de 14 830 € (14 790 € + 40 €).
IV.1.3 Les frais de copies :
11. La consultation du dossier médical de C étant utile au litige, les frais engagés par M. B pour en obtenir une copie et qui s'élèvent, selon justificatifs, à 156,88 € peuvent être mise à la charge solidaire du CHCB et de la société Lloyd's Insurance à concurrence de 149 € après application du taux de perte de chance.
IV.1.4 Les frais d'hôtellerie :
12. M. B justifie avoir séjourné à l'hôtel lors du séjour de C au CHRU de Rennes, compte tenu de l'éloignement géographique de son domicile. Selon justificatifs, il a réglé la somme totale de 2 059,95 €, soit, après application du taux de perte de chance, une somme de 1 957 € à mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur.
IV.1.5 Les frais d'obsèques et de monuments funéraires :
13. Les frais d'obsèques, de même que, sous réserve qu'ils ne soient pas excessifs, les frais de construction d'un monument funéraire, qui contribuent à donner au défunt une sépulture décente, font partie des préjudices susceptibles de donner lieu à réparation. Toutefois, dès lors que le caveau acquis par M. B comporte deux places, seule la moitié des dépenses exposées pour ce caveau et le monument funéraire peuvent être prises en compte. M. B peut seulement se prévaloir, de frais de concession de terrain de 140 €, de la moitié des frais de construction du caveau de deux places, soit 722 € et des frais d'installations funéraire s'élevant à 3 260 €. Ces frais comprennent une gravure sur le dessus de la pierre tombale. M. B ne peut pas prétendre au remboursement des frais supplémentaires qu'il a engagés pour supprimer cette gravure et la remplacer par une nouvelle, cette décision ayant été prise pour des considérations personnelles. Il résulte de ce qui précède qu'il y lieu de mettre à la charge solidaire du CHCB et de la société Lloyd's Insurance, après application du taux de perte de chance, la somme de 3 916 € au titre des frais d'obsèques et de monuments funéraires.
IV.2 Le préjudice d'accompagnement :
14. Le préjudice d'accompagnement a pour objet d'indemniser les troubles et perturbations dans les conditions d'existence d'un proche. Il s'agit d'indemniser le préjudice moral subi par les proches de la victime pendant la maladie traumatique jusqu'à son décès.
15. Il résulte de l'instruction que M. B se rendait quasi-quotidiennement au chevet de sa compagne et a cessé pendant cette période allant de février à décembre 2017 ses loisirs. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en le fixant à la somme de 10 000 €, soit 9 500 € après application du taux de perte de chance, à mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur.
IV.3 Le préjudice d'affection :
16. Le préjudice d'affection est le préjudice moral subi par les proches à la suite du décès de la victime directe.
17. M. B et C se sont rencontrés en 1982 et résidaient ensemble depuis 2000. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. B en le fixant à la somme de 20 000 €, soit 19 000 € après application du taux de perte de chance, à mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur.
IV.4 Les souffrances endurées :
18. Il résulte de l'instruction et notamment des attestations de la psychologue clinicienne que M. B est dans un état persistant de souffrance psychique en lien avec le décès de sa compagne. Il a été suivi par un médecin psychiatre en 2018. Les pièces versées au dossier n'indiquent pas que la souffrance psychique de M. B s'aggraverait. Il y a donc lieu de regarder son état comme consolidé de faire une juste appréciation des souffrances qu'il a endurées jusqu'à cette date, préjudice distinct du préjudice d'affection, en condamnant solidairement le CHCB et son assureur à lui verser la somme de 6 650 € après application du taux de perte de chance.
19. Il résulte de tout ce qui précède que le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company sont solidairement condamnés à verser à M. B la somme totale de 56 601 € et à la CPAM du Morbihan la somme totale de 571 853 €.
V Les intérêts et leur capitalisation :
20. M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 61 351 € à compter du 25 novembre 2019, date de réception de sa demande par le CHCB, ainsi qu'il le demande
21. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 3 janvier 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 novembre 2019, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
22. Les intérêts au taux légal sont destinés à réparer pour le créancier d'une somme d'argent le préjudice né de l'indisponibilité de cette somme en raison du défaut d'exécution de son obligation par le débiteur, M. B ne peut en tout état de cause pas prétendre à l'application du taux d'intérêt annuel réglementaire du livret A destiné à compenser l'absence pour lui de placer cette somme lors de la naissance de sa créance indemnitaire.
23. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi, la demande de la CPAM du Morbihan tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement attaqué, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier a été condamné à lui verser, est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.
VI L'indemnité forfaitaire de gestion :
24. Aux termes des dispositions du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 € et d'un montant minimum de 91 €. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe respectivement à 115 € et 1 162 € les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion au titre de l'année 2023.
25. En application de ces dispositions, et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM du Morbihan, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur le versement de la somme de 1 162 € à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assurée.
VII Les frais liés au litige :
26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du CHCB et de son assureur la somme de 1 500 € au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par le CHRU de Rennes, le CHBS et l'association ŒuvresAugustines Saint-Yves.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : Le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company sont solidairement condamnés à verser à M. B la somme de 56 601 €, majorée des intérêts légaux à compter du 25 novembre 2019. Les intérêts échus au 25 novembre 2020 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts. Le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company sont également solidairement condamnés à verser à M. B, sur présentation de justificatifs, dans les conditions définies au point 8 du présent arrêt, 95 % du montant des dépenses engagées au titre des frais de suivi psychologique.
Article 3 : Le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company sont solidairement condamnés à verser à la CPAM du Morbihan la somme de 571 583 € outre l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 162 €.
Article 4 : Le CHCB et la société Lloyd's Insurance Company verseront solidairement à M. B la somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête et des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre hospitalier centre Bretagne, à la société Lloyd's Insurance Company, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie du Morbihan, à la mutuelle Adrea, à l'association Œuvres Augustines Saint-Yves, au centre hospitalier Bretagne sud, et au centre hospitalier régional universitaire de Rennes.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le président rapporteur,
signé
N. Tronel L'assesseure la plus ancienne,
signé
A. Allex
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026