vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2000391 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 janvier 2020 et 22 mars 2022, Mme G I, M. A I, agissant en son nom personnel et en sa qualité de représentant légal de son fils D, devenu majeur en cours d'instance, M. H I, M. F I, M. E I et M. C I, représentés par Me Sapir demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Lanvollon à verser :
- à Mme G I, à M. A I et à M. H I la somme de 10 000 € au titre de la succession de Philippe I ;
- à Mme G I la somme de 173 248,22 €, à M. A I et à M. H I la somme de 18 000 € chacun, à M. D I et à M. F I la somme de 10 000 € chacun, à M. C I et à M. E I la somme de 8 000 € chacun, en réparation de leurs préjudices personnels résultant du décès de Philippe I, l'ensemble de ces sommes produisant intérêts à compter du jugement ;
2°) de condamner la commune de Lanvollon à leur verser la somme de 5 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable ;
- la responsabilité pour faute de la commune est engagée : Philippe I n'a pas reçu de formation spécifique sur les travaux en hauteur ; le matériel utilisé était défaillant et inadapté ;
- leurs préjudices doivent être indemnisés comme suit :
*préjudice de Philippe I, victime directe : souffrances endurées 10 000 € ;
*préjudice de Mme I : préjudice moral : 30 000 € ; frais de déplacements : 278,72 € ; préjudice économique : 142 970 € ;
*préjudice moral de M. A I et de M. H I : 18 000 € chacun ;
* préjudice moral de M. F I et de M. D I : 10 000 € chacun ;
*préjudice moral de M. C I et de M. E I : 8 000 € chacun.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2020, la commune de Lanvollon représentée par Me Lahalle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux ;
- la demande de Mme I au titre de son préjudice économique est prescrite ;
- sa responsabilité ne peut être engagée en l'absence de faute ;
- elle doit être exonérée de sa responsabilité compte tenu des fautes de la victime ;
- à titre subsidiaire sur les préjudices :
* l'évaluation du préjudice moral de Mme I ne peut excéder 13 750 € ;
* l'évaluation de son préjudice économique doit être réduite ;
* les demandes présentées au titre des frais de déplacement de Mme I, des souffrances endurées par la victime, du préjudice moral des petits-enfants et des frères de la victime doivent être rejetées ;
Par un mémoire enregistré le 17 juin 2020, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par la selarl Birot-Ravaut et associés conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que les conditions d'engagement de la solidarité nationale ne sont pas réunies.
Par un mémoire enregistré le 17 juin 2020, le fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions indique ne pas entendre intervenir à l'instance.
Par un mémoire enregistré le 21 mars 2022, la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) représentée par la serarl Ravet et associés demande au tribunal de condamner la commune de Lanvollon à lui verser la somme de 250 867,54 € avec intérêts de droit à compter du jugement, outre la somme de 2 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'en vertu des dispositions de l'ordonnance du 7 janvier 1959 elle a servi des prestations à Mme I dont elle est fondée à obtenir le remboursement.
Les parties ont été informées, le 13 septembre 2022 en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la CNRACL, la commune de Lanvollon ne pouvant être regardée comme ayant la qualité de tiers responsable au sens des dispositions de l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 et du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des agents affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales ;
- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Sapir, représentant les requérants, Me Cazo, représentant la commune de Lanvollon et Me Duffin, représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 octobre 2010, Philippe I né en 1954, employé par la commune de Lanvollon en qualité d'agent de maîtrise principal et ayant en charge les réparations électriques sur les bâtiments communaux, a été victime d'un accident de service en chutant d'une échelle alors qu'il procédait dans le cadre de son activité professionnelle au remplacement d'une ampoule à quatre mètres de hauteur dans l'enceinte de l'école municipale. Transporté au centre hospitalier de Saint-Brieuc, il est décédé le lendemain dans cet établissement. Suite au classement sans suite le 2 février 2011 de la procédure pénale par le procureur de la République, Mme G I, M. H I et M. A I, respectivement veuve et fils du défunt ont déposé le 22 janvier 2013 une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction de Saint-Brieuc. Une ordonnance de non-lieu a été rendue le 5 juillet 2016 dont les parties civiles ont fait appel. Après supplément d'information ordonné par la cour d'appel de Rennes, la commune de Lanvollon a été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc et condamnée par jugement du 5 septembre 2019 de cette juridiction devenu définitif, pour homicide involontaire dans le cadre du travail à une peine de 10 000 € d'amende dont 5 000 € avec sursis. Par une réclamation du 18 mars 2022 reçue le 22 mars suivant, les requérants ont saisi la commune de Lanvollon d'une demande d'indemnisation des préjudices résultant du décès de Philippe I. Cette réclamation a donné lieu à un rejet implicite.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Lanvollon :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. Il résulte de l'instruction que postérieurement à l'enregistrement de la requête, les requérants ont, par courrier du 18 mars 2022 reçu le 22 mars suivant, saisi la commune de Lanvollon d'une demande d'indemnisation des préjudices résultant du décès de Philippe I. Cette décision a fait l'objet d'une décision de rejet implicite le 22 mai 2022. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée par la commune tirée de l'absence de décision liant le contentieux doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
5. D'une part, les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2000.
6. D'autre part, l'autorité de la chose jugée qui appartient aux décisions des juges répressifs devenues définitives s'attache à la constatation des faits mentionnés dans les jugements et arrêts, support nécessaire du dispositif, et à leur qualification au regard de la loi pénale.
7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc a, par jugement définitif du 5 septembre 2019, reconnu la commune de Lanvollon coupable du délit d'homicide involontaire. Au soutien de cette décision le tribunal a retenu que : " Philippe Pousserreau n'a jamais bénéficié de formation relative aux travaux en hauteur alors même que le risque était identifié dans le document unique de prévention des risques et que des préconisations avaient été faites mais non suivies d'effet, qu'aucune consigne écrite ne lui a été transmise sur l'utilisation d'un matériel adéquat et sécurisé lors de travaux à quatre mètres de hauteur. Il a pu avoir accès à une échelle qui aurait dû être retirée. Il est donc établi que le maire de Lanvollon n'a pas pris les mesures permettant d'éviter l'accident mortel dont a été victime Philippe I ". Ces constatations qui sont le support nécessaire de la condamnation pénale dont la commune de Lanvollon a fait l'objet s'imposent au tribunal et ne sont pas au demeurant utilement remises en cause par cette collectivité. Elles caractérisent un manquement fautif aux obligations définies au point 5 qui présente un lien direct et certain avec la chute dont Philippe I a été victime, à l'origine de son décès. Par suite, la responsabilité de la commune de Lanvollon est engagée sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la responsabilité personnelle du maire ou d'un agent communal n'ait pas été retenue par la juridiction pénale.
8. En second lieu, la collectivité fait valoir que la victime a commis une faute en utilisant une échelle remisée depuis plus d'un an alors qu'un escabeau d'un modèle plus grand ainsi qu'un échafaudage mobile lequel présentait les garanties de sécurité pour ce genre d'intervention étaient à sa disposition. Toutefois, d'une part, il n'est pas établi que l'escabeau en cause était pourvu d'un dispositif permettant de prévenir une chute, d'autre part il résulte de l'instruction que si la collectivité disposait à la date des faits d'un échafaudage, ce matériel ne pouvait être utilisé dans de bonnes conditions pour effectuer les travaux en cause, compte tenu de la configuration des lieux nécessitant son démontage et son remontage à plusieurs reprises en raison de la présence d'une rampe d'accès pour handicapés. D'ailleurs, la commune de Lanvollon a postérieurement à l'accident fait l'acquisition d'une plate-forme individuelle roulante légère. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 7, Philippe I n'a reçu aucune consigne écrite de son employeur sur l'utilisation d'un matériel adéquat et sécurisé pour effectuer des travaux à quatre mètres de hauteur. Si la collectivité soutient également que Philippe I est monté sur l'échelle en ne s'aidant que d'une seule main, cette allégation ne repose que sur les seules suppositions du collègue de travail de l'intéressé présent lors des faits et selon lesquelles ce dernier " avait dû " monter sur l'échelle en se tenant de la main gauche et en tenant l'ampoule de la main droite, ce qui n'est pas formellement établi. Compte tenu de ces éléments, il n'est pas démontré que Philippe I aurait commis une faute qui serait, en tout ou partie, à l'origine de l'accident et susceptible d'exonérer en tout ou partie la commune de Lanvollon de sa responsabilité.
En ce qui concerne la mise en cause de l'ONIAM :
9. Le décès de Philippe I n'est pas la conséquence d'un accident médical. L'ONIAM doit être mis hors de cause.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice de la victime directe :
10. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Le droit à réparation du préjudice résultant pour elle des souffrances endurées avant son décès et du déficit fonctionnel temporaire, constitue un droit entré dans son patrimoine avant son décès qui peut être transmis à ses héritiers.
11. La circonstance qu'un patient se trouve placé dans un état de coma ne conduit, par elle-même, à exclure aucun chef d'indemnisation ni ne fait obstacle à ce que le préjudice subi par la victime soit réparé en tous ses éléments. Il résulte de l'instruction que suite à la chute dont il a été victime le 13 octobre 2010, Philippe I a présenté une hémorragie cérébrale importante et a été dans le coma jusqu'à son décès survenu le lendemain. Compte tenu de ces éléments il sera fait une juste appréciation des souffrances qu'il a endurées avant son décès en les évaluant à la somme de 2 500 €.
S'agissant du préjudice des victimes par ricochet :
Quant au préjudice de Mme G I, épouse de la victime :
Sur les frais de déplacement :
12. Mme I peut obtenir le remboursement des frais de déplacement pour se rendre au chevet de son époux les 13 et 14 octobre 2010 et dont aucun élément de l'instruction ne permet d'établir qu'ils auraient fait l'objet d'une prise en charge par l'organisme social. Compte tenu d'une part, de la distance séparant la commune de Lanvollon de Brest, d'autre part du barème kilométrique applicable à un véhicule de 5 CV qu'il y lieu de retenir en l'absence de pièces établissant que le véhicule utilisé présentait une puissance administrative supérieure, il sera alloué à Mme I la somme de 263 € à ce titre.
Sur le préjudice économique :
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :
13. D'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les département, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : () / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ;() / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".
14. D'autre part, en vertu des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, une plainte contre X avec constitution de partie civile interrompt le cours de la prescription quadriennale dès lors qu'elle porte sur le fait générateur, l'existence, le montant ou le paiement d'une créance sur une collectivité publique. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du décès de Philippe I, Mme I, M. A I et M. H I ont déposé, le 22 janvier 2013, une plainte contre X avec constitution de partie civile qui tendait à la recherche de responsabilité du fait de l'accident survenu le 13 octobre 2010 qui doit être regardée comme relative à la créance des intéressés susceptible d'être mise à la charge de la collectivité. Cette action qui a été introduite avant l'expiration du délai de la prescription quadriennale qui courait à compter du 1er janvier 2011 a eu pour effet, en vertu des dispositions de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, d'interrompre ce délai jusqu'à la date à laquelle le jugement du tribunal correctionnel du 5 septembre 2019, non frappé d'appel est devenu définitif faisant ainsi partir un nouveau délai de prescription quadriennale. Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune de Lanvollon, la demande présentée par Mme I au titre de son préjudice économique n'est pas prescrite.
En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :
15. Le préjudice économique subi par une personne du fait du décès de son conjoint est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à son entretien, compte tenu, le cas échéant, de ses propres revenus et déduction faite des prestations reçues en compensation. Le préjudice est établi par référence à un pourcentage des revenus de la victime, affecté à l'entretien de la famille.
16. Pour évaluer le préjudice économique subi par Mme I, il convient d'évaluer les pertes de revenus subies par l'intéressée, d'une part, entre le décès de son conjoint et la date supposée de son départ en retraite, qu'il convient de fixer compte tenu de son année de naissance, à 62 ans, soit en 2016 et d'autre part, à compter de cette date.
Pour la période de 2010 au 1er mars 2016 :
17. Il résulte de l'instruction que le revenu du couple s'est élevé en 2009, année précédant le décès de Philippe I à la somme totale de 25 392 € (23 911 € pour Philippe I et 1 481 € pour Mme I). Dès lors qu'à cette date les deux enfants du couple, nés en 1974 et 1979 étaient majeurs et ne vivaient plus au foyer familial, la part de consommation personnelle de Philippe I doit être fixée à 40%, soit à la somme arrondie de 10 157 €. Le solde disponible pour Mme I après déduction de cette somme était donc de 15 235 €. En 2010 le revenu disponible pour Mme I qui aurait dû être de 3 927 € entre le 14 octobre, date de décès de son époux et le 31 décembre 2010 s'est élevé à la somme de 4 685 € pour cette période, selon avis d'imposition. Mme I n'a donc pas subi de perte de revenus en 2010. A compter de 2011, en retenant un revenu annuel de Mme I de 1 481 €, le montant de sa perte de revenus jusqu'au 1er mars 2016, date à laquelle Philippe I aurait pu bénéficier d'une retraite à taux plein peut être fixé à 71 031 € (68 770 € de 2011 à 2015 et 2 261 € du 1er janvier au 1er mars 2016) dont à déduire le capital unique de 490,21 € versé par l'association des régimes de retraites complémentaire (ARRCO) et le capital unique de 865,98 € versé par le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), soit un total de 69 674,81 €.
Pour la période courant à compter du 1er mars 2016 :
18. Pour la période postérieure au 1er mars 2016, il y a lieu d'évaluer la perte de revenus subis par Mme I en considération de la pension de retraite qu'aurait perçu Philippe I et qui peut être fixée à la somme mensuelle de 1 546, 61 € brut selon évaluation de la CNRACL, soit 1 406 € nets. Le revenu annuel de référence du couple à compter de cette date peut donc être évalué à la somme de 18 353 €, soit une part de revenus disponibles pour Mme I de 11 012 € après déduction de la part de consommation personnelle de son conjoint d'un montant de 7 341 € par application du même pourcentage d'autoconsommation que ci-dessus. Le montant de la perte annuelle de Mme I peut donc être fixée à la somme de 9 531 €, soit une perte de revenus totale de 64 759 € du 1er mars 2016 jusqu'au présent jugement et de 152 696 € postérieurement à cette date, sur la base d'un coefficient de capitalisation pour un homme âgé de 68 ans à la date de liquidation en prenant comme référence le barème de la gazette du palais publié en 2020, ce qui représente un total de 217 455 €.
19. Le montant total du préjudice économique de Mme I peut donc être évalué à la somme de 287 129,81 € dont à déduire la somme totale de 250 867,54 € correspondant selon justificatif, au versement anticipé par la CNRACL du montant de la pension de réversion et de la rente d'invalidité. La perte de revenus subie par Mme I s'élève donc à 36 262,27 €.
20. En dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme I en raison de l'accident dont Philippe I a été victime et de son décès à l'âge de 56 ans en lui allouant la somme de 25 000 €.
Quant au préjudice de M. A I et de M. H I, enfants de la victime :
21. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. A I et de M. H I, âgés respectivement de 36 et 31 ans au moment du décès de leur père avec lequel ils entretenaient des liens de proximité ainsi qu'il résulte des témoignages produits en l'évaluant pour chacun d'eux à la somme de 6 500 €.
Quant aux préjudices de M. F et de M. D I, petits-enfants de la victime :
22. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. F I et de M. D I, âgés respectivement de 9 et 7 ans à la date du décès de leur grand-père avec lequel ils entretenaient des liens de proximité ainsi qu'il résulte des témoignages produits en l'évaluant pour chacun d'eux à la somme de 2 000 €.
Quant aux préjudices de M. C I et de M. E I, frères de la victime :
23. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. C I et de M. E I, en l'évaluant à la somme de 4 000 € au profit de chacun d'eux.
En ce qui concerne les demandes de la CNRACL :
24. Si les articles 1er et 7 de l'ordonnance du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l'Etat et de certaines autres personnes publiques, ainsi que l'article 32 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des agents affiliés à la CNRACL, ouvrent à la CDC agissant comme gestionnaire de cette dernière, à l'encontre du tiers responsable d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, une action en remboursement des prestations versées à la victime, la collectivité publique employeur de l'agent n'a pas, pour l'application de ces dispositions, la qualité de tiers vis à vis de l'agent et de la caisse débitrice des prestations. Par suite, les conclusions de la CNRACL tendant à ce que cette collectivité soit condamnée à lui rembourser les prestations versées à Mme I doivent être rejetées.
Sur les intérêts :
25. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () ". Aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. Cet effet est attaché de plein droit au jugement d'adjudication sur saisie immobilière, quatre mois après son prononcé / Toutefois, le juge de l'exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant. ". Il résulte de ces dispositions que, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution, puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification. Par suite, la demande des requérants tendant à ce que les sommes qui leur sont allouées portent intérêts à compter du jugement à intervenir est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lanvollon la somme de 1 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de cet article faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la partie perdante les frais exposés par l'autre partie et non compris dans les dépens, il y a lieu de rejeter la demande présentée par la CNRACL sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : La commune de Lanvollon est condamnée à verser :
- à la succession de Philippe I la somme de 2 500 € ;
- à Mme G I la somme de 61 525 ,27 € ;
- à M. A I et à M. H I la somme de 6 500 € chacun ;
- à M. D I et à M. F I la somme de 2 000 € chacun ;
- à M. C I et à M. E I la somme de 4 000 € chacun, en réparation de leurs préjudices.
Article 3 : La commune de Lanvollon versera aux consorts I la somme de 1 500 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de la CNRACL sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G I première dénommée pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice, à la commune de Lanvollon, aux caisses primaires d'assurance maladie des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et au fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et autres infraction et à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. BLe président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026