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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2000689

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2000689

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2000689
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février et le 29 septembre 2020, Mme C B, représentée par Me Boulais, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes d'un montant de 6 892,52 euros émis à son encontre par la commune de Maen Roch le 7 mars 2019 ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 6 892,52 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Maen Roch la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le titre de recette ait été émis par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2020, la commune de Maen Roch, représentée par la SELARL Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Boulais, représentant Mme B, et celles de Me Saulnier, représentant la commune de Maen Roch.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en 1990 par la commune de Maen Roch en qualité d'auxiliaire contractuelle puis de rédacteur principal de 1ère classe. Mme B a été placée en congé de longue durée du 21 février 2013 au 20 février 2018, puis en disponibilité d'office à compter du 5 juillet 2018. Par un avis du 14 décembre 2017, le comité médical s'est prononcé en faveur de l'inaptitude totale et définitive de Mme B à l'exercice de ses fonctions et de toutes fonctions à compter du 21 février 2018. Par un arrêté du 15 janvier 2019, le maire de la commune de Maen Roch a placée Mme B en retraite pour invalidité à compter du 6 juillet 2018. Le 7 mars 2019, la commune de Maen Roch a émis à l'encontre de Mme B un titre exécutoire d'un montant de 6 892,52 euros. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de la décharger de cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. (). ". L'article 7 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales dispose que : " Le droit à pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après deux années accomplies de services civiles et militaires effectifs. / / 2° Sans condition de durée de services aux fonctionnaires rayés des cadres pour invalidité résultant ou non de l'exercice des fonctions. ". Aux termes de l'article 31 dudit décret : " La formation plénière du conseil médical dont relève l'agent, en vertu des dispositions du titre Ier du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ou du titre Ier du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 modifié relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, est compétente, dans les conditions que ces décrets prévoient, pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent ainsi que l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions. / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa rédaction issue du décret n° 2011-1245 du 5 octobre 2011 : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. / Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. ". Enfin, aux termes de l'article 37 du même décret : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi (), soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme () Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsque le fonctionnaire, à l'issue d'un congé de longue maladie ne peut reprendre ses fonctions, il a droit au versement d'un demi-traitement pendant la durée de la procédure nécessitant l'avis du comité médical ou de la commission de réforme ou, le cas échéant, de la CNRACL pour ce qui concerne son admission à la retraite. A ce titre, si le fonctionnaire fait l'objet d'une procédure d'admission à la retraite pour invalidité, le placement en disponibilité provisoire dans l'attente des avis de la commission de réforme et du CNRACL n'a pas pour effet de mettre un terme au droit au versement d'un demi-traitement. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987. Par suite, le demi-traitement versé au titre de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit à ce versement. Il s'ensuit, plus particulièrement, que lorsque l'agent est admis rétroactivement à la retraite par la CNRACL et qu'à ce titre il bénéficie effectivement d'un versement d'arriérés de pension, son employeur n'est pas pour autant en droit de demander le reversement de ces demi-traitements qui restent acquis à l'agent.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B a été placée en congé de longue maladie du 21 février 2013 au 20 février 2018. Par un avis du 5 juillet 2018, la commission de réforme s'est prononcée en faveur de la mise à la retraite de Mme B pour invalidité. Par un arrêté du 19 juillet 2018, le maire de la commune de Maen Roch a placé Mme B en disponibilité d'office et a maintenu son demi-traitement jusqu'à la date de la décision de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), cette somme devant être remboursée à la date de la mise en retraite pour invalidité. Par un avis du 9 janvier 2019, la CNRACL a prononcé un avis favorable au placement en retraite pour invalidité de Mme B à compter du 6 juillet 2018. Par un arrêté du 15 janvier 2019, le maire de la commune de Maen Roch a placé Mme B en retraite à compter du 6 juillet 2018. Si Mme B a perçu rétroactivement sa pension de retraite à compter du 6 juillet 2018, il résulte de ce qui a été dit que le demi-traitement qui lui a été servi par la commune de Maen Roch dans l'attente de son placement à la retraite lui était définitivement acquis. Par suite, la commune de Maen Roch ne saurait invoquer le remboursement par Mme B de la somme de 6 892,52 euros dès lors que cette somme était légalement acquise à celle-ci en vertu des dispositions précitées, sans que la collectivité puisse utilement opposer la circonstance que, par l'arrêté du 19 juillet 2018 portant placement en disponibilité d'office, l'agent avait été informé du caractère prétendument provisoire du versement des demi-traitements.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire émis à l'encontre de Mme B le 7 mars 2019 doit être annulé. Par suite, eu égard au motif d'annulation retenu, qui porte sur le bien-fondé de la créance, il y a également lieu de décharger Mme B de l'obligation de payer la somme de 6 892,52 euros pour le recouvrement de laquelle ce titre a été émis.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Maen Roch la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis à l'encontre de Mme B le 7 mars 2019 est annulé.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 6 892,52 euros réclamée par le titre exécutoire émis le 7 mars 2019.

Article 3 : La commune de Maen Roch versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Maen Roch.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

C. A

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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