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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001341

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001341

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001341
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS SIAM CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 mars 2020, le 29 mars, le 15 octobre 2021, les 7 et 13 avril 2022, M. et Mme C et F A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de M. et Mme E et D A, représentés par Me Janvier, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Brieuc (CHSB) à lui verser la somme totale de 1 229 869,62 €, assortie des intérêts de droit et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge du CHSB la somme de 3 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- sur la responsabilité : une faute technique a été commise lors de l'intervention chirurgicale subie par Mme A le 25 février 2012 ;

- sur les préjudices de la victime directe :

- en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

- s'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires : dépenses de santé : 186,80 € ; frais de déplacement : 2 417 € ; frais de médecin conseil : 360 € ; frais évaluation d'aptitude à la conduite : 220 € ; frais d'adaptation du véhicule : 3 567,21 € ; frais d'acquisition de véhicule : 3 750 € ; frais d'assistance par tierce personne : 2 693 € ;

- s'agissant des préjudices patrimoniaux permanents : frais de véhicule adapté : 65 400,15 € ; assistance par tierce personne : 89 658 € ; pertes de gains professionnels futurs : 989 984,46 € ; incidence professionnelle : 70 000 € ;

- en ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

- s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires : déficit fonctionnel temporaire : 7 493 € ; souffrances endurées : 10 000 € ; préjudice esthétique temporaire : 2 500 € ;

- s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents : déficit fonctionnel permanent : 34 000 € ; préjudice d'agrément : 10 000 € ; préjudice esthétique permanent : 2 000 € ;

- sur les préjudices des victimes indirectes : préjudice moral et d'affection : 4 000 € pour M. C A et 2 000 € chacun pour les enfants de la victime, M. et Mme A ;

- ces sommes porteront intérêt à compter du 3 décembre 2019, ces intérêts seront capitalisés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 février, le 4 mai 2021 et le 25 avril 2022, le CHSB, représenté par Me Maillard, demande au tribunal de réduire à de plus justes proportions les sommes accordées aux requérants et à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Finistère.

Il fait valoir que :

- sur les préjudices :

- il y a lieu de réduire à de plus justes proportions les préjudices suivants : dépenses de santé avant consolidation : 80 € ; frais d'assistance par tierce personne : 855 € ; frais de véhicule adapté : 10 712,44 € ; frais d'assistance par tierce personne : 25 566,84 € ; déficit fonctionnel temporaire : 3 805,75 € ; souffrances endurées : 8 400 € ; préjudice fonctionnel permanent : 25 500 € ; préjudice esthétique permanent : 1 600 € ;

- il y a lieu de ne pas indemniser les préjudices suivants : frais de déplacement ; prestation d'adaptation à la conduite ; frais d'acquisition et d'adaptation de véhicules ; pertes de gains professionnels futurs ; incidence professionnelle ; préjudice esthétique temporaire ; préjudice d'agrément ; préjudices des victimes indirectes ;

- sur les débours de la CPAM :

- il y a lieu de faire application d'un taux de perte de chance de 75 % ;

- il y a lieu de ne pas indemniser les débours suivants : frais de kinésithérapie ; indemnités journalières.

Par des mémoires, enregistrés le 15 juin 2020, le 16 juillet 2021, les 12 juillet et 13 octobre 2022, la CPAM du Finistère demande au tribunal de condamner le CHSB à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 57 047,38 € au titre de ses débours, assortie des intérêts à compter du jugement, et la somme de 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme A, qui sont en rapport avec sa prise en charge du 25 février 2012.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Allouche, représentant Mme A, et celles de Me Maillard, représentant le centre hospitalier Yves Le Foll.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été victime le 24 février 2012 d'une fracture du coude gauche avec un déplacement du condyle externe et une hémarthrose et a fait l'objet d'une intervention le 25 février 2012 au CHSB. Par une ordonnance n° 1901122 du 16 mai 2019, le juge des référés du tribunal a condamné le CHSB à lui verser une provision d'un montant de 72 000 €. Par une ordonnance n° 1901108 du 21 mai 2019, le juge des référés du tribunal a rejeté la demande de Mme A tendant à la désignation d'un expert. Par un courrier du 3 décembre 2019, Mme A a adressé au CHSB une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A et autre demandent au tribunal de condamner le CHSB à les indemniser des conséquences dommageables de sa prise en charge par cet établissement.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise des docteurs Lambert, G et Donnou qu'à la suite de l'accident de Mme A survenu le 24 février 2012 au cours d'une séance de patinage artistique, Mme A a été admise au CHSB où des examens par imageries ont révélé une fracture du coude gauche avec un déplacement du condyle externe et une hémarthrose qui ont nécessité la réalisation d'une intervention chirurgicale. Il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté que lors de cette intervention survenue le lendemain, 25 février 2012, l'évacuation de l'hématome a été réalisée sans qu'il ne soit procédé au retrait d'un fragment osseux pourtant identifié sur les imageries médicales. A ce titre, il résulte de l'instruction que cette omission résulte du manque de temps dont disposait le chirurgien, alors qu'il était loisible de décaler ou de reporter l'intervention qui ne présentait pas un caractère d'urgence déterminant. Dans ces conditions, Mme A a été victime d'une faute technique lors de lors de l'intervention du 25 février 2012 de nature à engager la responsabilité du CHSB.

Sur les préjudices de Mme A, victime directe :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

4. En premier lieu, Mme A fait état de frais d'acquisition de pansements destinés à limiter la formation de cicatrices hypertrohpiques de consultation de psychologue et d'ostéopathe pour soulager son bras gauche pour un montant total de 186,80 €. Ces dépenses présentent un lien direct avec le dommage subi par Mme A consécutivement à l'intervention du 25 février 2012. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a effectué des déplacements entre le 25 mai 2012 et le 27 décembre 2016 pour se rendre à des séances de kinésithérapie à Plouneour Trez à vingt reprises, à la clinique privée Jeanne d'Arc à Saint-Brieuc à sept reprises, au centre de rééducation de Perharidy Roscoff à trois reprises, à l'hôpital la cavale blanche à Brest à quatorze reprises, au centre de conduite situé à Brest à quatre reprises. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces déplacements sont imputables au dommage causé par la faute du CHSB et n'auraient pas été nécessaires en l'absence de celle-ci. En revanche, Mme A peut obtenir le remboursement des frais de déplacement qu'elle a exposés pour se rendre à la réunion d'expertise qui a eu lieu à Saint-Brieuc le 11 octobre et le 27 décembre 2012. Compte tenu de la distance qui sépare son lieu de domicile de ces lieux, ainsi que du barème kilométrique applicable pour un véhicule de 9 cv, il y a lieu d'évaluer à 309 € le montant de ces frais.

6. En troisième lieu, il y a lieu de rembourser Mme A des frais du médecin conseil, ces frais présentant un caractère utile à la solution du litige et dont le montant s'élève à la somme de 360 € selon justificatif. Cette somme sera mise à la charge du CHSB.

7. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la faute commise par le CHSB a rendu nécessaire l'adaptation du véhicule de Mme A. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du CHSB les frais d'évaluation de l'aptitude de Mme A à la conduite, les frais d'acquisition et d'adaptation des véhicules appartenant à M. et Mme A, soit la somme totale de 7 357,21 €.

8. En cinquième lieu, l'expert a retenu un besoin en assistance par tierce personne à raison des complications dont elle a été victime lors de son hospitalisation au CHSB pour une durée d'une heure et demie par semaine. Dans ces conditions, le besoin en assistance par tierce personne non spécialisée, qu'il y a lieu d'évaluer à 1h30 par semaine du 1er septembre 2015 au 4 juillet 2016, date de consolidation, peut être évalué, par application d'un taux horaire de 13 € tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme totale de 968,48 €.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été précédemment exposé, que la faute du CHSB rend nécessaire l'acquisition d'un véhicule adapté au handicap de Mme A. M. et Mme A sollicitent le versement d'une somme de 65 400,15 € correspondant au surcoût d'acquisition de deux véhicules, de leur adaptation et de l'application d'une rente viagère sur ces préjudices. Il résulte de l'instruction que le surcoût lié à l'acquisition des véhicules ainsi qu'à leur aménagement peut être évalué à 7 317,21 €. Dans ces conditions, il y a lieu, en prenant en compte un renouvellement des véhicules tous les 7 ans et en faisant application du coefficient de capitalisation viagère de 39,840 issu du barème publié par la Gazette du Palais pour l'année 2020, de condamner le CHSB à verser la somme de 41 645,38 € au titre de ces préjudices.

10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme A nécessite l'assistance par tierce personne à hauteur de 1h30 par semaine à titre viager en raison de la faute commise par le CHSB. D'une part, pour la période allant de la date de consolidation à celle du présent jugement, soit 2 392 jours, les frais d'assistance par tierce personne peuvent être évalués, par application d'un taux horaire de 14 € tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme totale de 9 153,04 €.

11. D'autre part, à compter de la date du présent jugement, les frais d'assistance par tierce personne peuvent être évalués, par application d'un taux horaire de 14 € tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an, soit un coût annuel de 1 322,10 €. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ne perçoivent aucune aide versée par le département ou un organisme social au titre de l'assistance par tierce personne. Par application du coefficient de capitalisation de 39,840 précité, il sera mis à la charge du CHSB la somme de 52 672,46 €, soit la somme totale de 61 825,50 € (9 153,04 + 52 672,46).

12. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A exerçait les fonctions de secrétaire au sein de la société d'expertise comptable Genestier à partir du 24 octobre 2000 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée puis, à compter du 1er mai 2001, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et exerce depuis le mois de mai 2012 les fonctions d'assistante de gestion au sein de l'entreprise. Il résulte également de l'instruction que l'état de santé de Mme A a nécessité la mise en place d'un temps partiel thérapeutique ainsi que le notait le service de santé au travail au mois de juillet 2017 puis de mai 2018. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que Mme A a été placée en arrêt de travail à compter du 2 octobre 2018 pour raison de santé en lien avec une pathologie distincte du dommage causé par la faute du CHSB et qui a entrainé le licenciement de Mme A pour inaptitude avec impossibilité de reclassement. Dès lors, la perte de gains professionnels imputable à la faute concerne donc la période du 4 juillet 2016 au 2 octobre 2018.

13. Il résulte de l'avis d'imposition de 2012 produit par Mme A que son revenu annuel en 2011 s'élevait à 17 511 €. Mme A aurait donc dû percevoir au cours de la période considérée la somme de 39 387,76 €. Au vu des avis d'imposition sur les revenus perçus de 2016 à 2018, Mme A a perçu sur la période la somme totale de 44 286,52 €. Par suite, Mme A n'a pas subi de perte de revenus pour la période postérieure à la consolidation. Par suite, il ne sera pas fait droit à cette demande.

14. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A exerçait les fonctions de secrétaire au sein de la société d'expertise comptable Genestier à partir du 24 octobre 2000 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée puis, à compter du 1er mai 2001, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et exerce depuis le mois de mai 2012 les fonctions d'assistante de gestion au sein de l'entreprise. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur G, que le dommage imputable à la faute commise par le CHSB a entrainé une adaptation du travail de Mme A et un accroissement de la pénibilité. En outre, il résulte des avis du médecin du travail que l'état de santé de Mme A impliquait qu'elle ne pouvait pas porter de charges avec le bras gauche ou élever celui-ci au-dessus des épaules. En outre, si Mme A fait valoir qu'elle a subi une dévalorisation sur le marché du travail et qu'elle a fait l'objet d'un licenciement pour inaptitude professionnelle, il résulte de l'instruction d'une part qu'elle a pu bénéficier d'une promotion professionnelle postérieurement à la faute commise par le CSHB et, d'autre part, qu'il n'est pas établi que le licenciement a été justifié par les dommages consécutifs à cette faute. Dès lors, compte tenu de l'accroissement de la pénibilité au travail, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle subie par Mme A en lui attribuant la somme de 3 000 €.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel temporaire strictement imputable à la faute du CHSB a été total du 23 au 27 mars, du 17 au 22 octobre 2012, durant 65 jours sur une période du 22 octobre 2012 au 24 janvier 2013, les 4 et 5 juin 2014 et enfin durant 65 jours sur une période du 7 juillet au 10 octobre 2014, de 25 % du 27 mars au 17 octobre 2012, durant 30 jours sur une période du 22 octobre au 24 janvier 2013, du 24 janvier 2013 au 4 juin 2014, du 5 juin au 7 juillet 2014 et durant 30 jours sur une période du 7 juillet au 10 octobre 2014. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 6 835 €.

16. En deuxième lieu, les souffrances strictement imputables à la faute du CHSB ont été évaluées par l'expert à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 2 000 €.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a subi un déficit fonctionnel permanent strictement imputable à la faute commise par le CHSB que l'expert évalue à 17 %. En conséquence, eu égard à l'âge de la victime à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à la somme de 25 000 €.

18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique strictement imputable à la faute a été évalué par l'expert à 1,5 sur une échelle de 1 à 7 compte tenu de la modification de l'image corporelle et de l'existence d'une cicatrice. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire et permanent en l'évaluant à la somme totale de 1 500 €.

19. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur G que Mme A a dû cesser la pratique de la natation ou du vélo en raison de la faute commise par le CHSB. En outre, Mme A fait valoir que cette faute en entrainé l'arrêt de la pratique du football à un niveau local et régional. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu notamment de l'âge de Mme A à la date de consolidation en l'évaluant à la somme de 6 000 €.

Sur les préjudices des victimes indirectes :

20. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et du préjudice moral subis par l'époux de Mme A et leurs enfant en les évaluant à la somme de 2 000 € et de 1 000 €.

21. Il résulte de ce qui précède que le CHSB est condamné à verser à Mme A et autres la somme totale de 156 987,37 €, soit 84 987,37 € après déduction de la provision d'un montant de 72 000 € fixée par l'ordonnance n° 1901122 du 16 mai 2019 du juge des référés du tribunal.

Sur les demandes de la CPAM :

22. Il résulte de l'instruction que la CPAM du Finistère, justifie, par une attestation du médecin conseil de l'assurance maladie, du montant des débours qu'elle a acquittés en lien avec la faute imputable au CHRU de Rennes comme suit : 36 036,63 € de frais d'hospitalisation, 429,03 € de frais médicaux, 341,10 € de frais pharmaceutiques, 293,08 € de frais de kinésithérapie, 592,80 € de frais de transport, 15 075 € d'indemnités journalières et 4 279,74 € d'arrérages de pension d'invalidité et de frais futurs en invalidité.

23. Par ailleurs, eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM du Finistère a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 1 162 €.

Sur les intérêts et la capitalisation :

24. En premier lieu, M. et Mme A ont droit aux intérêts sur les sommes qui leurs sont dues à compter du 13 décembre 2018, date de réception de leur demande indemnitaire préalable par le CHSB. Il sera fait droit à cette demande. Par ailleurs, Mme A et autres ont demandé la capitalisation des intérêts le 20 mars 2020, date d'enregistrement de leur requête. Par suite, les intérêts échus à compter du 13 décembre 2019, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

25. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi, la demande de la CPAM du Finistère tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement attaqué, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier a été condamné à lui verser, est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHSB la somme de 2 000 € à verser à M. et Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la CPAM du Finistère au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHSB est condamné à verser à Mme A et autres les sommes suivantes, sous réserve du versement de la provision de 72 000 € en application de l'ordonnance n° 1901122 du 16 mai 2019 du juge des référés du tribunal :

1°) 84 987,37 € à Mme F A ;

2°) 2 000 € à M. C A ;

3°) 1 000 € chacun à M. et Mme E et D A.

Article 2 : Les sommes citées à l'article 1er seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2018. Ces intérêts seront capitalisés à la date du 13 décembre 2019, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le CHSB est condamné à verser à la CPAM du Finistère la somme de 57 047,38 €, outre l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 162 €.

Article 4 : Le CHSB versera à Mme A et autres la somme de 2 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, première dénommée pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, au centre hospitalier de Saint-Brieuc et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

signé

C. B

Le président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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