vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001466 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LECLERCQ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 mars, 10 novembre 2020, 1er décembre 2021 et 21 avril 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B C, représenté par Me Leclercq demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Brieuc à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il déclare avoir subis à la suite du harcèlement moral dont il a fait l'objet ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Brieuc la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le mémoire en défense présenté par la commune est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas justifié de l'habilitation à agir en justice de son auteur ;
- il a été victime depuis 2011 d'une situation de harcèlement moral émanant de ses collègues, dont son chef de service, à l'origine d'une dégradation de ses conditions de travail et qui a atteint son paroxysme le 24 avril 2018 ;
- la commune de Saint-Brieuc n'a pris aucune mesure pour remédier à cette situation, n'a pas donné suite à l'incident du 24 avril 2018 et n'a pas procédé à l'audition de l'ensemble des agents visés dans ses courriers des 21 juin et 3 août 2018 ;
- le refus de la collectivité de reconnaître comme imputable au service l'accident dont il a été victime le 24 avril 2018, qui a été annulé le 12 novembre 2021 par le tribunal, constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2020, la commune de Saint-Brieuc représentée par la selarl cabinet Coudray conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable à défaut de preuve par le requérant de la réception par la commune de la réclamation préalable ;
- aucun fait de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral n'est établi ;
- aucune faute n'est susceptible d'engager sa responsabilité dès lors que M. C n'ayant pas sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle ni n'ayant dénoncé à sa hiérarchie des faits de harcèlement moral, il ne peut lui être reproché de n'avoir pas protégé son agent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Leclerq, représentant M. C et de Me Saulnier, représentant la commune de Saint-Brieuc.
Considérant ce qui suit :
1. M. C employé par la commune de Saint-Brieuc en qualité de surveillant des parcs communaux, a sollicité la prise en charge d'arrêts de travail et soins à compter du 24 avril 2018 au titre d'un accident de service survenu à cette date. Par un jugement du 12 novembre 2021 le tribunal a annulé l'arrêté du 14 juin 2019 du maire de Saint-Brieuc refusant de faire droit à cette demande et a enjoint à la commune de procéder à un nouvel examen de la situation de M. C dans un délai d'un mois. Par une réclamation indemnitaire du 28 novembre 2019 M. C a par ailleurs sollicité le paiement par la commune de Saint-Brieuc d'une somme de 50 000 euros en réparation du préjudice résultant du harcèlement moral dont il soutient avoir fait l'objet. Cette demande a donné lieu à un rejet implicite.
Sur la recevabilité des écritures en défense de la commune de Saint-Brieuc:
2. En application des articles L. 2132-1 et L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 20 mai 2014, le conseil municipal de Saint-Brieuc a donné délégation au maire pour agir ou défendre en justice au nom de la commune. Le moyen tiré de l'irrecevabilité des écritures en défense doit donc être écarté.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. M. C soutient avoir fait l'objet depuis 2011 d'un harcèlement moral de la part d'un de ses collègues de travail et de son supérieur hiérarchique. Dans des courriers adressés les 21 juin et 3 août 2018 au maire de la commune en réponse à une demande de la collectivité faisant suite à un incident survenu le 24 avril 2018 avec son supérieur hiérarchique et au rapport établi le 23 mai 2018 établi par ce dernier, M. C a indiqué avoir subi des humiliations ainsi que des propos insultants et menaçants de son collègue de travail. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément pour étayer ces allégations, le seul courrier adressé au maire de la commune par le médecin du travail le 10 septembre 2012 indiquant qu'au vu des antécédents médicaux de M. C " il serait bon qu'il n'y ait pas trop de pressions source de stress exercées à l'encontre de l'agent " n'étant pas de nature à démontrer la matérialité des faits dénoncés, ni à établir que ceux-ci auraient déjà fait l'objet d'un signalement à la collectivité, ainsi qu'il le soutient. S'il ressort des pièces du dossier que le 24 avril 2018 le supérieur hiérarchique de M. C s'est rendu dans son bureau et lui a tenu des propos injurieux en frappant du poing sur la table et en lui intimant l'ordre de prendre note de ses déclarations, faits dont le tribunal par jugement du 12 novembre 2021 a reconnu qu'ils étaient à l'origine d'une pathologie imputable au service, cet évènement isolé ne permet pas de caractériser une situation de harcèlement moral, laquelle ne peut pas non plus se déduire des seules déclarations de M. C aux médecins qui l'ont examiné. Par suite, les faits de harcèlement moral dont M. C sollicite la réparation ne sont pas établis.
6. En deuxième lieu, M. C fait grief à la commune de Saint-Brieuc de ne pas avoir assuré sa protection suite aux agissements de son collègue de travail et de ne pas avoir donné suite à ses courriers précités des 21 juin et 3 août 2018 dénonçant les faits. Toutefois, ces courriers, qui ainsi qu'il a été dit, ont été établis en réponse à une demande de la collectivité, ont pour objet principal de relater les faits du 24 avril 2018 et de répondre aux observations du supérieur hiérarchique de M. C, le courrier du 21 juin mentionnant par ailleurs qu'il a pour objet une demande de reconnaissance d'un accident du travail. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la commune aurait failli à une obligation de protection de son agent, lequel au demeurant n'a présenté aucune demande de protection fonctionnelle pour les agissements dont il déclare avoir été victime.
7. En dernier lieu, si compte tenu de l'illégalité dont elle est entachée, la décision du 14 juin 2019 du maire de la commune de Saint-Brieuc refusant de prendre en charge les arrêts de travail et soins de M. C à compter du 24 avril 2018 au titre d'un accident de service survenu à cette date présente un caractère fautif, le préjudice dont M. C sollicite la réparation dans le cadre de la présente instance est en lien non pas avec cette faute mais avec celles décrites aux points 5 et 6, lesquelles ne sont pas établies.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Brieuc.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que la commune de Saint-Brieuc sollicite sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Brieuc sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Brieuc
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, où siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
A. ALe président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026