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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001580

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001580

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001580
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 1er avril 2020, 12 janvier 2021, 28 février 2022, et 9 mars 2022, M. E et Mme D A B, représentés par la SELARL Ares, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Henvic à leur payer la somme de 68 483,25 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des fautes commises par la commune dans le classement de la parcelle cadastrée section A n° 1448 située lieudit " Hembreis " et de la délivrance de renseignements d'urbanisme erronés concernant ce terrain ;

2°) de majorer ces sommes des intérêts au taux légal à compter de la réception, le 11 décembre 2019, de leur demande d'indemnisation par la commune de Henvic ;

3°) de capitaliser chaque année ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Henvic la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commune a engagé sa responsabilité en leur opposant un certificat d'urbanisme opérationnel négatif le 4 juin 2019 fondé sur la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme alors qu'une note d'urbanisme délivrée le 5 mai 2007 indiquait le classement de la parcelle cadastrée section A n° 1448 en zone UB du plan local d'urbanisme sans tenir compte des dispositions de la loi littoral et que la commune a délivré le 13 décembre 2007 une autorisation de lotir ce terrain, permettant d'y construire une maison ;

- la demande indemnitaire n'est pas prescrite dès lors que l'inconstructibilité du terrain en raison de la loi littoral n'a été précisée que par le certificat d'urbanisme négatif délivré le 4 juin 2019.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2020 et le 3 mars 2022, la commune de Henvic, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la créance est prescrite ;

- elle n'a pas commis de faute et les requérants ont été imprudents.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022 :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Lefeuvre, de la SELARL Ares, représentant M. et Mme A B, et G, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Henvic.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A B ont acquis de (C)M. et Mme H(C), le 27 décembre 2007, la parcelle cadastrée section A n° 1488 d'une surface de 1 000 m² située lieudit " Hembreis " sur le territoire de la commune de Henvic. Ce terrain, issu de la division de la parcelle appartenant à M. et Mme H, avait fait l'objet d'une note de renseignement d'urbanisme délivrée le 5 mai 2007 précisant que le terrain était classé en zone UB par le plan d'occupation des sols de la commune approuvé le 24 janvier 2003. Saisi d'une demande de certificat d'urbanisme opérationnel, le maire de la commune de Henvic a délivré le 4 juin 2019 un certificat d'urbanisme indiquant que le projet de construction d'une habitation sur la parcelle cadastrée section A n° 1488 n'était pas réalisable en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Par un courrier du 10 décembre 2019, reçu le 11 décembre suivant à la mairie de Henvic, M. et Mme A B ont demandé l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des fautes de la commune concernant la constructibilité de leur terrain. Cette demande indemnitaire préalable ayant été implicitement rejetée, M. et Mme A B demandent au tribunal de condamner la commune de Henvic à leur verser la somme de 68 483,25 euros.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites au profit () des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". Selon l'article 3 de cette même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, (), ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance () ". Il résulte de ces dispositions que le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine du dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.

3. La prescription quadriennale n'a pu courir à l'égard de M. et Mme A B, qui ont cru que leur terrain était constructible en raison de la note de renseignements d'urbanisme délivrée le 5 mai 2007 précisant que le terrain était classé en zone UB constructible et de l'autorisation de lotir délivrée le 13 décembre 2007, qu'à compter du début de l'exercice qui a suivi celui au cours duquel ils ont disposé d'indications suffisantes concernant l'origine de leur dommage du fait des services de l'urbanisme de la commune, soit à la date de la notification de certificat d'urbanisme du 4 juin 2019 du maire de la commune de Henvic déclarant non réalisable le projet de construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastré section A n° 1488. La demande indemnitaire présentée par les requérants ayant été reçue par la commune de Henvic le 11 décembre 2019, cette créance n'était pas prescrite. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Henvic doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune :

4. Aux termes du I de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme, désormais codifié à l'article L. 121-8 de ce code : " L'extension de l'urbanisation doit se réaliser soit en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les zones déjà urbanisées, caractérisées par une densité significative des constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres constructions, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées des agglomérations.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la parcelle d'assiette du projet est située au lieudit " Hembreis ", qui comporte une dizaine de constructions non regroupées et se trouve séparé de toute autre forme d'urbanisation, notamment du lieudit du " Pont de la Corde ", par des parcelles non bâties, se trouvant au milieu d'un secteur à vocation agricole. Ainsi, la parcelle achetée par les requérants le 27 décembre 2007 se trouvait à cette date et se trouve toujours située à la date du présent jugement au sein d'une zone d'urbanisation diffuse éloignée des agglomérations et villages existants. L'autorisation d'une construction sur ce terrain constituerait une extension de l'urbanisation sans continuité avec un espace déjà urbanisé caractérisé par un nombre et une densité significatifs de constructions.

6. La commune de Henvic soutient cependant que les requérants ne sont pas fondés à en déduire l'illégalité du classement de la parcelle litigieuse en zone UB constructible par le plan d'occupation des sols approuvé le 24 janvier 2003 dès lors que la zone UB relie par un ensemble de zones constructibles le lieudit " Hembreis ", dont fait partie la parcelle cadastrée A 1488, au lieudit du " Pont de la Corde ", qui comporte un nombre plus important de constructions et que les plans locaux d'urbanisme sont soumis à un simple rapport de compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral en l'absence d'un schéma de cohérence territoriale. En l'espèce, le zonage constructible retenu par la commune s'étend de manière filamentaire en direction des constructions éparses du lieudit " Hembreis " et tend à conforter une urbanisation diffuse sans privilégier des extensions de l'urbanisation sur les parcelles les plus proches du lieudit du " Pont de la Corde " alors que, au surplus, ce dernier lieudit, qui apparaît situé au sein d'un espace proche du rivage, devrait uniquement faire l'objet d'extensions limitées de l'urbanisation. Dans ces conditions, le classement en zone urbaine UB constructible de la parcelle cadastrée section A n° 1488 était incompatible avec les dispositions du I de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme à la date à laquelle les requérants en ont fait l'acquisition. Elle est, d'ailleurs, depuis l'adoption le 10 février 2020 du plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat de Morlaix Communauté, intégrée au sein d'un secteur classé en zone agricole. M. et Mme A B sont, par suite, fondés à soutenir que la commune de Henvic a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors que le terrain qu'ils ont acquis était inconstructible en raison de la loi littoral et ne pouvait faire l'objet d'un classement en zone UB constructible.

7. D'autre part, alors même que la délivrance de notes de renseignement d'urbanisme n'est régie par aucun texte et ne confère à leur titulaire aucun droit, une commune reste tenue de délivrer à un administré des renseignements d'urbanisme exempts d'erreurs alors qu'elle dispose par ailleurs de la compétence pour délivrer des certificats d'urbanisme. Ainsi, le maire d'une commune qui dispose de cette compétence ne peut omettre d'indiquer, dans une telle note, les précisions permettant au propriétaire ou à l'acquéreur d'un terrain de constater son inconstructibilité, sans engager la responsabilité de cette commune. Par suite, en omettant, dans la note de renseignement d'urbanisme délivrée le 5 mai 2007, de mentionner l'applicabilité des dispositions du I de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme alors que leur application conditionnait l'inconstructibilité du terrain pour lequel les renseignements d'urbanisme étaient demandés, la commune de Henvic a également commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

8. Enfin, il résulte de ce qui précède que la commune ne pouvait, comme elle l'a fait, délivrer, par un arrêté du 13 décembre 2007, une autorisation de lotir la parcelle cadastrée section A n° 1488, résultant de la division d'une plus grande parcelle, pour y construire une maison d'habitation en précisant notamment dans son article 2 la surface constructible et dans son article 5 les modalités de délivrance du permis de construire sur le lot créé.

En ce qui concerne le lien de causalité :

9. La commune de Henvic conteste le lien de causalité qui pourrait exister entre les fautes commises dans le classement en zone UB de la parcelle cadastrée section A n° 1488 au plan local d'urbanisme et dans la délivrance de la note de renseignements d'urbanisme du 5 mai 2007 et les préjudices invoqués résultant de la circonstance que M. et Mme A B ont acheté un terrain qu'ils ont cru, à tort, constructible. Toutefois, les fautes relevées aux points 4 à 8 ont été de nature à présenter une information erronée sur la qualité du terrain acheté et les requérants sont ainsi fondés à solliciter l'indemnisation des préjudices résultant directement des illégalités fautives commises par la commune de Henvic.

En ce qui concerne les causes exonératoires :

10. La commune de Henvic soutient que les requérants ont commis une imprudence fautive en se portant acquéreurs d'un terrain, sans disposer de certitude sur sa constructibilité, en l'absence de demande préalable d'un permis de construire ou d'un certificat d'urbanisme alors même que l'acte de vente du 27 décembre 2007 attirait l'attention des acheteurs sur les " risques encourus liés à la non délivrance d'un certificat d'urbanisme " se rapportant à l'opération projetée concernant le bien acquis avec le risque d'une dépréciation du bien et " l'empêchement de l'utiliser pour l'usage auquel on le destine " et la privation de tout recours contre quiconque.

11. Il est constant que la délivrance d'un certificat d'urbanisme indiquant, sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, si un projet de construction est réalisable, constitue, sauf circonstances particulières, une assurance suffisante de la constructibilité d'un terrain dont les requérants se sont privés. Cependant, s'il peut être reproché aux requérants de ne pas avoir sollicité un tel document, il résulte de l'instruction que l'acte de vente du 27 décembre 2007 mentionne l'arrêté du 13 décembre 2007 du maire de la commune de Henvic qui autorisait la création d'un lot correspondant au terrain faisant l'objet de la vente. Cet arrêté, qui mentionnait explicitement la surface constructible et les conditions préalables à la délivrance d'un permis de construire, était de nature à faire présumer à M. et Mme A B, qui ne sont pas des professionnels de l'immobilier, que le terrain était constructible. Dans ces conditions, dès lors qu'une quinzaine de jours avant la vente, la commune autorisait la création d'un lot pour y bâtir une maison d'habitation, rien ne permet de retenir que la commune de Henvic aurait été susceptible de mentionner l'absence de constructibilité de ce même terrain si un certificat d'urbanisme ou un permis de construire avait été sollicité préalablement à la vente. Par suite, dans ces circonstances, les requérants ne peuvent être regardés comme ayant commis une imprudence fautive en ne subordonnant pas leur achat à l'obtention préalable d'un certificat d'urbanisme positif ou à une clause suspensive concernant l'obtention d'un permis de construire purgé de tout recours préalablement à la vente.

12. Si la commune soutient que M. et Mme A B pouvaient exercer une action en nullité devant le juge judiciaire pour erreur substantielle sur les qualités de l'objet de la vente, cette action n'est pas exclusive de celle dirigée contre la commune devant la juridiction administrative sur le fondement de la responsabilité pour faute, ni de nature à écarter la responsabilité de la commune.

En ce qui concerne les préjudices :

13. En premier lieu, M. et Mme A B, qui justifient d'un compromis de vente du 27 février 2019 portant sur la parcelle cadastrée section A n° 1488 pour une somme de 50 000 euros demandent l'indemnisation du préjudice résultant de la différence entre la valeur vénale de ce terrain et celle de 450 euros, qu'ils extrapolent d'une évaluation établie par un notaire le 21 décembre 2017 " compte tenu de sa situation et du marché immobilier actuellement pratiqué dans ce secteur ", pour un bien situé lieudit " Hembreis ". Toutefois les requérants ont seulement droit à une indemnité égale à la différence entre le prix versé pour l'acquisition du terrain litigieux soit 35 000 euros et la valeur vénale du même terrain, appréciée à la date à laquelle il a été établi que ce terrain était inconstructible. Si la commune de Henvic soutient que le terrain en cause pourrait être utilisé comme terrain de loisir, elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'il pourrait être valorisé comme un terrain d'agrément alors qu'elle ne conteste pas qu'il est désormais classé en zone agricole. En revanche, le terrain de M. et Mme A B peut être valorisé au prix d'un terrain agricole. Or, suivant le barème indicatif de la valeur vénale moyenne des terres agricoles en 2019 établi par décision du 28 septembre 2020 du ministre de l'agriculture et de l'alimentation, la valeur moyenne des terres agricoles pour les parcelles du littoral breton nord est égale à 7 890 euros par hectare, soit 0,789 euros le mètre carré. Le terrain de M. et Mme A B présentant une surface de 1 000 m², il doit pouvoir être valorisé au prix de 789 euros. Par suite, il y a lieu de fixer le montant du préjudice tiré de la perte de valeur du terrain à la différence entre le prix d'achat et le prix du terrain non constructible, soit à hauteur de 34 211 euros.

14. En deuxième lieu, il ressort du décompte définitif établi par le notaire chargé de la vente du terrain litigieux que M. et Mme A B ont versé 3 287,99 euros au titre des frais d'acquisition Il sera fait une juste appréciation du montant des frais de vente qui auraient été versés pour l'achat d'un terrain au prix de 789 euros en le fixant à 500 euros. Ainsi, il y a lieu de fixer le montant du préjudice relatif aux frais d'acquisition en retenant la différence entre les frais versés par M. et Mme A B et ceux qu'ils auraient versés pour l'achat d'un terrain inconstructible, soit la somme de 2 787,99 euros.

15. En troisième lieu, M. et Mme A B, qui justifient avoir emprunté en 2007 une somme de 35 000 euros qu'ils ont achevé de rembourser en 2015, demandent le paiement d'une somme de 6 433,25 euros correspondant aux intérêts et aux cotisations d'assurance. Les requérants, qui ont droit à l'indemnisation de la différence entre les frais financiers liés à l'achat du terrain et ceux qu'ils auraient supportés s'ils avaient acheté ce terrain comme non constructible, n'auraient certainement pas emprunté pour payer cette parcelle au prix de 789 euros, alors qu'il résulte du tableau de financement du 15 mai 2017 qu'ils disposaient d'un apport personnel leur permettant de financement les frais de notaire et d'acquisition du bien litigieux. Ils sont ainsi fondés à demander le paiement de cette somme de 6 433,25 euros.

16. En quatrième lieu, les requérants justifient avoir acquitté des taxes foncières pour le terrain litigieux pour un montant de 705 euros. La circonstance invoquée par la commune que les taxes foncières sont calculées sur la valeur du terrain conformément aux règles fiscales en vigueur ne fait pas obstacle à ce que soient indemnisées ces dépenses, qui n'auraient pas été exposées si les requérants avaient été informés de l'absence de constructibilité de leur terrain. Par suite, il y a lieu de les indemniser à ce titre à hauteur de la somme qu'ils demandent.

17. En cinquième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque les intéressés ont qualité de partie à l'instance, la part de leur préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause. Si les requérants sollicitent le paiement d'une somme de 1 440 euros correspondant à des provisions pour les honoraires de leur conseil, avant l'envoi de leur requête indemnitaire préalable, ils ne détaillent ni ne justifient les frais dont ils demandent l'indemnisation. Par suite, la demande de M. et Mme A B tendant à être indemnisés des frais d'avocat exposés à l'occasion de la présente instance doit être rejetée.

18. En dernier lieu, M. et Mme A B demandent l'indemnisation de leur préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence en invoquant leur attachement à la Bretagne où ils séjournent régulièrement. Cependant s'il n'est pas contesté qu'ils ont entendu acheter un terrain constructible, ils ne justifient pas, en l'absence de tout projet de construction sur ce terrain qu'ils entendaient vendre, à la suite du compromis de vente signé le 4 juin 2019, de la remise en cause d'un projet de vie en raison de la découverte du caractère inconstructible de leur terrain. Par suite, il n'y a pas lieu de leur allouer une indemnisation à ce titre.

19. Il résulte de tout ce qui précède que le montant total des préjudices subis par M. et Mme A B en conséquence des fautes commises par la commune de Henvic, doit être fixé à la somme de 44 137,24 euros.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

20. En application de l'article 1231-6 du code civil, M. et Mme A B ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 44 137,24 euros à compter du 11 décembre 2019, date à laquelle la commune de Henvic a réceptionné leur demande préalable indemnitaire.

21. En application de l'article 1343-2 du code civil, M. et Mme A B ont droit à la capitalisation des intérêts à compter du 11 décembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Henvic une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A B, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Henvic au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Henvic est condamnée à verser à M. et Mme A B la somme de 44 137,24 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 décembre 2019. Les intérêts échus à la date du 11 décembre 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Henvic versera à M. et Mme A B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Henvic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E et Mme D A B et à la commune de Henvic.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

C. F

L'assesseure la plus ancienne,

F. Plumerault

Le greffier,

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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