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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001674

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001674

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001674
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE DAVOCATS LE ROUX - MORIN - BARON - WEEGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires enregistrés les 8 avril 2020 et 28 avril 2021,

Mme A C, représentée par la SCP Le Roux - Morin - Baron - Weeger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2020 par laquelle le maire de la commune

de Trémuson a refusé d'indemniser les préjudices que lui a causé sa chute de vélo le

2 septembre 2017 ;

2°) de condamner la commune de Trémuson à lui verser la somme de 24 115,31 euros en réparation du préjudice que lui a causé sa chute de vélo le 2 septembre 2017 ;

3°) de condamner la commune de Trémuson à la prise en charge des frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le maire de la commune de Trémuson a commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police du L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

- il aurait dû prendre un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles sur sa commune ou mettre en œuvre la procédure d'évacuation prévue par l'article 9-II alinéa de la loi du 5 juillet 2000 ;

- la responsabilité de la commune est également engagée en raison d'un dommage pour travaux public ;

- la présence du tuyau constitue un défaut d'entretien normal ;

- ses préjudices doivent être évalués comme suit :

- 9 600 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

- 2 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;

- 1 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;

- 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;

- 7 000 euros au titre de ses souffrances endurées ;

- 2 038,95 euros au titre de déficit fonctionnel temporaire ;

- 1 470 euros au titre de ses besoins en assistance par tierce personne ;

- 6,36 euros au titre de la franchise des jours de carence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2020, la commune de Trémuson conclut :

- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête pour défaut de liaison du contentieux ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête et des prétentions indemnitaires de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine ;

- à titre infiniment subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires de Mme C ;

- de mettre à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable car ne liant pas le contentieux ;

- le maire n'a pas commis de faute ;

- la présence du tuyau ayant causé la chute de Mme C résulte du fait d'un tiers de nature à exonérer sa responsabilité ;

- concernant le défaut d'entretien normal, la requérante n'établit pas le lien de causalité entre sa chute et le tuyau, par ailleurs, le défaut d'entretien normal n'est pas établi ;

- Mme C a commis une faute d'inattention ;

- l'indemnisation des préjudices de Mme C doit être ramenée à de plus justes proportions.

Par un mémoire enregistré le 5 août 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine, demande au tribunal de condamner la commune de Trémuson à lui verser la somme de 9 208,34 euros au titre de ses débours, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle fait valoir que :

- il appartenait au maire de retirer le tuyau qui a causé la chute de Mme C ;

- la présence du tuyau constitue un défaut d'entretien normal ;

- ses débours sont attestés par l'attestation d'imputabilité du médecin conseil.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1900896 du 17 octobre 2019, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,

- et les observations de Me Colas, représentant la commune de Trémuson.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 septembre 2017, Mme C est partie faire une promenade à vélo et a chuté à proximité immédiate de son domicile, en raison de la présence d'un tuyau traversant la voie communale sur la commune de Trémuson. Ledit tuyau étant branché sur une borne incendie, mis en place de manière illégale par des personnes appartenant à la communauté des gens du voyage, occupant une parcelle appartenant à Saint-Brieuc agglomération. Par la suite, Mme C a sollicité la tenue d'une expertise judiciaire à l'effet de déterminer l'étendue des préjudices consécutifs à l'accident dont elle a été victime le 2 septembre 2017. Par une ordonnance du

13 mai 2019, le président du tribunal administratif de Rennes a désigné le docteur B à cette fin, lequel a rendu son rapport le 3 octobre 2019. Le 4 février 2020, Mme C a adressé à la commune de Trémuson une demande indemnitaire tendant à ce que la somme de 24 115,31 euros lui soit allouée en réparation des préjudices résultant de sa chute du 2 septembre 2017. Cette demande a été rejetée par le maire de la commune par un courrier du 18 février 2020. Mme C demande la condamnation de la commune de Trémuson à la somme de 24 115,31 euros.

2. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine, demande au tribunal de condamner la commune de Trémuson à lui verser la somme de 9 208,34 euros au titre des débours qu'elle a versés à Mme C et le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur le principe de la responsabilité de la commune de Trémuson :

Sur la responsabilité sans faute :

3. Mme C met en cause la responsabilité de la commune sur le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qui consistait selon elle en la présence du tuyau sur la voie communale. Elle fait également valoir que son accident est directement lié à des travaux.

4. D'une part, il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu sur une voie publique de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de cet ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que celui-ci faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. D'autre part, même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.

6. A l'appui de sa demande, Mme C produit deux attestations circonstanciées de ses deux filles quant à la cause de sa chute, toutes deux, témoins de l'accident, ainsi qu'un compte rendu opératoire du 5 septembre 2017 relatif à une fracture enfoncement plateau tibial externe du genou gauche et une réduction, ostéosynthèse par plaque LCP et substitut osseux, ainsi que différents courriers médicaux attestant de sa prise en charge par les services du centre hospitalier de Saint-Brieuc du 4 au 8 septembre 2017. Il ne peut, dès lors, être contesté que

Mme C a été victime d'une chute de vélo à proximité de son domicile sur la commune

de Trémuson le 2 septembre 2017. Si Mme C impute sa chute à la présence d'un tuyau raccordé à une bouche d'incendie et destiné à alimenter un campement de gens du voyage

occupant illégalement une parcelle appartement à Saint-Brieuc agglomération, toutefois, il ressort notamment des photographies, non datées versées au dossier, que le tuyau présentait une taille ou une grosseur particulière. En outre, il n'est pas contesté que Mme C circulait en plein jour et que ses filles mentionnent dans leurs attestations que le tuyau était présent depuis au moins plusieurs jours. Dans ces circonstances le lieu de la chute ne présentait, par conséquent, pas un risque excédant ceux que les usagers peuvent s'attendre à rencontrer lorsqu'ils circulent sur la

voie publique, et contre lesquels ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires. Par suite, l'accident dont a été victime Mme C ne peut être regardé comme imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

7. Par ailleurs, si Mme C se prévaut de sa qualité de tiers à des travaux publics pour rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Trémuson, elle ne vient pas préciser la nature ou l'objet même de ces travaux. Dans ces conditions, elle ne permet pas d'apprécier la portée de ce moyen.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Trémuson.

Sur la responsabilité pour faute :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. () ". Selon les dispositions de l'article L 2212-1 du même code :

" Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ".

10. Si la requérante estime qu'il appartenait au maire au titre de ses pouvoirs de police de procéder au retrait du tuyau, toutefois, comme il a été dit au point 6 du présent jugement, l'obstacle qu'il constituait n'était pas de ceux qu'un usager ne peut s'attendre à rencontrer. Dans

ces circonstances, le maire n'était pas tenu de retirer ou même d'en signaler la présence. En outre, il n'est pas contesté que la mise en place du tuyau litigieux a été réalisée pour alimenter un camp de gens du voyage par des membres de celui-ci et ce sans autorisation de la commune. Dans ces circonstances, la commune de Trémuson est par ailleurs fondée à soutenir que l'origine du sinistre de Mme C trouve son origine dans le fait du tiers de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable " Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du

5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage [ prévoyant l'interdiction de stationner en dehors des aires d'accueil aménagées et la possibilité de demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux ], lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. ".

12. Il résulte du I A de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales que sont transférées au président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'aires d'accueil et terrains de passage des gens du voyage les attributions normalement conférées aux maires par les dispositions citées au point précédent.

13. Il ne résulte pas de l'instruction que le président de Saint-Brieuc agglomération aurait pris un arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage en dehors des aires d'accueil aménagées à cet effet. Dès lors qu'il appartenait au président de Saint-Brieuc agglomération qui était compétent pour exercer ces compétences, Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Trémuson sur ce fondement.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Trémuson.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de la commune de Trémuson n'est pas engagée. Par conséquent, Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation de cette commune au versement de la somme de 24 115,31 euros en réparation de ses préjudices. Par voie de conséquence, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation de la commune au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

16. En application des dispositions des articles R. 761-1, R. 532-5 et R. 621-13 du code de justice administrative, il y a lieu, au titre des dépens, de mettre définitivement à la charge de Mme C, partie perdante, les frais de l'expertise confiée en référé au docteur B, taxés et liquidés par l'ordonnance du 1er avril 2019 à la somme de 1 000 euros.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Trémuson, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la commune de Trémuson au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les frais de l'expertise médicale liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros, sont mis à la charge solidaire définitive de Mme C.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Trémuson sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, à la caisse primaire d'assurance maladie des Cotes-d'Armor et à la commune de Trémuson.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. D

Le président

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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