vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001800 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 22 avril 2020, 14 février 2022, 21 mars 2022 et 22 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Le Chevanton-Coursier, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Crozon à lui payer la somme de 91 960 euros en raison des défaillances du réseau d'assainissement de la commune, qui lui ont fait perdre une chance de vendre le terrain cadastrée section IX n° 319 lui appartenant ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Crozon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune a méconnu les règles communautaires, nationales et locales applicables au traitement des eaux et n'a pas respecté les prescriptions de la préfecture ni donné suite aux mises en demeure d'engager des travaux de mise en conformité du réseau d'assainissement alors qu'elle délivrait des permis d'aménager et de construire ;
- la commune ne peut invoquer le contrat d'affermage la liant avec la société fermière alors que les dommages imputables à la nature et au dimensionnement du réseau d'assainissement relèvent de sa responsabilité et sont à l'origine de son préjudice ; elle ne peut pas plus invoquer la possibilité de mettre en place d'un système d'assainissement autonome sur le terrain en cause pour écarter sa responsabilité alors qu'il lui incombe d'assurer le service public d'assainissement ;
- l'absence de mise aux normes du réseau d'assainissement constitue une faute imputable à la commune, qui lui a fait perdre une chance de vendre son terrain ;
- la parcelle qui a fait l'objet du permis de construire qui a été retiré n'est toujours pas vendue contrairement à ce que soutient la commune.
Par quatre mémoires en défense, enregistrés le 23 août 2021, le 24 septembre 2021, le 11 mars 2022 et le 28 mars 2022, la commune de Crozon, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022 :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Moreau-Verger, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Crozon.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 octobre 2013, la commune de Crozon a délivré un permis d'aménager cinq lots sur un lotissement dénommé " Cap à l'Ouest " situé route du Pouldu à Crozon. Mme C est notamment devenue propriétaire d'un lot situé au sein du lotissement " Cap à l'Ouest ", cadastré section IX n° 319. Ce terrain a fait l'objet, le 24 août 2019, d'un compromis de vente avec une condition suspensive portant sur l'obtention d'un permis de construire, purgé de tout recours, pour la construction d'une maison individuelle. Par un arrêté du 10 décembre 2019, la commune de Crozon a délivré le permis de construire portant sur cette parcelle. Cependant à la suite d'un recours gracieux de la sous-préfète de Châteaulin demandant le retrait de cet arrêté, le maire de la commune de Crozon a, par un arrêté du 28 février 2020, retiré cet arrêté au motif que la construction d'une habitation se raccordant au réseau d'assainissement communal défaillant serait de nature à porter atteinte à la salubrité publique. Se prononçant à nouveau sur la demande de permis de construire portant sur le terrain objet du compromis de vente, le maire de Crozon a, par un arrêté du 5 mars 2020, refusé de délivrer un permis de construire en raison de la défaillance du système d'assainissement des eaux usées de la commune et du risque d'atteinte à la salubrité. La vente de la parcelle cadastrée section IX n° 319 n'ayant pu être réalisée, Mme C, par un courrier du 19 février 2020 reçu le lendemain, a demandé à la commune de Crozon de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes de la commune qui n'a pas mis aux normes le réseau d'assainissement des eaux usées de la commune depuis l'arrêté préfectoral du 5 août 2016 la mettant en demeure de régulariser son système d'assainissement et qui ont conduit à l'échec de la vente de son terrain. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Crozon à lui verser la somme de 91 960 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
2. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". Aux termes de l'article R. 111-2 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire ne doit pas être délivré si le réseau public d'assainissement collectif ne permet pas, sans risque pour la salubrité publique, d'assurer l'assainissement de la nouvelle construction autorisée.
3. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la lettre du maire de la commune de Crozon du 10 février 2020 informant les pétitionnaires du motif du retrait du permis de construire sollicité dans le cadre de la vente du terrain de Mme C, que les travaux réalisés pour mettre aux normes le réseau d'assainissement de la commune étaient encore insuffisants pour respecter l'arrêté du préfet du Finistère du 5 août 2016 la mettant en demeure de régulariser son système d'assainissement et de limiter les raccordements au système de collecte. La préfecture du Finistère ayant informé la commune de Crozon que la délivrance d'un nouveau permis de construire serait de nature à porter atteinte à la salubrité au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire de Crozon concluait ce courrier en retenant que le permis de construire était illégal pour ce motif et qu'il devait être retiré.
4. Si la commune soutient qu'elle avait engagé depuis plusieurs années des mesures pour rendre plus conforme le réseau d'assainissement, il est constant que l'arrêté du préfet du Finistère du 5 août 2016 imposant une mise aux normes n'a été abrogé que le 30 juillet 2000, soit après le retrait du permis de construire qui a compromis la vente du terrain de Mme C.
5. La commune invoque le contrat d'affermage confiant depuis 2010 le service d'assainissement à une société fermière, pour soutenir que les conclusions de la requête seraient mal dirigées. Cependant le contrat de délégation qu'elle produit porte seulement sur l'exploitation et l'entretien des ouvrages remis par la commune à cette société pour assurer le service d'assainissement collectif. La commune de Crozon reste, selon l'article 2 du contrat d'exploitation de ce service public, responsable des ouvrages et des travaux et à ce titre les dommages imputables à la nature et au dimensionnement du réseau d'assainissement relèvent de sa responsabilité. Les défaillances relevées par l'arrêté du préfet du Finistère du 5 août 2016 étant liées à la nature et au dimensionnement des installations d'assainissement, Mme C est bien fondée à rechercher la responsabilité de la commune.
6. La commune de Crozon soutient encore pour s'exonérer de sa responsabilité que le terrain était constructible et pouvait faire l'objet d'un permis de construire à la condition de mettre en place un système d'assainissement autonome sur le terrain en cause. Toutefois, d'une part, elle n'a pas décidé de délivrer le permis de construire sollicité en faisant usage d'une prescription particulière, mais a refusé le 5 mars 2020 de délivrer un permis de construire après le retrait du permis de construire initialement accordé et d'autre part, il lui incombe d'assurer le bon fonctionnement du service public d'assainissement alors que le terrain en cause avait vocation à être raccordé à ce réseau.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à soutenir que la commune de Crozon a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en n'étant pas en mesure de délivrer un permis de construire sur un terrain constructible au seul motif, qu'elle ne pouvait ignorer que son système d'assainissement, faute de mise au norme, ne permettait plus de nouveaux raccordements sans risque pour la salubrité publique. En revanche, si l'état de ce réseau était défaillant avant cet arrêté, il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel risque existait lorsque le permis d'aménager le lotissement " Cap à l'Ouest " a été délivré le 23 octobre 2013 et ce alors qu'une autorisation de lotir n'a pas pour effet direct d'autoriser un branchement sur le réseau de la commune.
En ce qui concerne le lien de causalité et les préjudices :
8. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la lettre du 22 février 2020 des acquéreurs potentiels du terrain de Mme C sous condition suspensive d'obtention d'un permis de construire, que la vente n'a pu se réaliser à la suite du retrait du permis de construire illégalement délivré par la commune le 10 décembre 2019 en raison des défaillances du système d'assainissement communal. Dans ces conditions, le lien de causalité entre la non-réalisation de la vente et l'absence de mise aux normes du réseau d'assainissement est établi.
9. Si une illégalité constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune, elle n'ouvre droit à indemnité que dans la mesure où le requérant justifie d'un dommage actuel, direct et certain. La perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison d'un refus illégal de permis de construire revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Il est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
10. En premier lieu, Mme C demande le paiement de la somme de 76 960 euros correspondant au prix fixé dans le compromis de vente signé le 24 août 2019 pour la vente du terrain lui appartenant. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'arrêté du préfet du Finistère du 30 juin 2020 abrogeant l'arrêté du 5 août 2016, la commune a pu délivrer un nouveau permis de construire juste en face du terrain appartenant à Mme C avec possibilité de se raccorder au réseau d'assainissement collectif. Il ne résulte d'aucune pièce du dossier que la parcelle cadastrée section IX n° 319 lui appartenant qui est bien desservie par le réseau d'assainissement ne pourrait toujours pas s'y raccorder. Dans ces conditions, le risque pour la salubrité ayant cessé, le terrain en litige est désormais susceptible de faire l'objet d'un permis de construire et il n'apparaît pas que sa vente pourrait se réaliser à un prix inférieur à celui qui était fixé par le compromis. Dès lors, le préjudice invoqué correspondant à la perte de chance de vendre un terrain constructible ne présente aucun caractère certain. Cette demande doit être rejetée.
11. En deuxième lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé a qualité de partie à l'instance, la part du préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause. Mme C demande à être indemnisée de frais de procédure à hauteur de 10 000 euros. Cependant elle ne précise pas ce qu'elle estime être des frais de procédure et en tout état de cause n'apporte aucun justificatif susceptible de permettre au tribunal d'apprécier la portée de sa demande. Par suite, cette demande doit être rejetée.
12. En dernier lieu Mme C, qui demande l'indemnisation de son préjudice moral, fait valoir qu'elle a été directement affectée par l'absence de vente de ce terrain qui lui avait été attribué comme prestation de compensation à la suite de son divorce alors qu'elle se trouvait démunie étant sans ressource et sans emploi. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante et découlant de l'impossibilité de disposer d'un permis de construire qui a fait obstacle à la vente de son terrain, en lui allouant à ce titre la somme de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Crozon une somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Crozon, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La commune de Crozon est condamnée à verser à Mme C la somme de 1 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La commune de Crozon versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Crozon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Crozon.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
C. B
L'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Plumerault
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026