vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001814 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | L'HOSTIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 avril 2020 et le 17 août 2021, M. et Mmes G, I et F H, représentés par Me L'Hostis, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Pierre Le Damany de Lannion (CHL) à leur verser la somme totale de 101 510,60 €, assortie des intérêts de droit et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge du CHL la somme de 4 000 € au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- sur la responsabilité :
- le CHL a commis une faute de diagnostic de nature à engager sa responsabilité ;
- la prise en charge de Mme H a été entachée d'un retard fautif ;
- le CHL a méconnu son obligation d'information ;
- sur les préjudices :
- en ce qui concerne les préjudices de la victime directe, Mme G H :
- s'agissant des préjudices patrimoniaux : frais de médecin conseil : 960 € ; frais de communication du dossier médical : 80,12 € ; frais d'assistance par tierce personne : 740,48 € ;
- s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire : 3 335 € ; souffrances endurées : 20 000 € ; déficit fonctionnel permanent : 30 000 € ; préjudice d'agrément : 5 000 € ; préjudice sexuel ; 5 000 € ; préjudice d'impréparation : 10 000 € ;
- en ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
- s'agissant de Mme I H : frais de déplacement : 1 395 € ; préjudice extrapatrimonial exceptionnel : 10 000 € ; préjudice d'affection : 15 000 € ;
- s'agissant de M. F H : préjudice d'affection : 10 000 €
- ces sommes porteront intérêts à compter du 21 février 2020, date de la demande indemnitaire préalable. Les intérêts seront capitalisés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, le CHL, représenté par Me Maillard, demande au tribunal de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation versée aux consorts H et de rejeter les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine.
Il fait valoir que :
- l'intervention de la CPAM d'Ille-et-Vilaine est irrecevable faute pour Mme E de démontrer qu'elle dispose d'une délégation de pouvoir ;
- sur la responsabilité : aucun manquement à l'obligation d'information n'a été commis ;
- sur les préjudices :
- il y a lieu de ramener à de plus justes proportions les préjudices suivants : déficit fonctionnel temporaire : 1 497,60 € ; souffrances endurées : 5 600 € ; déficit fonctionnel permanent : 9 160 € ;
- il y a lieu de rejeter les préjudices suivants : frais de médecin conseil ; frais d'assistance par tierce personne ; préjudice d'agrément ; préjudice sexuel ; préjudice d'impréparation ; frais de déplacement de Mme I H ; préjudice d'affection des victimes indirectes ; préjudice extrapatrimonial exceptionnel de Mme I H ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu de réduire à de plus justes proportions les sommes allouées à la CPAM d'Ille-et-Vilaine.
Par des mémoires, enregistrés le 9 juin 2021, les 1er et 2 juillet 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal de condamner le CHL à lui verser, outre l'indemnité forfaitaire de gestion, la somme de 29 689,66 € au titre de ses débours ainsi que la somme de 1 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, par subrogation dans les droits de la victime, pour obtenir le remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de Mme H, qui sont en rapport avec les soins liés la prise en charge du 8 avril 2013.
Mme H a été admise à l'aide juridictionnelle partielle le 5 décembre 2019.
Vu :
- l'ordonnance n° 2001993 du 19 février 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a condamné le CHL à verser à Mme G H une provision de 18 230 € ;
- l'ordonnance du 29 août 2019 par laquelle le président du tribunal a taxé les honoraires de l'expert à la somme de 3 652,47 € ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me L'Hostis, représentant les requérants et celles de Me Maillard, représentant le CH de Lannion-Trestel.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G H a subi le 8 avril 2013, à l'âge de 63 ans, une intervention au CHL en raison d'une hernie hiatale. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge par le CHL, Mme H a saisi le juge des référés du tribunal, qui a ordonné la réalisation d'une expertise confiée au docteur D, spécialiste en chirurgie viscérale et digestive. Le rapport a été déposé le 3 juin 2019. Par une ordonnance n° 2001993 du 19 février 2021, le juge des référés du tribunal a condamné le CHL à verser à Mme H une provision d'un montant de 18 230 €. Par un courrier daté du 21 février 2020, les consorts H ont adressé en vain au CHL une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Les requérants demandent au tribunal de condamner le CHL à les indemniser des conséquences dommageables de la prise en charge de Mme G H par cet établissement.
Sur la fin de non-recevoir opposée à l'intervention de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code de la sécurité sociale : " Tout organisme de sécurité sociale est tenu d'avoir un directeur général ou un directeur et un directeur comptable et financier. / () Le directeur général ou le directeur décide des actions en justice à intenter au nom de l'organisme dans les matières concernant les rapports dudit organisme avec les bénéficiaires des prestations, les cotisants, les producteurs de biens et services médicaux et les établissements de santé, ainsi qu'avec son personnel, à l'exception du directeur général ou du directeur lui-même. Dans les autres matières, il peut recevoir délégation permanente du conseil ou du conseil d'administration pour agir en justice. Il informe périodiquement le conseil ou le conseil d'administration des actions qu'il a engagées, de leur déroulement et de leurs suites. / Le directeur général ou le directeur représente l'organisme en justice et dans tous les actes de la vie civile. Il peut donner mandat à cet effet à certains agents de son organisme ou à un agent d'un autre organisme de sécurité sociale ".
3. Il résulte de l'instruction que par une décision du 1er janvier 2019, Mme C, directrice de la CPAM d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à Mme B E, chargée d'études juridiques aux fins de représenter l'organisme devant toutes les juridictions dans le cadre des recours subrogatoires prévus aux articles L. 376-1 et suivants et L. 454-1 et suivants du code de la sécurité sociale à compter du 1er janvier 2019. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de Saint-Brieuc tirée de ce que Mme E n'a pas qualité à agir doit être écartée.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la faute :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise que Mme H s'est fait diagnostiquer un reflux gastro-œsophagien sur hernie hiatale par glissement. Mme H a été hospitalisée au CHL à partir du 7 avril 2013 et a subi une intervention chirurgicale le 8 avril 2013 au cours de laquelle d'une part la technique opératoire a été modifiée en raison des difficultés à réduire la hernie hiatale et, d'autre part, une plaie a été faite dans une veine splénique accessoire. Il résulte de l'instruction qu'au décours immédiat de l'intervention, Mme H a été victime de douleurs, de difficultés à respirer puis d'une désaturation qui ont nécessité la réalisation le 16 avril 2013 d'un angio-scanner pulmonaire et d'un scanner abdomino-pelvien. Ces examens ont permis d'identifier un hématome sous capsulaire de la rate. Il résulte de l'instruction, d'une part, que cet hématome, qui a par la suite été à l'origine d'une pleurésie, était d'origine péri-splénique et présentait un lien avec la plaie survenue au cours de l'intervention du 8 avril 2013. A ce titre, il résulte de l'instruction que dès le 11 avril 2013, cette plaie devait faire l'objet d'une surveillance particulière ainsi que le relève un courrier de l'unité de surveillance du CHL. Dans ces conditions, le CHL a commis une faute dans le diagnostic de Mme H au décours de l'intervention du 8 avril 2013. D'autre part, les douleurs et difficultés respiratoires ressenties par Mme H ont été constatées dès le lendemain de l'intervention et se sont aggravées dès le 10 avril 2013. Dans ces conditions, en ne réalisant des examens complémentaires que le 16 avril 2013, soit 6 jours après la survenance de gênes importantes, le CHL a entaché sa prise en charge de Mme H d'un retard fautif de nature à engager sa responsabilité.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Elle est également informée de la possibilité de recevoir, lorsque son état de santé le permet, notamment lorsqu'elle relève de soins palliatifs au sens de l'article L. 1110-10, les soins sous forme ambulatoire ou à domicile. Il est tenu compte de la volonté de la personne de bénéficier de l'une de ces formes de prise en charge. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
7. Mme H a signé un formulaire de consentement éclairé le 20 février 2013 à l'occasion d'une consultation préopératoire. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du docteur D que si le formulaire de consentement ne comporte pas mention des risques prévisibles dans le cadre de l'intervention prévue le 8 avril 2013, Mme H a été interrogée lors des opérations d'expertise par le docteur D et qu'elle a confirmé avoir reçu en préopératoire une information loyale et suffisante des risques concernant l'intervention. En outre, Mme H n'apporte aucun élément de nature à contredire les déclarations recueillies par l'expert et ne démontre pas, notamment, ne pas avoir été destinataire d'informations relatives aux risques dans un autre cadre que le seul formulaire de consentement éclairé. Par ailleurs, il résulte de l'expertise ainsi que des dires des parties que le manquement à l'obligation d'information invoqué par Mme H concernerait en réalité son état de santé à la suite de l'intervention, ce qui n'est pas contesté par la requérante. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le CHL n'a pas méconnu son obligation d'information.
En ce qui concerne la perte de chance :
8. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
9. Il résulte de l'expertise du docteur D que le retard fautif dans la prise en charge de Mme H au décours de l'intervention ainsi que l'erreur de diagnostic lors de la réalisation des scanners le 16 avril 2013 ont empêché la prise en charge rapide de l'épanchement pleural dont elle a été victime. Ces fautes ont compromis les chances de Mme H d'échapper à une aggravation de son état de santé dans une proportion qu'il y a lieu d'évaluer, conformément à la proposition de l'expert, à 80 %.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe, Mme G H :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
10. En premier lieu, il y a lieu de rembourser les requérants des frais du médecin conseil, qui a produit un certificat médico-légal au cours de la procédure de référé-expertise, ces frais présentant un caractère utile à la solution du litige et dont le montant s'élève à la somme de 960 € selon justificatif. Cette somme sera mise à la charge du CHL sans qu'il soit fait application du taux de perte de chance, dès lors qu'elle résulte entièrement de la faute commise par l'établissement hospitalier.
11. En deuxième lieu, il y a lieu de rembourser les requérants des frais de communication du dossier médical, ces frais présentant un caractère utile à la solution du litige et dont le montant s'élève à la somme de 80,12 € selon justificatif. Cette somme sera mise à la charge du CHL sans qu'il soit fait application du taux de perte de chance, dès lors qu'elle résulte entièrement de la faute commise par l'établissement hospitalier.
12. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise que les fautes commises par le CHL ont nécessité le recours à une aide-ménagère d'une durée de 75 jours à la suite de l'intervention du 8 avril 2013, puis de 45 jours à la suite de la seconde intervention, du 17 mars 2016. Il y a lieu de mettre à la charge du CHL ces frais qui présentent un lien direct avec le dommage causé par les fautes de l'établissement hospitalier. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant selon les justificatifs produits par les requérants à 740,48 €, soit
13. En troisième lieu, l'expert a retenu un besoin en assistance par tierce personne à raison des complications dont elle a été victime lors de son hospitalisation au CHL pour une période de 75 jours à la suite de l'intervention du 8 avril 2013, puis de 45 jours à la suite de la reprise chirurgicale du 17 mars 2016. Dans ces conditions, le besoin en assistance par tierce personne non spécialisée, qu'il y a lieu d'évaluer à 3 heures par semaine pour la période du 7 mai au 23 juillet 2013, puis pour la période du 24 mars au 8 mai 2016, par application d'un taux horaire de 13 € tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme totale de 760,95 €, soit 608,76 € après application du taux de perte de chance.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant aux préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
14. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel temporaire strictement imputable aux fautes commises par le CHL a en premier lieu été total du 12 avril au 7 mai 2013 puis du 16 au 24 mars 2016. En deuxième lieu, le déficit fonctionnel temporaire a été de 10 % du 25 mars au 30 avril 2016, date de consolidation. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 394 €, soit 1 115 € après application du taux de perte de chance.
15. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme H en lien avec les fautes commises par le CHL ont été évaluées par l'expert à 4 sur une échelle de 0 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en évaluant ce préjudice à la somme de 7 000 €, soit 5 600 € après application du taux de perte de chance.
Quant aux préjudices extrapatrimoniaux permanents :
16. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que Mme H reste affectée d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 20 % imputable à l'intervention chirurgicale et non aux fautes commises par le CHL. Par suite, la demande des requérants ne peut qu'être rejetée sur ce point.
17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les fautes commises par le CHL ont eu pour conséquence de l'empêcher de poursuivre sa pratique de la marche et de la natation. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 €, soit 1 600 € après application du taux de perte de chance.
18. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que les fautes commises par le CHL ont été à l'origine d'un préjudice sexuel. Il en sera fait une juste appréciation, compte tenu de la séparation de Mme H en lien avec l'altération de sa libido, en l'évaluant à la somme de 3 000 €, soit 2 400 € après application du taux de perte de chance.
19. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le CHL n'a pas méconnu son obligation d'information. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande d'indemnisation au titre du préjudice d'impréparation.
En ce qui concerne les victimes indirectes :
S'agissant de Mme I H :
20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme H a effectué des déplacements en lien avec l'aggravation de l'état de santé de sa mère consécutive aux fautes commises par le CHL. Ainsi, Mme H est fondée à obtenir le remboursement des frais de déplacement qu'elle a exposés entre le 12 avril et le 1er mars 2016 pour se rendre au CHL à 38 reprises afin de voir sa mère et de la transporter à ses rendez-vous médicaux, du 19 février 2016 au 24 mars 2016 pour se rendre au centre hospitalier de Morlaix à 11 reprises, et le 10 janvier 2018 pour se rendre à Lorient. Compte tenu de la distance qui sépare son lieu de domicile de ces lieux, ainsi que du barème kilométrique applicable pour un véhicule de 6 cv, il y a lieu d'évaluer à 1 331 €, soit 1 064,80 € après application du taux de perte de chance, le montant de ses frais de déplacement pour se rendre à ses rendez-vous médicaux. En outre, Mme H est fondée à obtenir le remboursement des frais de déplacement qu'elle a exposés pour transporter sa mère à la réunion d'expertise qui a eu lieu à Morlaix le 15 avril 2019. Il y a lieu d'évaluer, selon les mêmes bases de calcul, le montant des déplacements justifiés par les réunions d'expertise à la somme de 5 €, à laquelle il n'y a pas lieu d'appliquer le taux de perte de chance dès lors qu'ils résultent entièrement de la faute commise par l'établissement hospitalier.
21. En deuxième lieu, si Mme H demande le versement d'une somme de 10 000 € au titre du préjudice extrapatrimonial exceptionnel en raison du bouleversement qu'a entrainé l'accident médical sur son quotidien, ce poste de préjudice n'a pas pour objet d'indemniser un préjudice d'accompagnement, distinct, mais indemnise la modification du mode de vie au quotidien, notamment en cas de handicap. Par suite, il y a lieu de rejeter cette demande.
22. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme H en raison de la dégradation de l'état de santé de sa mère en l'évaluant à la somme de 10 000 €, soit 8 000 € après application du taux de perte de chance.
S'agissant de M. F H :
23. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection et des troubles dans les conditions d'existence subis par M. H en raison de la dégradation de l'état de santé de sa grand-mère en l'évaluant à la somme de 2 000 €, soit 1 600 € après application du taux de perte de chance.
Sur les demandes de la CPAM :
24. En premier lieu, la CPAM d'Ille-et-Vilaine, justifie, par une attestation du médecin conseil de l'assurance maladie, du montant des débours qu'elle a acquittés en lien avec la faute imputable au CHL comme suit : 29 689,66 € de frais d'hospitalisation, qui doit être ramenée à 23 751,73 € après application du taux de perte de chance.
25. Par ailleurs, eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM du Finistère a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 1 114 €.
Sur les intérêts et la capitalisation :
26. En premier lieu, les consorts H ont droit aux intérêts sur les sommes qui leurs sont dues à compter du 21 février 2020, date de réception de leur demande indemnitaire préalable par le CHL. Il sera fait droit à cette demande. Par ailleurs, les consorts H ont demandé la capitalisation des intérêts le 23 avril 2020, date d'enregistrement de leur requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 21 février 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
27. En second lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi, la demande de la CPAM du Finistère tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement attaqué, des intérêts au taux légal sur la somme que le centre hospitalier a été condamné à lui verser, est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.
28. Il résulte de l'instruction que par une ordonnance n° 2001993 du 19 février 2021, le juge des référés a condamné le CHL à verser à Mme H une provision d'un montant de 18 230 €. Sous réserve de l'exécution de cette ordonnance, Mme G H reversera le cas échéant la différence entre la somme susceptible d'avoir été perçue au titre de la provision et le montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement en application des points 24 et 27.
Sur les frais liés au litige :
29. Les frais de l'expertise du docteur D, liquidés et taxés à la somme de 3 652,47 € par l'ordonnance n° 1805691 du 29 août 2019, sont mis à la charge définitive de CHL.
30. Mme H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Rennes du 5 décembre 2019. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du CHL la somme de 1 000 € représentant la part des frais exposés par Mme H non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHL est condamné à verser les sommes suivantes, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 février 2020, et dont les seront capitalisés à la date du 21 février 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, pour produire eux-mêmes intérêts :
1°) à Mme G H, victime directe : 13 104,36 € sous déduction de la provision déjà versée ;
2°) à Mme I H : 9 069,80 € ;
3°) à M. F H : 1 600 €.
Article 2 : Le CHL est condamné à verser à la CPAM d'Ille-et-Vilaine la somme de 23 751,73 €, outre l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Le CHL versera aux consorts H la somme de 1 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les frais de l'expertise du docteur D, liquidés et taxés à la somme de 3 652,47 € par l'ordonnance n° 1805691 du 29 août 2019, sont mis à la charge définitive de CHL.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G H, première dénommée pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, au centre hospitalier de Lannion et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. A
Le président,
signé
N. TronelLa greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026