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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001973

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001973

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001973
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GOSSELIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai et le 18 juillet 2020,

M. A B, représenté par la SCP Cabinet Gosselin, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Balazé à lui verser la somme totale de

23 624,50 euros, somme assortie des intérêts au taux légal et de capitalisation des intérêts

à chaque échéance annuelle, en réparation des préjudices subis à l'occasion de dommages

de travaux publics ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Balazé la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité sans faute de la commune de Balazé doit être engagée au titre d'un défaut d'entretien normal de la voirie dès lors que son accident est dû à la présence, non signalée, de gravillons sur la chaussée ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute de la commune de Balazé doit être retenue en raison de la carence fautive du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;

- il n'a pas commis de faute exonératoire ;

- ses préjudices doivent être évalués à hauteur de 23 624,50 euros.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés les 22 juin 2020 et 29 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Balazé à lui rembourser le montant des débours versés pour le compte de son assuré soit la somme de 5 943,39 euros, somme assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de condamner la commune de Balazé à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion à hauteur de 1 091 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Balazé une somme de 500 euros au titre

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2020, la commune de Balazé, représentée par la Selarl Lexcap conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité sans faute et pour faute ne saurait être engagée à son encontre ;

- la victime a commis une faute exonératoire de responsabilité ;

- à titre subsidiaire, les prétentions indemnitaires du requérant doivent être ramenées à de plus justes proportions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. Le Roux rapporteur public ;

- les observations orales de Me Goven, pour M. B ;

- et les observations orales de Me Cazo, pour la commune de Balazé.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mai 2016, M. B, alors âgé de 14 ans, s'est blessé en chutant de motocyclette sur une voie publique située sur le territoire de la commune de Balazé. Par une ordonnance du 4 mars 2019, le tribunal administratif de Rennes a désigné un expert en vue de se prononcer sur l'origine de l'accident et l'étendue des préjudices en résultant. L'expert a remis son rapport le 31 mai 2019. Par courrier daté du 5 mars 2020, M. B a adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Balazé. Par une décision du 7 avril 2020, la commune de Balazé a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Balazé à lui verser la somme totale de 23 624,50 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à l'accident du 19 mai 2016.

Sur les conclusions d'annulation :

2. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 avril 2020 par laquelle le maire de la commune de Balazé a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 5 mars précédent. Toutefois, de telles conclusions d'annulation devront être rejetées dès lors que cette décision n'a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la requête du requérant, qui, en formulant les conclusions analysées précédemment, lui a donné le caractère d'un recours de plein contentieux. Il en résulte que les vices propres dont seraient, le cas échéant, entachée cette décision sont sans incidence sur la solution du litige.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

3. Il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu sur une voie publique de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de cet ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que celui-ci faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. D'une part il résulte de ce qui a été dit au point 1 que M. B avait la qualité, lors de l'accident du 19 mai 2019, d'usager de la voierie communale dont l'entretien incombe à la commune de Balazé.

5. D'autre part, M. B fait valoir que l'accident litigieux résulte de la présence de gravillons non signalés sur la chaussée qu'il empruntait, causant une perte d'adhérence de sa motocyclette. Pour en justifier, il produit notamment le procès-verbal de l'enquête préliminaire de la gendarmerie départementale de Vitré du 29 juin 2016 qui constate que la voirie du lieu de l'accident " est partiellement recouverte de graviers suite à une rénovation de la chaussée " et que " dans l'intérieur de cette courbe des graviers sont présents mais ne sont pas signalés " et précise que la " présence de gravillons sur la chaussée pouvant justifier le dérapage de la moto ". la présence de gravillons non signalés sur la voie publique doit ainsi être regardée comme étant établie. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la chaussée comportait une couche importante de gravillons, dont l'épaisseur, la quantité ou encore l'étendue n'est nullement précisée par le requérant, les photographies produites à ce titre étant illisibles. Par ailleurs, il n'est pas contesté que l'accident est intervenu en journée, avec une visibilité et une lumière naturelle suffisante, sur une voie en légère courbure que la victime, qui n'était pas un conducteur expérimenté et qui transportait une autre personne sur sa motocyclette, connaissait. Compte tenu de ces circonstances, et même en l'absence de signalement, la présence des gravillons ne présente pas un risque excédant ceux auxquels les usagers peuvent s'attendre à rencontrer lorsqu'ils circulent sur la voie publique, et contre lesquels ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires. Par suite, si l'absence de signalisation adéquate est de nature à caractériser un défaut d'entretien normal, dans les circonstances de l'espèce, la commune n'était pas tenue de mettre en place une signalisation particulière.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, en absence de lien de causalité entre sa chute et la présence de gravillons sur la voie publique, que M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité sans faute de la commune de Balazé à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

7. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 411-6 du code de la route : " Le droit de placer en vue du public, par tous les moyens appropriés, des indications ou signaux concernant, à un titre quelconque, la circulation n'appartient qu'aux autorités chargées des services de la voirie ".

8. A supposer même, ainsi que s'en prévaut M. B, que le maire de la commune a commis une faute en s'abstenant de signaler les gravillons en vertu des pouvoirs qu'il tient des articles L. 2212-2 et L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales, il résulte de ce qui a été dit au point 5 qu'il n'est pas établi qu'un excès de gravillons aurait été à l'origine de l'accident litigieux. Partant, il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre cette faute et l'accident à l'origine des préjudices dont M. B demande réparation. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices résultant de la responsabilité pour faute de la commune.

Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine :

9. Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine tendant à ce que la commune de Balazé soit condamner à lui rembourser les débours versés pour le compte de son assuré et l'indemnité forfaitaire de gestion, doivent être rejetées et par voie de conséquence du rejet de la requête.

Sur les dépens :

10. Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

11. Il y a lieu de mettre définitivement à la charge de M. B les frais d'expertise engagés dans le cadre de la présente instance, taxés et liquidés par l'ordonnance du 7 août 2019 à la somme de 800 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Balazé, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes respectives de 2 000 et 500 euros demandées par M. B et la CPAM d'Ille-et-Vilaine au titre des frais qu'ils sont exposés et non compris dans les dépens.

13. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 2 500 euros que demande la commune de Balazé au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la CPAM d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.

Article 3 : Les frais d'expertise, d'un montant de 800 euros, sont mis à la charge définitive de M. B.

Article 4 : Le surplus de l'ensemble des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine et à la commune de Balazé.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. C

Le président

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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