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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002086

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002086

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002086
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS DESBOIS BOULIOU & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai 2020, 1er avril 2021 et

12 juin 2021, la société Cruard Charpente et Construction Bois, représentée par Me Bouliou (SCP Desbois - Bouliou et Associés), demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Guern à lui verser la somme de 81 737,18 euros toutes taxes comprises au titre du solde d'un marché de travaux de construction d'un pôle " enfance ", d'une médiathèque et d'un restaurant scolaire dans cette commune, avec intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Guern la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son action est recevable dès lors que le cahier des clauses administratives générales applicable au marché ne contient aucune stipulation imposant la présentation d'un mémoire en réclamation après l'obtention d'un décompte général et définitif tacite ;

- son action est également recevable dès lors que, aucun projet de décompte n'ayant été transmis par le maître d'ouvrage, elle ne pouvait établir de mémoire en réclamation pour contester ledit décompte ;

- dès lors que la commune de Guern ne lui a jamais notifié de décompte général, le projet de décompte général qu'elle-même a transmis en application de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales pour pallier la carence du maître d'ouvrage est devenu le décompte général et définitif ;

- ce décompte général et définitif présente un solde de 81 737,18 euros, correspondant notamment à des travaux supplémentaires non prévus au marché initial, dont elle est fondée à réclamer le paiement ;

- la justification de ces travaux supplémentaires n'a pas à être apportée, dès lors qu'ils n'ont jamais été contestés lors de leur réalisation ;

- à titre subsidiaire, si le premier projet de décompte final transmis doit être regardé comme le décompte général et définitif, un solde de 20 968,99 euros reste dû par la commune de Guern.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2020 et 4 juin 2021, la commune de Guern, représentée par Me Tanguy Mocaer (SELARL Cabinet Coudray), conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le solde du marché litigieux soit fixé à zéro euro ;

3°) à la mise à la charge de la société Cruard Charpente et Construction Bois de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête n'est pas recevable, dès lors qu'aucun mémoire en réclamation répondant aux formes prévues à l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales ne lui a été adressé, ni au maître d'œuvre, avant l'enregistrement de la requête ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;

- et les observations de Me Desbois, représentant la société Cruard Charpente et Construction Bois et de Me Geffroy, représentant la commune de Guern.

Une note en délibéré, présentée par la commune de Guern, a été enregistrée le

19 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un marché notifié le 15 mai 2017, la commune de Guern a confié à la société Cruard Charpente et Construction Bois le lot " charpente - ossature bois " des travaux de construction d'un pôle " enfance ", d'une médiathèque et d'un restaurant scolaire. La réception des travaux a été prononcée le 18 octobre 2018, avec des réserves levées le 27 novembre 2018. Par demande préalable du 27 février 2020, la société Cruard Charpente et Construction Bois a réclamé le paiement de la somme de 81 737,18 euros, au titre du solde du marché restant dû. Cette réclamation a été implicitement rejetée par la commune de Guern.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives applicables aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié, rendu applicable au marché litigieux par l'article 3.1 du cahier des clauses administratives particulières: " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. () ". L'article 50.3.1 du même cahier prévoit que " A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. ".

3. Aux termes de l'article 13.4.1 de ce cahier des clauses administratives générales : " Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général. () ". L'article 13.4.2 dispose que : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. ". L'article 13.4.4 prévoit que : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé (). Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. () Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. ".

4. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.

5. Alors même que le différend opposant la société Cruard Charpente et Construction Bois et la commune de Guern dans le cadre de l'exécution du marché litigieux porte sur le paiement d'une somme dont il est soutenu par la société requérante qu'elle était inscrite dans un projet de décompte général qu'elle avait adressé à l'autorité adjudicatrice et devenu selon elle le décompte général et définitif du marché, tacitement obtenu, cette société ne pouvait, en application de l'article 50.3.1 précité, saisir la juridiction administrative qu'après avoir présenté préalablement un mémoire en réclamation suivant les formes requises au représentant du pouvoir adjudicateur.

6. Il résulte de l'instruction que la société Cruard Charpente et Construction Bois a transmis au maître d'œuvre, le 6 février 2019, un projet de décompte final pour le marché litigieux. Soutenant ne pas avoir reçu de projet de décompte général de la part de la commune de Guern, la société requérante a adressé le 2 septembre 2019 un nouveau projet de décompte au maître d'œuvre. Elle a également transmis ce projet à la commune le 18 octobre 2019. D'une part, les courriers des 6 février, 2 septembre et 18 octobre 2019 se bornent à énoncer les bases de calcul des sommes dont la société requérante demande le paiement au titre du solde du marché litigieux et ne comportent pas l'exposé d'un différend. Ils ne peuvent dès lors être regardés comme des mémoires en réclamation au sens de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales précité. D'autre part, la demande préalable du 27 février 2020, par laquelle la société Cruard Charpente et Construction Bois a réclamé le paiement de la somme de 81 737,18 euros au titre du solde du marché restant dû, ne contient pas les bases de calcul des sommes réclamées. Si ce courrier fait référence aux lettres des 2 septembre 2019 et

18 octobre 2019, ces dernières ne sont pas jointes. Dès lors, la demande préalable du

27 février 2020 ne peut davantage être regardée comme un mémoire en réclamation au sens de l'article 50.1.1 précité.

7. En outre, aucune copie de la demande préalable du 27 février 2020 adressée à la commune de Guern n'a été adressée au maître d'œuvre, de sorte que, en tout état de cause, cette demande ne peut être regardée comme la réclamation préalable, visée à l'article 50.1.1 précité et constituant le préalable obligatoire à la saisine du juge du contrat.

8. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir tirée de l'absence de présentation d'un mémoire en réclamation par la requérante préalablement à la saisine de la juridiction administrative doit être accueillie. Les conclusions de la société Cruard Charpente et Construction Bois tendant à la condamnation la commune de Guern à lui verser la somme de 81 737,18 euros doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Cruard Charpente et Construction Bois est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Guern sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Cruard Charpente et Construction Bois et à la commune de Guern.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

signé

A. A

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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