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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002230

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002230

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002230
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantL'HOSTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 juin, 21 septembre 2020,

1er décembre 2021, 21 janvier et 31 janvier 2022, Mme G E, M. A E et

M. B E, représentés par Me L'Hostis, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner solidairement la commune de Vern-sur-Seiche, Rennes Métropole, la société Paris Nord Assurances Services et la société AREAS Dommages à leur verser la somme provisionnelle de 126 335,16 euros avec intérêts et capitalisation des intérêts en réparation du préjudice qu'a causé l'accident du 12 novembre 2018 ;

2°) de condamner solidairement la commune de Vern-sur-Seiche, Rennes Métropole, la société Paris Nord Assurances Services et la société AREAS Dommages à verser la somme de 30 000 euros avec intérêts et capitalisation des intérêts en réparation des préjudices de ses proches ;

3°) de mettre solidairement la commune de Vern-sur-Seiche, Rennes Métropole, la société Paris Nord Assurances Services et la société AREAS Dommages la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le ralentisseur de type " coussin berlinois " qui a causé la chute à scooter était particulièrement défectueux, il a d'ailleurs été retiré par la suite ;

- Mme E n'a pas commise de faute ;

- elle est fondée à rechercher la responsabilité solidaire de la commune de

Vern-sur-Seiche et de Rennes Métropole ;

- ses préjudices doivent être évalués comme suit à titre provisionnels :

* frais d'assistance par un médecin conseil : 300,00 euros;

* frais liés à l'obtention du dossier médical : 42,80 euros ;

* frais de déplacement 1 925,34 euros ;

* assistance par une tierce personne: 37 113,86 euros ;

* pertes de gains professionnels actuels : 1 883,91 euros ;

* déficit fonctionnel temporaire : 12 069,25 euros ;

* souffrances endurées : 20 000 euros ;

* préjudice esthétique temporaire : 8 000 euros ;

* déficit fonctionnel permanent : 45 000 euros ;

- le préjudice d'affection de son conjoint et de son fils doit être évalué à 10 000 euros chacun ;

- son conjoint a connu un préjudice d'accompagnement devant être indemnisé à hauteur de 10 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 24 décembre 2021, la Caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la commune de Vern-sur-Seiche et Rennes Métropole à lui verser la somme de 58 075,40 euros au titre de ses débours, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion, avec intérêts ;

2°) de mettre solidairement à la commune de Vern-sur-Seiche et Rennes Métropole la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner la commune de Vern-sur-Seiche et Rennes Métropole aux entiers dépens.

Par des mémoires enregistrés les 30 décembre 2021 et le 24 janvier 2022, la société

Paris Nord Assurances Services (PNAS), AREAS Dommages et Rennes Métropole, représentés

par le cabinet Cayol Pierson, concluent :

1°) à titre principal au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires des consort E ;

3°) à la mise hors de cause de la société PNAS ;

4°) à la mise à la charge de la somme de 2 000 euros aux consort E, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elles soutiennent :

- la matérialité des faits invoqués et le lien de causalité entre l'accident et l'ouvrage public n'est pas établi ;

- le coussin berlinois ne connaissait pas de défaut d'entretien ;

- Mme E a commis une faute d'inattention ;

- les préjudices invoqués par les consorts E sont surévalués.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2002231 du 17 mai 2021, par laquelle le président du tribunal a taxé à 1 002 euros, les frais de l'expertise réalisée par le docteur F.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Blanquet, représentant les consorts E.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 novembre 2018, alors qu'elle circulait en cyclomoteur pour rentrer de son travail, Mme E a été victime d'un accident de la circulation en passant sur des coussins berlinois placés sur une voirie de la commune de Vern-sur-Seiche, au lieu-dit " Vaugon ". Elle a subi une fracture bi-tubérositaire comminutive du plateau tibial gauche, associée à une fracture non déplacée du piriforme, nécessitant la réalisation d'une ostéosynthèse du plateau tibial et un traitement orthopédique par manchette rigide pour le poignet. Par la suite, il a été constaté des douleurs persistantes, un syndrome d'algodystrophie, un périmètre de marche très limité et il a été prescrit à Mme E de la kinésithérapie avec balnéothérapie. Le 20 janvier 2020, elle a été examinée par le médecin du travail, lequel a conclu à une inaptitude probable en raison d'une contre-indication à la station debout prolongée, à la marche, au port de charge, à l'utilisation d'escaliers. Elle est placée en arrêt de travail depuis l'accident. Mme E a saisi le tribunal administratif de Rennes afin qu'une expertise médico-légale soit ordonnée sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance rendue le 23 octobre 2020, le juge des référés a fait droit à la demande et a désigné le docteur D F pour y procéder, lequel a déposé son rapport définitif le 12 mai 2021. Le 22 novembre 2021,

Mme E, son époux et leur fils mineur ont sollicité l'indemnisation de leurs préjudices auprès de Rennes Métropole et de la commune de Vern-sur-Seiche. Les consorts E demandent la condamnation solidaire de Rennes Métropole et de la commune de Vern-sur-Seiche des préjudices qu'ils estiment avoir subi du fait de l'accident survenu le 12 novembre 2018.

2. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine, demande au tribunal de condamner solidairement la commune de Vern-sur-Seiche et Rennes Métropole à lui verser la somme de 58 075,40 euros au titre des débours qu'elle a versés à Mme E et le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les mises hors de cause :

3. En premier lieu, il y a lieu de mettre hors de cause la société Paris Nord Assurances Services (PNAS), qui n'est pas l'assureur de Rennes Métropole.

4. En second lieu, le 1er janvier 2017, sur le fondement de la loi du 7 août 2015, la Métropole s'est vue transférer la compétence voirie exercée précédemment par Rennes département sur les routes départementales des 43 communes de la Métropole dont fait partie la commune de Vern-sur-Seiche. Il y a lieu de mettre hors de cause la commune de Vern-sur-Seiche.

Sur la responsabilité :

5. Les consorts E mettent en cause solidairement la responsabilité de la commune de Vern-sur-Seiche et de Rennes Métropole sur le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public que consistait selon eux l'état du ralentisseur de type " coussin berlinois " situé au lieu-dit Vaugon sur la commune de Vern-sur-Seiche le 12 novembre 2018.

6. Il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu sur une voie publique de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de cet ouvrage doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que celui-ci faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

7. A l'appui de leur demande, les consorts E produisent le rapport d'intervention du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) d'Ille-et-Vilaine en date du

12 novembre 2018, pour une intervention de 9h28 à 11h26 au lieu-dit " Vaugon " sur la commune

de Vern-sur-Seiche, mentionnant une chute de scooter et l'attestation de M. C certifiant que les coussins berlinois étaient en mauvais état, " très lisses et déstabilisés depuis plusieurs mois et ce avant et après le 15 novembre 2018 " et qu'ils auraient disparus depuis. Il ne peut, dès lors, être contesté que Mme E a été victime d'une chute de scooter au lieu-dit " Vaugon " sur la commune de Vern-sur-Seiche le 12 novembre 2018. Si les consorts E imputent la chute de l'intéressée au mauvais état des coussins berlinois, s'appuyant sur le courrier du maire de la commune de Vern-sur-Seiche indiquant que Rennes Métropole avait pris l'initiative de retirer les coussins berlinois en raison de leur mauvais état et qu'ils avaient été enlevés le 13 novembre 2018, ainsi que sur l'attestation précitée de M. C, il résulte toutefois de l'instruction que celui-ci n'est pas un témoin direct de l'accident en litige. Le compte rendu du SDIS ne fait qu'établir la réalité de l'accident mais n'apporte aucun élément quant aux circonstances de sa survenue. Les consorts E ne versant par ailleurs aucun élément permettant de déterminer celles-ci, alors que le compte rendu précité mentionne simplement concernant le lieu de l'intervention " route départementale - hors agglomération ".

8. En défense, Rennes Métropole et son assureur indique que sur la base de ce document il est outre impossible de déterminer avec précision le lieu de l'accident et notamment le coté de la chassée où il est intervenu. Ils indiquent en outre, que les déclarations de l'intéressée sont contradictoire entre sa requête et ses déclarations à l'expert, de sorte qu'il est impossible de déterminer quel ralentisseur aurait été la cause de l'accident. Par ailleurs, si dans sa demande de réparation du 28 décembre 2018, l'intéressée imputait son accident au caractère particulière lisse du ralentisseur et que le maire de la commune indiquait que Rennes Métropole avait procédé au retrait des ralentisseurs le lendemain de l'accident, il ressort qu'ils n'étaient pas présents en 2014, comme en atteste les prises de vue de Google street. Il résulte également de l'instruction, que la présence de ces équipements routiers était indiquée en 2018 et à cette date, la collectivité indique également qu'il pleuvait le jour de l'accident. En tout état de cause, les photographies produites par Rennes Métropole démontrent que le scooter de Mme E aurait pu facilement contourner le ralentisseur comme l'indique la collectivité, reprenant en cela les termes des recommandations techniques du CERTU, devenu CEREMA, d'août 2000. Dans ces circonstances, le lieu de la chute ne présentait pas, par conséquent, un risque excédant ceux que les usagers peuvent s'attendre à rencontrer lorsqu'ils circulent sur la voie publique, et contre lesquels ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires. Dans ces conditions, l'accident dont a été victime Mme E ne peut être regardé comme imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

9. Il résulte de ce qui précède que les consorts E ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de Rennes Métropole.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de Rennes Métropole n'est pas engagée. Par conséquent, les consorts E ne sont pas fondés à demander la condamnation de cette collectivité et de son assureur au versement de la somme provisionnelle de 126 335,16 euros en réparation de ses préjudices. Par voie de conséquence, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation de la même collectivité au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

11. En application des dispositions des articles R. 761-1, R. 532-5 et R. 621-13 du code de justice administrative, il y a lieu, au titre des dépens, de mettre définitivement à la charge des consorts E, partie perdante, les frais de l'expertise confiée en référé au docteur F, taxés et liquidés par l'ordonnance du 17 mai 2021 à la somme de 1 002 euros.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la Rennes Métropole et son assureur, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les consorts E demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Pour les mêmes motifs, la demande formulée par la CPAM sur le même fondement doit être rejetée. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des consorts E la somme demandée par Rennes Métropole et son assureur au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La société Paris Nord Assurances Services est mise hors de cause.

Article 2 : La commune de Vern-sur-Seiche est mise hors de cause.

Article 3 : La requête des consorts E est rejetée.

Article 4 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.

Article 5 : Les frais de l'expertise médicale liquidés et taxés à la somme de 1 002 euros, sont mis à la charge solidaire définitive des consorts E.

Article 6 : Les conclusions présentées par Rennes Métropole et la société AREAS Dommages au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, MM. Loïc E et

Dylan E, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, à la commune de

Vern-sur-Seiche, à la société Paris Nord Assurances Services, à Rennes Métropole et à la société AREAS Dommages.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

Y. H

Le président

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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