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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002506

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002506

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002506
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantBOULAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 23 juin 2020 sous le n° 2002506, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active (RSA) à compter du 1er juin 2019 et confirmé l'indu référencé INK 003 constitué sur la période comprise entre cette même date et le 30 septembre 2019 inclus pour un montant de 1 962,53 euros.

Il doit être regardé comme soutenant que cet indu n'est pas fondé dès lors qu'il n'a été domicilié en Allemagne qu'à compter du 22 août 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le président du conseil départemental du Morbihan conclut à la jonction des requêtes nos 2002506 et 2102198 et à leur rejet.

Il soutient que :

- si le requérant entend contester l'indu de prime d'activité mis à sa charge pour un montant de 210 euros, le département n'est pas compétent pour connaître de telles conclusions ;

- si le requérant entend contester l'indu d'aide personnelle au logement mis à sa charge pour un montant de 264 euros, le tribunal n'est pas compétent pour connaître de telles conclusions ;

- les conclusions dirigées contre la décision initiale de la CAF en date du 4 septembre 2020 portant notification d'un trop-perçu d'un montant total de 8 133,37 euros sont irrecevables s'agissant de l'indu de RSA référencé INK 004 mis à la charge de M. A à hauteur de 7 509,37 euros dès lors que la décision implicite prise à la suite du recours préalable de l'intéressé portant confirmation de cet indu s'y est substituée et, par suite, est seule susceptible d'être déférée au juge ;

- les décisions portant confirmation des indus de RSA référencés INK 003 et INK 004 sont en tout état de cause fondées et résultent de ce que le requérant n'avait pas sa résidence stable et effective en France des mois de janvier 2019 à juillet 2020 inclus, et ne pouvait dès lors bénéficier du RSA, et de ce qu'il a de surcroît omis de déclarer la somme de 300 euros qu'il perçoit mensuellement ;

- le requérant n'a pas établi, et n'établit pas davantage à ce jour, qu'il ne serait pas en mesure de rembourser l'indu référencé INK 003 ;

- l'indu référencé INK 004 ayant une origine frauduleuse, aucune remise ne pouvait lui être accordée, le requérant n'étant pas en tout état de cause dans une situation de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la CAF du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'indu en litige est fondé et résulte de ce que le requérant n'avait pas sa résidence stable et effective en France.

II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 avril 2021, 29 avril 2022 et 19 mai 2022 sous le n° 2102198, M. B A, représenté par Me Boulais, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 septembre 2020 par laquelle la CAF du Morbihan lui a notifié un trop-perçu d'un montant total de 8 133,37 euros composé :

- d'un indu de RSA (INK Rg4) d'un montant de 7 509,37 euros pour la période comprise entre les mois de janvier 2018 et juin 2018 inclus et les mois d'octobre 2018 et juillet 2020 inclus,

- d'un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 264 euros pour la période comprise entre les mois de février 2019 et mai 2019 inclus,

- d'un indu de prime d'activité d'un montant de 210 euros pour la période comprise entre les mois de décembre 2019 et février 2020 inclus,

- et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre du mois de mai 2020 ;

2°) d'annuler les quatre décisions du 5 novembre 2020 par lesquelles la CAF du Morbihan a rejeté sa demande tendant à la remise gracieuse de ces indus ;

3°) de mettre à la charge de la CAF du Morbihan à verser à son conseil et à la condition que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du

10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les périodes durant lesquelles il a dû, pour raisons exclusivement professionnelles, séjourner à l'étranger ne sauraient être prises en compte dans la détermination de ses droits ;

- les sommes perçues au titre de la donation-partage, qui correspondent à la valeur d'un bien immobilier, ne peuvent être prises en compte par la CAF ;

- il n'a ainsi jamais cherché à dissimuler ses ressources et a toujours agi de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le président du conseil départemental du Morbihan conclut à la jonction des requêtes nos 2002506 et 2102198 et à leur rejet.

Il soutient les mêmes moyens que dans l'instance n° 2002506.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2022 et 29 novembre 2022, la CAF du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 septembre 2020 sont irrecevables dès lors que :

* s'agissant de l'indu de RSA, seule la décision implicite du président du conseil départemental du Morbihan prise sur recours préalable obligatoire du requérant est susceptible d'être déférée au juge de la légalité en ce qu'elle s'est substituée à la décision initiale de la CAF ;

* s'agissant des indus de prime d'activité, d'ALS et d'aide exceptionnelle de fin d'année, M. A n'a pas introduit de recours administratif obligatoire à l'encontre de la décision du 4 septembre 2020 préalablement à l'introduction de sa requête ;

- il n'y a en tout état de cause plus lieu de statuer les conclusions de la requête relatives à l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité dès lors que le requérant a été pleinement rétabli dans ses droits et que cet indu a été annulé ;

- les indus restant en litige sont fondés et résultent de la prise en compte de la soulte perçue par le requérant et de ce qu'il n'a plus eu sa résidence en France à compter du 1er janvier 2019 ;

- ces indus trouvant leur origine dans les fausses déclarations du requérant, aucune remise gracieuse ne saurait lui être accordée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2021.

III. Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021 sous le n° 2103942, M. B A, représenté par Me Boulais, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 novembre 2020 par laquelle la CAF du Morbihan a rejeté sa demande de remise de l'indu de RSA référencé INK 003 précité d'un montant de 1 962,53 euros ;

2°) de mettre à la charge de la CAF du Morbihan à verser à son conseil et à la condition que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du

10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, la CAF du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que cet indu est fondé et résulte des fausses déclarations du requérant, cette circonstance faisant obstacle à toute remise gracieuse.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2002506, 2102198 et 2103942 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes, et ont fait l'objet d'une même instruction. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Il résulte de l'instruction que par une télédéclaration du 9 octobre 2019, M. A, connu comme étant domicilié dans le Morbihan, a informé la CAF au titre de ses prestations de la résiliation du bail de son logement et de sa domiciliation en Allemagne à compter du 22 août 2019. Par un formulaire renseigné le 22 octobre 2019 en réponse à une demande d'information complémentaire de la CAF, le requérant a toutefois précisé avoir quitté la France " mi juin ". Par suite, à la demande du président du conseil départemental du Morbihan et par une décision du 19 novembre 2019, la CAF a radié l'intéressé du dispositif du RSA à compter du 1er juin 2019 et lui a notifié l'indu (INK 003) en résultant de pour un montant de 1 962,53 euros constitué du 1er juin 2019 au 30 septembre 2019 inclus. Par une décision 23 mars 2020, prise sur le recours préalable de M. Kuhn, le président du conseil départemental du Morbihan a confirmé cet indu.

3. Par ailleurs, en vertu d'une nouvelle demande en date du 30 décembre 2019, les droits au RSA du requérant ont été ouverts, à nouveau, à compter du 1er décembre 2019. L'instruction révèle toutefois qu'à la suite d'un contrôle de sa situation intervenu dans le courant du mois de juillet 2020, la CAF a constaté que M. A avait en réalité régulièrement séjourné à l'étranger depuis le 21 janvier 2018 et omis de surcroît de déclarer la somme de 300 euros versée mensuellement par son frère en paiement d'une soulte dans le cadre d'un acte de donation-partage d'un bien familial. Par suite, la CAF a, une nouvelle fois, modifié les droits du requérant et lui a notifié, par une décision du 4 septembre 2020, un trop-perçu d'un montant total de 8 133,37 euros, constitué d'un indu de RSA (INK 004) d'un montant de 7 509,37 euros pour la période comprise entre les mois de janvier 2018 et juin 2018 inclus et les mois d'octobre 2018 et juillet 2020 inclus, d'un indu d'ALS d'un montant de 264 euros pour la période comprise entre les mois de février 2019 et mai 2019 inclus, d'un indu de prime d'activité d'un montant de

210 euros constitué de décembre 2019 à février 2020 inclus, et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros perçu au mois de mai 2020. Le requérant a sollicité la remise gracieuse de ces quatre indus que la CAF du Morbihan a rejeté par quatre décisions du 5 novembre 2020.

4. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions en dates des

23 mars 2020, 4 septembre 2020 et 5 novembre 2020, et demande l'annulation de la décision du 20 novembre 2020 par laquelle la CAF du Morbihan a rejeté sa demande tendant à la remise de l'indu de RSA INK 003.

Sur l'étendue du litige :

5. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de M. A pour un montant de 150 euros au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité du mois de mai 2020 résultait en réalité d'une erreur de la CAF que cette dernière a toutefois rectifiée, rétablissant pleinement le requérant dans ces droits, ainsi que l'établit la copie d'écran qu'elle produit en défense. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2102198 dirigées contre le

bien-fondé de cette créance et le refus de la CAF d'en accorder à M. A la remise gracieuse.

Sur le bien-fondé des indus restant en litige :

En ce qui concerne les indus de RSA INK 003 et INK 004 et de l'indu de prime d'activité :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail élabore conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution ou d'un autre organisme participant au service public de l'emploi le projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 262-35 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle. / Ce contrat précise les actes positifs et répétés de recherche d'emploi que le bénéficiaire s'engage à accomplir. / Il précise également, en tenant compte de la formation du bénéficiaire, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. () ". Aux termes de l'article

L. 5411-6-1 du code du travail : " Un projet personnalisé d'accès à l'emploi est élaboré et actualisé conjointement par le demandeur d'emploi et Pôle emploi ou, lorsqu'une convention passée avec Pôle emploi le prévoit, un organisme participant au service public de l'emploi. Le projet personnalisé d'accès à l'emploi et ses actualisations sont alors transmis pour information à Pôle emploi. / Ce projet précise, en tenant compte de la formation du demandeur d'emploi, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles

L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article

L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes enfin de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité () ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ". Aux termes de l'article R. 842-2 du même code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 842-1 et L. 842-2 doivent être remplies par le bénéficiaire de la prime d'activité () : 1° Chaque mois civil au cours du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit à la prime d'activité ; et 2° Le mois du droit ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

8. Il résulte de ces dispositions que pour bénéficier du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité, l'allocataire doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. En toute hypothèse, le bénéficiaire de ces allocations est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". L'article R. 262-11 du même code dresse la liste des ressources n'entrant pas en compte dans la détermination des droits au RSA d'un allocataire.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que par une télédéclaration du 9 octobre 2019, M. A a informé la CAF de la résiliation du bail de son logement sis à Lorient et de sa domiciliation en Allemagne depuis le 22 août 2019, et a toutefois précisé, par un formulaire renseigné le 22 octobre 2019, avoir quitté la France " mi juin " en raison d'un rendez-vous le 12 juin à Berlin pour retirer [son] autorisation [de travail] ", l'intéressé déclarant alors être logé " chez des connaissances ". Si M. A soutient désormais, au soutien de sa requête, qu'il n'aurait été domicilié en Allemagne qu'à compter du 22 août 2019 et verse à l'appui de cette allégation une " Attestation d'hébergement " en date du " 30/12/2019 " par laquelle son supposé rédacteur " déclare sur l'honneur héberger à titre gracieux à mon domicile Monsieur B A () depuis le 27 juin 2019 jusqu'au 21 août 2019, à () Ploemeur ", ce document est toutefois dépourvu de toute valeur probante à défaut, notamment, d'être accompagné d'un élément susceptible d'établir l'identité de son auteur et de tous éléments susceptibles de venir corroborer une telle déclaration, le contrat de location d'une chambre située à Berlin que verse à cet égard l'intéressé au débat pour une prise à bail du 22 août 2019 au 31 octobre 2019, n'établissant nullement qu'il n'aurait pas été domicilié dès le mois de juin en Allemagne. En défense, le département du Morbihan produit pour sa part le contrat de réservation par M. A d'une chambre d'un hôtel de Berlin pour le 12 juin 2019 ainsi que l'autorisation de séjour qui lui a été délivrée par les autorités allemandes à compter de cette même date.

11. Il ressort de surcroît du rapport d'enquête de la CAF, établi le 6 août 2020 à la suite du contrôle réalisé dans le courant du mois de juillet précédent par un contrôleur assermenté, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire en vertu des dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que M. A a confirmé " avoir séjourné en Allemagne du 21/01/2019 au 30/04/2019, du 12/06/2019 au 30/12/2019, en Gambie du 28/01/2020 au 18/02/2020, et en Angleterre du 20/03/2020 au 05/06/2020 ". À cet égard, si le requérant soutient que les périodes durant lesquelles il a dû séjourner à l'étranger, pour raisons exclusivement professionnelles, ne sauraient être prises en compte dans la détermination de ses droits à ces prestations, il n'établit nullement avoir élaboré le projet défini à l'article L. 5411-6-1 du code du travail et pris en compte au titre du RSA et de la prime d'activité en application des dispositions de l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles et de l'article R. 842-1 du code de la sécurité sociale, ou le contrat d' engagements réciproques prévu par les dispositions précitées de l'article L. 262-35 du même code, le département et la CAF du Morbihan n'ayant en tout état de cause pas été informés du projet professionnel de l'intéressé et des séjours à l'étranger qu'il prétend avoir effectué dans ce cadre.

12. Il résulte ainsi de ce qui a été dit des points 10 à 11, et de ce que l'intéressé a séjourné 398 jours au total hors du territoire national entre le 21 janvier 2019 et le 5 juin 2020, pour une durée totale de 501 jours, que M. A ne saurait être regardé comme ayant eu alors sa résidence stable et effective en France et comme ayant alors disposé de droit au RSA et à la prime d'activité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan lui a confirmé la fin de ses droits au RSA à compter du 1er juin 2019 et l'indu en résultant pour un montant de 1 962,53 euros, et à contester par ailleurs l'indu de prime d'activité mis à sa charge pour un montant de 210 euros pour la période comprise entre le mois de décembre 2019 et le mois de février 2020 inclus.

13. Il résulte enfin de l'instruction que l'indu de RSA INK 004 d'un montant de 7 509,37 euros pour la période de janvier 2018 à juin 2018 inclus et octobre 2018 à juillet 2020 inclus résulte d'une part, de ce que M. A n'avait plus sa résidence stable et effective en France depuis le mois de janvier 2019, ainsi qu'il a été dit précédemment, et de ce que l'intéressé, par ailleurs, perçoit depuis 2013 une soulte, au titre d'un acte de donation partage d'un bien immobilier en date du 11 juin 2013, d'un montant mensuel de 300 euros. À cet égard, il résulte des dispositions citées au point 9 qu'une telle ressource, qui ne fait pas partie de celles exclues du dispositif du RSA en vertu des dispositions précitées de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, doit être prise en compte dans la détermination des droits du requérant contrairement à ce que celui-ci soutient, et ainsi que le font valoir en défense le département et la CAF du Morbihan. Par suite, M. A n'est pas fondé à contester l'indu de RSA INK004 résultant de la prise en compte de sa résidence effective hors de France et de la réalité de ses ressources.

En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :

14. Aux termes de l'article L. 831-2 du code de la sécurité sociale, alors en vigueur : " Peuvent bénéficier de l'allocation de logement, sous réserve de payer un minimum de loyer compte tenu de leurs ressources, les personnes ne bénéficiant pas de l'allocation de logement prévue aux articles L. 542-1 et L. 755-21 ou de l'aide personnalisée au logement prévue à l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation. () ". Aux termes de l'article R. 831-6 du même code, alors en vigueur : " Les ressources retenues sont celles perçues pendant l'année civile de référence. L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. / Sous réserve des dispositions des articles R. 532-4 à R. 532-8 et des alinéas suivants du présent article, les ressources prises en considération s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article R. 532-7 du même code : " () Lorsque la personne ou l'un des conjoints ou concubins perçoit le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle ni des indemnités de chômage perçus par l'intéressé durant l'année civile de référence. () ".

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a, en tant qu'allocataire du RSA, bénéficié dans un premier temps de la mesure de neutralisation de ses ressources de l'année 2017 prévue par l'article R. 532-7 précité, et perçu en conséquence une ALS d'un montant total de 1 076 euros pour la période comprise entre les mois de février 2019 et mai 2019 inclus (4 * 269 euros). Toutefois, à la suite de la constatation que le requérant n'avait pas sa résidence en France et ne disposait dès lors d'aucun droit au RSA, la CAF a finalement tenu compte de ces ressources, soit 6 113 euros de salaire et 1 329 euros d'allocations chômage, et modifié en conséquence les droits de M. A. Il en résulté une allocation d'un montant total de 812 euros, pour une différence de 264 euros mise à sa charge par la décision précitée de la CAF du 4 septembre 2020. Par suite, M. A n'est pas fondé à contester l'indu résultant de cette régularisation de droit.

Sur les remises gracieuses :

16. D'une part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article 4 du décret n° 2020-519 " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. ".

17. D'autre part, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ".

18. Enfin, aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Le premier alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dispose que : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () ".

19. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité, d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise totale ou partielle.

20. D'une part, il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement soutenir que la décision du 20 novembre 2020 serait insuffisamment motivée.

21. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit des points 10 à 12 que M. A doit être regardé comme ayant délibérément omis, notamment, d'informer la CAF de ses nombreux séjours à l'étranger et ce qu'il n'avait dès lors plus sa résidence en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à solliciter une remise gracieuse de sa dette et à demander l'annulation des décisions des 5 novembre 2020 et 20 novembre 2020 par lesquelles la CAF du Morbihan a rejeté ses demandes.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requêtes de M. A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2102198 relatives à la créance d'aide exceptionnelle de solidarité.

Article 2 : Le surplus de la requête n° 2102198 est rejeté.

Article 3 : Les requêtes n° 2002506 et n° 2103942 sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au président du conseil départemental du Morbihan, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, à la caisse d'allocations familiales du Morbihan et à Me Boulais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet du Morbihan en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2002506

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