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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002797

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002797

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002797
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGAONAC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 10 juillet 2020, 8 avril et 10 septembre 2021, M. C A, représenté par Me Gaonac'h, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités dont ces droits ont été assortis ;

2°) de prononcer le sursis de paiement prévu par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à l'administration fiscale de prouver l'existence d'un maître de l'affaire ;

- c'est à tort que l'administration l'a regardé comme étant le maître de l'affaire alors qu'elle ne produit aucune pièce pour en justifier, qu'aucune décision commerciale ou répressive ne l'a qualifié de gérant de fait de la SARL Kara Pro et qu'il ne disposait pas de la direction de fait de cette société ;

- par décision définitive, le tribunal correctionnel de Quimper l'a relaxé des faits d'abus de confiance au titre d'une cliente de la SARL Kara Pro et n'a pas retenu l'analyse selon laquelle il avait la qualité de gérant de fait de cette société ; l'autorité de la chose jugée par le juge pénal s'attache à ces constatations ;

- il a prêté à la SARL Kara Pro en janvier 2016 une somme de 10 000 euros pour l'achat d'un véhicule Mercédès Vito, véhicule qui lui a été rétrocédé en décembre 2017 à titre de remboursement d'une somme de 12 000 euros prêtée au 30 avril 2017.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2020, 29 juillet et 5 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Kara Pro, entreprise du bâtiment dont M. A était salarié à compter du 15 juin 2016, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Les résultats de ce contrôle ont été adressés à la société par proposition de rectification du 9 avril 2019. L'administration fiscale a informé M. A, par proposition de rectification du 16 juillet 2019, selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, de ce qu'elle regardait certains encaissements qu'il avait perçus en 2016 (6 387 euros) de la SARL Kara Pro comme des revenus distribués et imposables entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et de l'article 110 du même code. M. A demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux qui en ont résulté au titre de l'année 2016.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

3. En l'espèce, il est constant que M. A n'a pas présenté d'observations à la proposition de rectification du 16 juillet 2019. Par suite, il doit être regardé comme ayant accepté tacitement les rectifications en cause et il supporte la charge de prouver tant l'absence d'appréhension par ses soins de la somme réputée distribuée par la SARL Kara Pro que l'absence de réalité ou l'inexactitude du montant de la distribution.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'impôt :

4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : "1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe 2 au même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".

5. Est qualifiée de maître de l'affaire une personne qui exerce la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds. Si l'administration fiscale entend imposer des revenus réputés distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au nom du maître de l'affaire, elle doit justifier de cette qualification. Celle-ci nécessite une analyse des circonstances propres à l'affaire et notamment du fonctionnement spécifique de l'entreprise. Le contribuable peut établir que les éléments apportés par l'administration sont insuffisants pour justifier de cette qualification.

6. En premier lieu, les constatations de fait qui sont le support nécessaire d'un jugement définitif rendu par juge pénal s'imposent au juge de l'impôt. En revanche, l'autorité de la chose jugée par la juridiction pénale ne saurait s'attacher aux motifs d'une décision de relaxe tirés de ce que les faits reprochés au contribuable ne sont pas établis et de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité et, notamment, sur la nature des opérations effectuées. Par suite, en présence d'un jugement définitif de relaxe rendu par le juge répressif, il appartient au juge de l'impôt, avant de porter lui-même une appréciation sur la matérialité et la qualification des faits au regard de la loi fiscale, de rechercher si cette relaxe était ou non fondée sur des constatations de fait qui s'imposent à lui.

7. M. A fait valoir que, par jugement devenu définitif du 26 octobre 2020, le tribunal correctionnel de Quimper l'a relaxé des poursuites pour abus de confiance d'une cliente de la SARL Kara Pro et n'a pas retenu l'analyse selon laquelle il avait la qualité de gérant de fait de cette société. Il soutient que l'autorité de la chose jugée par le juge pénal s'attache à ces constatations. Il résulte toutefois de l'instruction que ce jugement de relaxe se rapporte à des faits commis le 20 juin 2017 et ne relate aucun élément concernant la période en cause dans le présent jugement, soit l'année 2016. Par suite, ce jugement ne repose, en tout état de cause, pas sur des constatations de fait de nature à lier le juge de l'impôt dans le cadre du présent litige. Il s'ensuit que l'autorité de la chose jugée par la juridiction pénale ne peut s'attacher aux motifs de ce jugement.

8. En deuxième lieu, l'administration fiscale soutient, sans être contredite, que M. A disposait de l'intégralité des moyens de paiement de la SARL Kara Pro, le gérant lui ayant donné la carte bancaire, le chéquier et les codes pour accéder au compte bancaire de la société par internet, établissait lui-même les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée de la société ainsi que toutes les factures qui portaient son adresse e-mail, était le contact privilégié du comptable de la société, rencontrait les fournisseurs et les clients et a apposé sa signature sur les contrats de bail, les devis et les contrats de sous-traitance de la société. M. A fait valoir, en outre, qu'il a prêté sans intérêts à la SARL Kara Pro la somme de 10 000 euros le 27 janvier 2016 alors qu'il n'avait à cette époque aucun lien avec cette société, n'ayant été employé par cette dernière comme conducteur de travaux qu'à compter du 15 juin 2016. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. A doit être regardé, ainsi que le fait valoir l'administration, comme le seul et véritable maître de l'affaire, la circonstance que le mandataire liquidateur désigné pour défendre les intérêts de la SARL Kara Pro lors de la procédure de liquidation judiciaire ne l'ait pas mis en cause en qualité de gérant de fait étant sans incidence à cet égard.

9. En troisième lieu, à la suite des demandes de copies de chèques faites auprès de l'établissement bancaire teneur du compte de la SARL Kara Pro, l'administration fiscale a relevé que M. A avait perçu un montant de 23 384 euros en provenance de cette société. Le requérant ayant déclaré un montant de traitements et salaires de 16 997 euros pour l'année 2016, la différence, d'un montant de 6 387 euros, a été regardée par l'administration fiscale comme une distribution à son profit. M. A, qui ne conteste pas l'encaissement de ces sommes mais uniquement leur nature, soutient qu'il a prêté en janvier 2016 à la SARL Kara Pro une somme de 10 000 euros pour l'achat d'un véhicule Mercédès Vito, véhicule qui lui a été rétrocédé en décembre 2017 à titre de remboursement d'une somme de 12 000 euros prêtée à la même société au 30 avril 2017. Au soutien de ses allégations, M. A produit une attestation de prêt sur l'honneur datée du 27 janvier 2016 selon laquelle il a prêté à la SARL Kara Pro la somme de 10 000 euros sans intérêts, une facture de la même date de la société G. Daniel Automobile à destination de la SARL Kara Pro portant sur un véhicule d'occasion Mercédès d'un montant de 10 000 euros et une attestation sur l'honneur datée du 31 décembre 2017 du gérant de la SARL qui indique céder à M. A à titre de remboursement le véhicule Mercédès Vito, une remorque et du petit matériel en dédommagement de la somme de 12 000 euros prêtée le 30 avril 2017. Toutefois, les deux attestations de prêt n'ayant pas été enregistrées, M. A ne démontre pas que la somme de 6 387 euros versée à son profit en 2016 par la SARL Kara Pro correspond au remboursement d'un prêt qu'il aurait consenti à cette société. Au surplus, le montant de la somme prêtée selon M. A à la société ne correspond pas à celui de la somme distribuée. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut être regardé comme apportant la preuve, dont la charge lui incombe, que la somme de 6 387 euros qui lui a été versée par la SARL Kara Pro ne correspond pas à un revenu distribué imposable. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé cette somme entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la demande de sursis de paiement :

11. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. / () ".

12. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'octroi du sursis de paiement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. BLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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