mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003014 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS EVOLIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 21 juillet 2020 et 18 février 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Établissements C, représentée par le cabinet Evolis Avocats, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2014, 2015, 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamés au titre de la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2017 et des pénalités dont ces droits ont été assortis ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la proposition de rectification du 18 décembre 2017 est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
- la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur les redevances de crédit-bail, dépenses d'entretien et achats d'accessoires du véhicule Ford Raptor était récupérable dans la mesure où il s'agit d'un véhicule pick-up qui ne comporte que deux sièges à l'avant et des strapontins à l'arrière ;
- elle est fondée à se prévaloir de l'interprétation administrative BOI-TVA-DED-30-30-20-20170201 ;
- la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les achats du groupe électrogène, de la remorque Sunway et de l'Imac Apple est déductible dès lors que ce sont des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession ;
- c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur les redevances de crédit-bail du quad dès lors que ce véhicule est utilisé dans l'exploitation et stationné en permanence dans l'entreprise ;
- les amortissements du groupe électrogène, de la remorque Sunway et de l'Imac Apple sont déductibles ;
- les jantes, les élargisseurs de voies et la coque de rétroviseur du véhicule Ford Raptor sont des biens consommables qui devaient figurer en charges déductibles ;
- les charges correspondant à la moto Harley Davidson FXS sont déductibles dès lors que M. C se déplace fréquemment à moto, du fait de l'encombrement de l'agglomération rennaise, pour rencontrer des clients et des architectes ;
- les charges relatives au crédit-bail du quad sont déductibles dès lors que ce véhicule est utilisé dans l'exploitation et stationné en permanence dans l'entreprise ;
- elle a retenu l'estimation d'un négociant, professionnel averti, pour fixer le prix de cession de la Harley Davidson à son dirigeant ;
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
- elle n'a commis aucun manquement délibéré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2021, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'EURL Établissements C n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Magguilli, représentant l'EURL Établissements C.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Établissements C, qui exerce une activité de menuiserie en bois et PVC, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2017. L'administration fiscale l'a informée, par proposition de rectification du 18 décembre 2017 selon la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, de ce qu'elle envisageait de procéder à des rectifications d'impôt sur les sociétés et de rappels de taxe sur la valeur ajoutée assortis de pénalités au titre de cette période. La société requérante a présenté des observations le 19 février 2018 auxquelles l'administration a répondu le 29 mars 2018. Les rectifications ont été confirmées partiellement à la suite de l'entretien avec le supérieur hiérarchique du 20 avril 2018. La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires d'Ille-et-Vilaine a rendu un avis le 23 avril 2019. Les rappels ont été mis en recouvrement le 15 juillet 2019. Les réclamations formées par l'EURL Établissements C le 4 décembre 2019 ont été rejetées par l'administration fiscale le 28 mai 2020. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal la décharge d'une partie des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes restant à sa charge.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ( ) ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de manière à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 18 décembre 2017 mentionne les impôts concernés, les années d'imposition ainsi que les bases imposables, indique les dispositions du code général des impôts qui fondent en droit les impositions contestées et comporte un exposé précis des éléments de fait justifiant les rectifications envisagées. En ce qui concerne les frais généraux, elle indique en particulier, pour chaque compte de charges 60630, 60640, 60650, 61551, 61552, 61810, 62342, 62380, 62510 et 62560, que les dépenses portées en charges n'ont pas été engagées dans l'intérêt de l'entreprise et ne sont pas admises en déduction en application du 1 de l'article 39 du code général des impôts, en identifiant et décrivant chacune des dépenses en cause des pages 15 à 37. Dans ces conditions, la proposition de rectification n'est pas entachée d'irrégularité pour défaut de motivation et ne contrevient pas, dès lors, aux dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'impôt :
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :
4. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Aux termes de l'article 271-II-1 du même code dans sa version applicable au litige, la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée n'est autorisée que pour autant que les biens et les services sont utilisés pour les besoins des opérations ouvrant droit à déduction. Aux termes de l'article 205 de l'annexe II de ce code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". L'article 206 de l'annexe II du même code prévoit : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. () IV.-1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise ; () 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, à l'exception de ceux : a. Destinés à être revendus à l'état neuf ; / b. Donnés en location ; / c. Comportant, outre le siège du conducteur, plus de huit places assises et utilisés par des entreprises pour amener leur personnel sur les lieux du travail ; / d. Affectés de façon exclusive à l'enseignement de la conduite ; / e. De type tout terrain affectés exclusivement à l'exploitation des remontées mécaniques et des domaines skiables, dès lors qu'ils ont été certifiés par le service technique des remontées mécaniques et des transports guidés, dans des conditions fixées par décret ; / f. Acquis par les entreprises de transports publics de voyageurs et affectés de façon exclusive à la réalisation desdits transports ; / 7° Pour les éléments constitutifs, pièces détachées et accessoires des véhicules et engins mentionnés au premier alinéa du 6° () ".
Quant à charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales : " À moins qu'un délai plus long ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ". Aux termes de l'article R. 194-1 du même livre : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
6. Lorsque l'administration, sur le fondement des dispositions des I et II de l'article 271 du code général des impôts, met en cause la déductibilité de la taxe ayant grevé l'acquisition d'un bien ou d'un service, il lui appartient, lorsqu'elle a mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire et que le contribuable n'a pas accepté les rectifications qui en découlent, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour soutenir que les biens ou les services acquis n'étaient pas nécessaires à l'exploitation.
7. En l'espèce, l'EURL Établissements C ayant présenté des observations à la proposition de rectification dans le délai imparti, il appartient à l'administration d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée.
Quant au bien-fondé de l'impôt :
Les dépenses liées au véhicule Ford Raptor :
8. En premier lieu, pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte au sens des dispositions précitées du 6° du 1 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné.
9. Il résulte de l'instruction, et en particulier des mentions du certificat d'immatriculation, que le véhicule Ford Raptor acquis par l'EURL Établissements C par l'intermédiaire d'un crédit-bail dispose de cinq places assises. Dans ces conditions, le véhicule en litige doit être regardé comme ayant été conçu pour le transport de personnes ou pour un usage mixte, au sens et pour l'application des 6° et 7° du 1. du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, sans qu'aient d'incidence les circonstances que ce véhicule aurait des performances nettement supérieures à celles de ses concurrents en termes de puissance, chargement et remorquage, ni que son certificat d'immatriculation indique à la rubrique J qu'il a été classé dans la catégorie N1 c'est-à-dire conçu pour le transport de marchandises, ni que les trois places à l'arrière sont des strapontins et non des sièges ou banquettes rabattables, ni enfin qu'il est soumis aux droits de douane à 22 % et non à 10 % pour les véhicules de tourisme. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration a refusé à l'EURL Établissements C, sur le terrain de la loi fiscale, la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les loyers de crédit-bail, les factures d'entretien et les achats d'accessoires du véhicule en litige.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente ".
11. L'EURL Établissements C soutient que le véhicule en cause présente les caractéristiques d'un utilitaire destiné au transport de marchandises et que les places arrières de l'habitacle sont des strapontins. Elle demande, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le bénéfice des énonciations de la documentation administrative référencée BOI-TVA-DED-30-30-20, lesquelles, reprenant la réponse ministérielle n° 54973 à M. A, indiquent que : " () les véhicules 4 x 4 de type pick-up pourvus d'une simple cabine, c'est-à-dire ne comportant que deux sièges ou une banquette, ou comprenant une simple cabine approfondie dans laquelle sont placés, outre les sièges ou la banquette avant, des strapontins destinés à faire l'objet d'un usage occasionnel, ne relèvent pas de l'exclusion du 6° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts () ". Il résulte cependant de l'instruction que le véhicule acquis par la société requérante dispose d'une double cabine. Par conséquent, les caractéristiques intrinsèques de ce véhicule n'entrent pas dans le champ de déduction de la taxation énoncé par la documentation administrative précitée. Par suite, l'EURL Établissements C n'est pas fondée à s'en prévaloir, sur le fondement du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Les dépenses concernant le quad :
12. L'administration a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur les redevances de crédit-bail d'un quad en estimant qu'il était utilisé à plus de 90 % à des fins étrangères à l'intérêt de l'entreprise au motifs qu'elle n'a pas constaté lors des opérations de contrôle la présence dans l'entreprise de ce quad mais a, en revanche, relevé celle d'un chariot élévateur pour effectuer les opérations de manutention. L'EURL Établissements C soutient que ce véhicule, affecté à l'activité professionnelle, est stationné en permanence dans l'entreprise et est utilisé pour la manutention, comme le montrent, selon elle, les photographies produites. En se bornant toutefois à verser au dossier des photographies non datées et alors qu'elle ne conteste pas la présence d'autres véhicules plus adaptés à la manutention, la société requérante ne justifie pas que son utilisation professionnelle du quad excède 10 % de l'usage de ce véhicule. Ainsi, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que le quad était utilisé à plus de 90 % à des fins étrangères à l'intérêt de l'entreprise.
Les immobilisations contestées :
13. L'administration fiscale a relevé, sans être contredite, que l'immobilisation libellée " groupe électrogène 4 Kva ", d'un montant de 4 256,36 euros hors taxes, concernait un groupe électrogène Paguro 4000, qui, d'après des recherches sur internet, est un modèle spécialement utilisé pour la navigation de plaisance et que M. C dispose à titre personnel d'un bateau. La société requérante, qui se borne à soutenir que d'autres groupes électrogènes ont été portés en immobilisation en 2005 et 2007 sans que cela ne soulève de difficulté, n'apporte aucun élément à l'appui de sa contestation de la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur ce bien. En ce qui concerne l'immobilisation libellée " remorque Sunway ", d'un montant de 3 583,33 euros hors taxes, l'administration fiscale a relevé, sans être contredite, que l'analyse de la facture montrait qu'il s'agissait d'une remorque porte-bateau. L'EURL Établissements C ne conteste pas sérieusement la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante en se bornant à soutenir que cette remorque est véritablement utilisée pour l'activité de menuiserie et que M. C dispose à titre personnel d'une remorque porte-bateau pour son bateau stationné à l'année sur un emplacement dans le port de Quiberon. En ce qui concerne l'achat de l'ordinateur Imac Apple 27 pouces pour un montant de 1 749,17 euros hors taxes, l'administration fiscale a relevé qu'il se trouvait au domicile de M. C. La société requérante, qui indique que cet argument est sans portée dès lors que le matériel est utilisé à des fins professionnelles, n'a toutefois proposé aucun prorata d'utilisation personnelle. Par suite, l'administration doit être regardée comme établissant les faits sur lesquels elle s'est fondée pour estimer que le groupe électrogène, la remorque porte-bateau et l'Imac Apple n'ont pas été acquis dans l'intérêt de l'exploitation et a pu, à bon droit, remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces achats.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
14. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature (), 2° () les amortissements réellement effectués par entreprise () ".
15. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts, que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.
Quant à l'amortissement des immobilisations :
16. À l'issue de la vérification de comptabilité, l'administration fiscale a constaté que le groupe électrogène, la remorque porte-bateau et l'Imac Apple n'ont pas été acquis dans l'intérêt de l'exploitation et a remis en cause les amortissements correspondants. L'EURL Établissements C, qui fait valoir les mêmes arguments qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que ces biens ont été acquis dans l'intérêt de l'entreprise.
Quant aux charges à immobiliser :
17. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " () Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / () ".
18. D'une part, ne constituent des charges déductibles des résultats en vue de la détermination du bénéfice imposable ni les dépenses qui ont, en fait, pour résultat l'entrée d'un nouvel élément dans l'actif immobilisé d'une entreprise, ni les dépenses qui entraînent normalement une augmentation de la valeur pour laquelle un élément immobilisé figure à son bilan, ni les dépenses qui ont pour effet de prolonger d'une manière notable la durée probable d'utilisation d'un élément de l'actif immobilisé. La durée probable d'utilisation d'un tel élément s'apprécie à la date de son acquisition ou de sa création. En revanche, peuvent être compris dans les frais généraux et constituer des charges d'un exercice déterminé les dépenses qui n'ont d'autre objet que de maintenir les différents éléments de l'actif immobilisé de l'entreprise en un état tel que leur utilisation puisse être poursuivie conformément à leur objet jusqu'à la fin de la période correspondant à leur durée probable d'utilisation.
19. L'administration fiscale a estimé que les dépenses d'un montant de 2 340,80 euros hors taxes relatives à cinq jantes du véhicule Ford Raptor et d'un montant de 1 331,35 euros hors taxes pour quatre élargisseurs de voie et une coque de rétroviseur correspondaient à l'acquisition d'actif et auraient dû être immobilisées. L'EURL Établissements C fait valoir que ces éléments sont des biens consommables qui doivent figurer en charges déductibles. Il résulte toutefois de l'instruction que l'acquisition de ces équipements, dont la durée d'utilisation probable est de plusieurs années, a pour résultat l'entrée d'un nouvel élément dans l'actif immobilisé de l'entreprise. Dans ces conditions, l'administration a pu à bon droit remettre en cause la déduction des dépenses en cause au titre des exercices litigieux.
Quant aux charges déductibles :
20. À l'issue de la vérification de comptabilité, l'administration fiscale a procédé au rehaussement des résultats imposables sur la période vérifiée au motif que le véhicule quad n'a pas été pris en crédit-bail dans l'intérêt de l'exploitation. L'EURL Établissements C, qui fait valoir les mêmes arguments qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que ces dépenses étaient exposées dans l'intérêt de l'entreprise.
21. L'administration a, par ailleurs, remis en cause l'inscription en charges déductibles pour les exercices clos en 2014 à 2017 des redevances de crédits-bails correspondant à une moto Harley Davidson FXS. Il résulte de l'instruction que dès 2008, la société requérante avait pris en location une autre moto Harley Davidson Fat Boy, qu'elle avait rachetée en 2011 avant de la céder à M. C en mars 2016. En avril 2016, la société requérante a repris en crédit-bail une moto Harley Davidson Indian Roadmaster. À la suite du recours hiérarchique, les charges afférentes aux autres motos que la Harley Davidson FXS ont été déduites en totalité et aucun avantage en nature n'a été attribué à M. C. En conséquence, si l'EURL Établissements C fait valoir que son gérant se déplace fréquemment à moto du fait de l'encombrement de l'agglomération rennaise pour rencontrer des clients et des architectes, elle ne justifie pas qu'elle avait intérêt à mettre simultanément à la disposition de son dirigeant deux motos de manière permanente.
22. Par suite, l'administration fiscale a pu, à bon droit, remettre en cause la déduction des charges liées au véhicule quad et à la moto Harley Davidson FXS.
Quant au prix de cession de la moto Harley Davidson :
23. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.
24. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.
25. Le 31 mars 2016, l'EURL Établissements C a cédé à son dirigeant une moto Harley Davidson Fat Boy au prix de 3 500 euros. L'administration fiscale a constaté que la société avait pris en crédit-bail cette moto en 2008 avec un premier loyer de 5 448,75 euros, puis 35 loyers de 504,57 euros et que ce véhicule avait été acheté à l'issue du crédit-bail pour un montant de 217,95 euros et inscrit à l'actif de l'entreprise le 31 juillet 2011 pour ce montant. Elle a, par ailleurs, constaté que la cote Argus de ce modèle sur le site spécialisée " la centrale des particuliers ", pour une moto de 2008 hors options, variait de 13 170 à 13 580 euros et en a déduit que la valeur de la moto cédée, compte tenu des équipements complémentaires inscrits à l'actif pour 8 080 euros, ne pouvait être inférieure à 13 500 euros. L'administration fiscale a donc arrêté la valeur vénale du bien à cette somme et a réintégré dans le bénéfice imposable de l'EURL Établissements C le montant de la minoration estimée du prix de vente.
26. Pour contester ce chef de rectification, l'EURL Établissements C fait valoir que pour fixer le prix de cession de la moto Harley Davidson Fat Boy à son dirigeant, elle a retenu l'estimation réalisée le 24 décembre 2015 par un professionnel averti, la société Breizh Riders. Le document produit est toutefois une proposition de reprise. Il ne peut être dès lors regardé comme correspondant à une estimation de la moto au prix du marché mais plutôt comme une offre commerciale dans le cadre d'un nouvel achat. En tout état de cause, cette proposition de reprise ne précise pas si elle prend en compte les équipements complémentaires acquis pour un montant de 8 080 euros dont il n'est pas contesté qu'ils ont été cédés avec la moto. Par suite, la société requérante n'apporte pas d'éléments de nature à remettre en cause l'estimation retenue par l'administration. Ainsi, celle-ci doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormalement bas du prix de cession du véhicule en cause à M. C, cette cession constituant dès lors un acte anormal de gestion. Il suit de là que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré dans le bénéfice imposable de l'exercice clos en 2016 la somme de 10 000 euros correspondant au montant de la différence entre le prix minoré et la valeur réelle du véhicule.
En ce qui concerne les pénalités :
27. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
28. En vertu de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, en cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable, la preuve de la mauvaise foi ou des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration.
29. En premier lieu, pour appliquer la majoration prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés relatives à la cession de la moto Harley Davidson Fat Boy par l'EURL Établissements C à son dirigeant, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que M. C, de toute évidence passionné de moto, ne pouvait ignorer la valeur réelle de la moto acquise en crédit-bail et de tous ses accessoires et qu'en fixant, seul et sans contrainte, le prix de cette moto sans aucune référence aux prix pratiqués par le marché de l'occasion et en s'en portant acquéreur, il avait sciemment commis un acte anormal de gestion en minorant très largement, pour son seul avantage personnel, le prix de cession que la société aurait pu obtenir d'un acquéreur tiers dans le cadre de la cession de cet élément de son actif. Si l'EURL Établissements C fait valoir que pour fixer le prix de cession de cette moto à son dirigeant, elle a retenu l'estimation réalisée le 24 décembre 2015 par un professionnel averti, la société Breizh Riders, le document produit est, comme étant dit précédemment, une proposition de reprise et ne peut être regardé comme étant une estimation de la moto au prix du marché. En tout état de cause, cette proposition de reprise ne précise pas si elle prend en compte les équipements complémentaires acquis pour un montant de 8 080 euros dont il n'est pas contesté qu'ils ont été cédés avec la moto. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe du caractère délibéré du manquement.
30. En second lieu, pour appliquer aux autres cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés à l'EURL Établissements C la majoration pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que la société avait pris en charge, tout au long de la période vérifiée, les dépenses personnelles et sans rapport avec l'intérêt de l'entreprise de son gérant et unique associé et les avait déduites de ses résultats imposables et de la taxe sur la valeur ajoutée due. Elle relève que M. C ne pouvait ignorer ses propres achats notamment de vêtements de ville, électroménager et matériel de plaisance. Elle relève enfin qu'au cours de la période vérifiée, en plus des véhicules utilitaires ordinaires Ford Transit, Nissan interstar, Nissan NV 400 ou Renault master, d'une BMW X5 depuis le 5 avril 2015, de pick-ups Nissan Navara King-cab jusqu'au 22 décembre 2016 puis Ford Ranger à partir du 1er janvier 2017, la société disposait d'un quad et de deux motos Harley Davidson ainsi que de cinq remorques dont une remorque IRM Jade JC 300 destinée au transport des motos et jet-skis (M. C en possédant plusieurs) et, à partir du 17 décembre 2016, d'une remorque porte-bateau. L'administration établit dès lors le bien-fondé de la majoration de 40 % appliquée. L'absence alléguée de connaissance des règles fiscales et comptables relatives à la déduction de charges et à la taxe sur la valeur ajoutée par M. C, gérant de la société requérante, est sans incidence dès lors qu'en l'absence de toute délégation de pouvoir, le gérant légal ou statutaire d'une société est personnellement tenu de se conformer aux obligations comptables et fiscales de l'entreprise.
31. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Établissements C n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2014, 2015, 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamés au titre de la période du 1er avril 2013 au 31 mars 2017 et des pénalités auxquels ces droits ont été assortis
Sur les frais liés au litige :
32. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'EURL Établissements C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Établissements C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Établissements C et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. BLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026