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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2003313

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2003313

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2003313
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BRETLIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2020, M. B D, représenté par la Selarl Bretlim-Fortuny, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités dont ces droits ont été assortis.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure est irrégulière du fait de l'absence de réponse à sa demande de recours hiérarchique et en l'absence de débat oral et contradictoire à la suite de la production de l'attestation du bureau d'études ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :

- c'est à tort que l'administration fiscale a estimé qu'il ne remplissait pas les conditions requises pour bénéficier de la réduction d'impôt sur le revenu instituée par l'article 199 novovicies du code général des impôts ;

- le dépassement, selon l'administration fiscale, des plafonds de loyer pour le bien acquis et loué n'est pas significatif et a fait l'objet d'un avenant au bail et d'un remboursement de la différence au locataire ;

- il se prévaut du droit à l'erreur institué par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2020, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de ses déclarations fiscales, à l'issue duquel l'administration fiscale l'a informé, par proposition de rectification du 3 avril 2019 annulée et remplacée par proposition de rectification du 18 avril 2019, de ce qu'elle envisageait de procéder à des rectifications d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017 au motif qu'il ne pouvait bénéficier de la réduction d'impôt sur le revenu prévue par les dispositions de l'article 199 novovicies du code général des impôts. M. D a présenté des observations le 16 mai 2019 auxquelles l'administration a répondu le 4 juin 2019. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de M. D au titre des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2019. Ces droits ont été assortis de pénalités. Le même jour, M. D a adressé un courrier à l'administration fiscale qui a été analysé par celle-ci comme une réclamation préalable et a été rejetée par décision du 31 janvier 2020. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / () L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande () ". Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. () / Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, et notamment le débat oral et contradictoire, ne sont applicables qu'aux procédures de vérification de comptabilité et d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique et ne sont pas opposables à l'administration en cas de procédure de contrôle sur pièces.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions de la proposition de rectification du 18 avril 2019 adressée à M. D, que les impositions mise à sa charge procèdent uniquement d'un contrôle sur pièces de son dossier fiscal, et non d'un examen de sa situation fiscale personnelle, l'administration n'ayant pas entrepris des démarches visant à lui permettre d'effectuer le contrôle de cohérence globale entre l'ensemble des revenus déclarés par le contribuable et sa situation de trésorerie, sa situation patrimoniale ou son train de vie. Par suite, le requérant ne saurait utilement faire valoir qu'il n'a pu bénéficier du débat oral et contradictoire prévu par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai ".

5. Si M. D fait valoir qu'il a vainement demandé, par courrier du 30 septembre 2019, à bénéficier d'un entretien avec un supérieur hiérarchique lors du contrôle sur pièces dont il a fait l'objet, il résulte de l'instruction que son courrier se borne à demander à l'administration fiscale de ne pas procéder à l'émission d'un avis de mise en recouvrement et à indiquer qu'à défaut, il serait amené à procéder à une réclamation contentieuse. Ainsi, ce courrier ne comporte aucune demande d'entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur. Par ailleurs, ayant eu, au cours du contrôle, la possibilité de présenter tout document utile, et n'alléguant pas que l'agent contrôleur se serait refusé à tout dialogue, la seule circonstance que M. D n'a pas pu s'entretenir avec le supérieur hiérarchique de cet agent ne caractérise pas, en tout état de cause, une absence de débat oral et contradictoire.

6. Il résulte de ce qui précède que la procédure d'imposition n'est pas entachée d'irrégularité.

Sur le bien-fondé de l'impôt :

7. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 199 novovicies du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " I. - A. - Les contribuables domiciliés en France, au sens de l'article 4 B, qui acquièrent, entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2016, un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement bénéficient d'une réduction d'impôt sur le revenu à condition qu'ils s'engagent à le louer nu à usage d'habitation principale pendant une durée minimale fixée, sur option du contribuable, à six ans ou à neuf ans. () / III. L'engagement de location mentionné au I () prévoit que le loyer et les ressources du locataire appréciées à la date de conclusion du bail ne doivent pas excéder des plafonds fixés par décret en fonction de la localisation du logement et de son type. / () / V. - A. - La réduction d'impôt est calculée sur le prix de revient d'au plus deux logements, retenu dans la limite d'un plafond par mètre carré de surface habitable fixé par décret et sans pouvoir dépasser la limite de 300 000 € par contribuable et pour une même année d'imposition () ". Aux termes de l'article 2 terdecies D de l'annexe III au même code, dans sa version applicable au présent litige : " I. Pour l'application du premier alinéa du III de l'article 199 novovicies du code général des impôts : / 1. Les plafonds de loyer mensuel () sont révisés au 1er janvier de chaque année selon les modalités prévues au premier alinéa du a de l'article 2 duodecies. () Pour l'application du présent 1, la surface à prendre en compte s'entend de celle prévue au dernier alinéa du a de l'article 2 duodecies () ". Aux termes de l'article 2 duodecies de cette même annexe, dans sa version applicable au présent litige : " () / La surface à prendre en compte pour l'appréciation du plafond de loyer s'entend de la surface habitable au sens de l'article R. 111-2 du code de la construction et de l'habitation, augmentée de la moitié, dans la limite de 8 mètres carrés par logement, de la surface des annexes mentionnées aux articles R. 353-16 et R. 331-10 du même code () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de la construction et de l'habitation auquel renvoie l'article 2 duodecies à l'annexe III au code général des impôts, dans sa version applicable : " () La surface habitable d'un logement est la surface de plancher construite, après déduction des surfaces occupées par les murs, cloisons, marches et cages d'escaliers, gaines, embrasures de portes et de fenêtres () Il n'est pas tenu compte de la superficie des combles non aménagés, caves, sous-sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, séchoirs extérieurs au logement, vérandas, volumes vitrés prévus à l'article R. 111-10, locaux communs et autres dépendances des logements, ni des parties de locaux d'une hauteur inférieure à 1,80 mètre ". Aux termes de l'article R. 353-16 du même code : " () / La surface utile est égale à la surface habitable du logement, telle qu'elle est définie à l'article R. 111-2, augmentée de la moitié de la surface des annexes définies par un arrêté du ministre chargé du logement () ".

9. M. D a fait construire, dans le cadre du dispositif d'investissement locatif neuf dit " A ", une maison d'habitation située rue Jacques Cartier à Plougastel-Daoulas qui a été mise en location au 1er mars 2016. L'administration a retenu, en dernier lieu, dans la réponse aux observations du contribuable, un loyer maximum de 872,67 euros pour une surface utile de 115,97 m² constituée, d'une part, par une surface habitable de 110,99 m² et, d'autre part, par la moitié de la surface des annexes, soit 1,68 m² pour le garage et 3,30 m² pour le cellier. M. D fait valoir que la surface habitable du logement s'élève en réalité à 118,34 m² conformément au rapport modifié de l'étude thermique du 17 septembre 2019. Il résulte toutefois de l'instruction et il n'est pas contesté par le requérant, qui n'apporte aucune explication quant aux discordances de la surface habitable du logement mentionnée dans les rapports d'études thermiques successifs, que la surface habitable initialement constatée dans le premier rapport de l'étude thermique et reportée dans la déclaration d'achèvement des travaux est de 110,99 m², à laquelle s'ajoutent un cellier de 6,59 m² et un garage. En tout état de cause, l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que dans l'hypothèse où le cellier serait à prendre en compte dans la surface habitable, soit pour la totalité de sa surface de 6,59 m², le plafond du loyer s'élèverait alors à 897,43 euros. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que le loyer mensuel de 900 euros excédait le plafond au respect duquel est subordonné le bénéfice de l'avantage fiscal prévu par les dispositions précitées.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du dispositif prévu par les dispositions de l'article 199 novovicies du code général des impôts au titre des années 2016 et 2017. En conséquence, le moyen tiré du dépassement non significatif des plafonds de loyer est inopérant et doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration introduit par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué () ".

12. M. D ne saurait utilement invoquer les dispositions précitées relatives au droit à l'erreur et introduites par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance pour contester les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti, dès lors que la mise à sa charge de ces cotisations ne constitue pas une sanction. En tout état de cause, ces dispositions ne sont entrées en vigueur que le lendemain de la publication de la loi au journal officiel soit le 12 août 2018, c'est-à-dire postérieurement aux années d'imposition litigieuses.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. CLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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