jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2003360 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MASCRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 août 2020 et 23 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Mascrier demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Groix a implicitement rejeté ses demandes de communication de documents des 15 et 26 août 2019 ;
2°) d'enjoindre la communication desdits documents dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et en cas de dépassement de ce délai de prononcer une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Groix la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande de communication de documents administratifs détenus par la commune de Groix est bien-fondé ;
- la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a émis un avis favorable à leur communication ;
- sa demande ne présente pas de caractère abusif et n'engendre pas une charge disproportionnée de travail à l'administration ;
- sa demande est légitime.
Par un mémoire, enregistré le 13 janvier 2021, la commune de Groix, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de
M. C une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les demandes du requérant présentent le caractère de démarches abusives.
Vu :
- l'avis n° 20194798 de la commission d'accès aux documents administratifs
du 2 avril 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les conclusions de M. Le Roux rapporteur public ;
- et les observations de Me Mascrier, représentant M. C, et de Me Mocaer représentant la commune de Groix.
Considérant ce qui suit :
1. Par trois courriers du 15 août 2019, M. C a demandé à la commune de Groix de lui communiquer une copie du permis de construire de la station-service et de l'atelier de réparation de la SARL Boterf, de la facture de dépollution de l'ancienne station-service, de la facture de la déconstruction de l'ancien atelier de réparation de la même société pour l'année 2010 et concernant les travaux effectués par la société Innovia, Hervé et Mahé, des avis d'appels d'offres relatifs aux marchés publics relatifs aux travaux précités ainsi que des réquisitions concernant l'évacuation des épaves abandonnées sur la voie publique pour la période de 2018 à 2019. Par un courrier du 26 aout 2019, M. C a demandé à la même commune la communication de la copie de l'autorisation d'occupation temporaire de la société Léna Marine dirigée par M. D A située quai du Suet à Port Tudy. Le silence de l'administration a fait naitre une décision de rejet implicite. Le 1er octobre 2019, M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire en saisissant la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), laquelle a prononcé un avis favorable à la communication desdits documents le 2 avril 2020. Le silence de la commune de Groix à la suite de l'émission de cet avis, a fait naitre une décision implicite de rejet dont M. C demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes des dispositions de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 342-1 du même, dans sa version applicable au litige : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier, un refus de consultation ou de communication des documents d'archives publiques, à l'exception des documents mentionnés au c de l'article L. 211-4 du code du patrimoine et des actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires, ou une décision défavorable en matière de réutilisation d'informations publiques. / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ".
3. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration n'est pas tenue de donner suite aux demandes abusives, en particulier par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Il résulte de cette disposition que revêt un caractère abusif, la demande qui a pour objet de perturber le fonctionnement du service public ou qui aurait pour effet de faire peser sur lui une charge disproportionnée au regard des moyens dont il dispose. Il s'apprécie notamment par le nombre de demandes et leur fréquence, le volume des documents demandés ou les recherches qu'implique leur identification, au regard des capacités de l'administration saisie, par l'existence d'un climat de tension entre le demandeur et l'administration et par les termes employés dans la demande de communication.
4. Il ressort des pièces du dossier que la CADA a, lors de sa séance du 2 avril 2018, émis un avis favorable à la communication de l'intégralité des documents demandés par
M. C, sous réserves, en ce qui concerne l'autorisation d'occupation temporaire de la société Lena Marine, d'une approbation par un arrêté ou par une délibération du conseil municipal, et sous réserve de l'occultation préalable, le cas échéant, des mentions protégées
par les dispositions du 1° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il n'est pas contesté que ces documents ont un caractère administratif et sont communicables de plein droit en application des dispositions rappelées
ci-dessus.
5. Pour justifier le refus contesté, la commune du Groix fait valoir que les demandes de M. C présentent un caractère abusif. A cet égard, elle précise qu'entre 2017 et 2019, M. C et sa mère ont sollicité de sa part la communication de près de trente documents et que ces demandes du requérant visent de façon délibérées à perturber le fonctionnement de la collectivité qui ne possèdent pas de service d'archivage numérique. Elle ajoute ne disposer que de quatre agents ainsi que les documents demandés par le requérant ne sont pas précisément identifiables et représentent un volume important.
6. Toutefois, toute demande portant sur une quantité importante de documents ou le fait pour une même personne de présenter plusieurs demandes à la même autorité publique ne sont pas nécessairement constitutives de demandes abusives. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les demandes de M. C feraient suite à de précédentes et nombreuses demandes auprès de la commune. En outre, la circonstance qu'un parent proche de M. C, en l'occurrence sa mère, ait réalisé 23 demandes de documents administratifs auprès de la même commune entre 2017 et 2019, n'est pas de nature à établir une intention de nuire, ni de nature à le priver du droit à la communication des documents sollicités. Par ailleurs, la commune ne saurait utilement invoquer, pour justifier son refus, le caractère général ou imprécis des demandes qui lui ont été faites dès lors que les éléments fournis, bien que ne mentionnant pas leur référence et leur date, permettaient néanmoins d'en déterminer l'objet. Dès lors, en dépit de la charge supplémentaire de travail qu'est susceptible d'engendrer le traitement de ces demandes, les circonstances invoquées par la commune, ne permettent pas de considérer qu'elles auraient pour objet de perturber le bon fonctionnement des services de la commune de Groix, ni qu'elles auraient pour effet de faire peser sur elle une charge disproportionnée au regard des moyens dont elle dispose. Dans ces conditions, les demandes de communication présentées par M. C ne revêtent pas un caractère abusif au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Par suite, le refus de communication de l'ensemble des documents administratifs est entaché d'illégalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement implique nécessairement que la commune de Groix communique au requérant le permis de construire de la station-service et de l'atelier de réparation de la SARL Boterf, la facture de dépollution de l'ancienne station-service, la facture de la déconstruction de l'ancien atelier de réparation de la même société Sarl Boterf pour l'année 2010 et concernant les travaux effectués par la société Innovia, Hervé et Mahé, les avis d'appels d'offres relatifs aux marchés publics concernant les travaux précités, les réquisitions concernant l'évacuation des épaves abandonnées sur la voie publique sur la période de 2018 à 2019 ainsi que l'autorisation d'occupation temporaire de la société Léna Marine dirigée par M. D A située quai du Suet à Port Tudy sous réserves d'une approbation par un arrêté ou par une délibération du conseil municipal et de l'occultation préalable, le cas échéant, des mentions protégées par les dispositions du 1° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.
9. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la commune du Groix demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Groix le versement d'une somme de 1 500 euros que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la commune de Groix a refusé de communiquer les documents demandés par M. C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Groix de communiquer à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, les documents litigieux dans les modalités prévues au point 8.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Groix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Groix.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
Y. Moulinier
Le président,
signé
G. ELe greffier,
signé
J-M. RiaudLe greffier,
P. Nom
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026